Comprendre le sens de la musique
 

 

 

 

 

 

 

Comprendre le sens de la musique
04.09.2017, par Martin Koppe

Le chef d’orchestre Ryan McAdams dirigeant la musique du film «The Tree of Life» de Terrence Malick (New York, le 16 novembre 2016).
JOSHUA BRIGHT/The New York Times-REDUX-REA


La musique n’est pas qu’une combinaison de notes et de rythmes capables de susciter des émotions, c’est aussi une forme de langage susceptible de transmettre du sens. C’est ce que se propose d’étudier une discipline émergente : la sémantique musicale.
De la playlist composée avec soin aux morceaux qui peuplent pubs, radios et films, nous baignons en permanence dans la musique. Mais outre les émotions qu’elle suscite, celle-ci nous dit-elle autre chose ? « La musique transmet une information très abstraite, souvent interprétée en termes d’émotions, indique Philippe Schlenker, directeur de recherche à l’Institut Jean-Nicod1 et « global distinguished professor » à l’université de New York. Ce n’est pourtant pas tout. Par exemple, lorsque le volume et la vitesse d’un morceau diminuent, on comprend qu’il touche à sa fin. S’agit-il de simples conventions, variables selon les cultures, ou de messages interprétés de manière plus profonde et biologique ? » En transposant les méthodes de la linguistique à la musicologie, ce chercheur propose ni plus ni moins que de développer une sémantique de la musique2.
 
La musique est ici conçue comme une « scène auditive animée » à partir de laquelle l’auditeur va induire des informations extramusicales.
En effet, à côté du solfège et de l’harmonie, qui peuvent être considérés comme la syntaxe de la musique, la sémantique se propose d’étudier tout ce qui est signifié par la musique ; elle se penche sur les informations non musicales que la musique véhicule, et qui font d’elle bien plus qu’une simple addition de notes et de rythmes. Présentés lors de conférences à l’Ircam3 et à l’académie Barenboim-Said de Berlin, les travaux de Philippe Schlenker sont également publiés dans la revue Music Perception. Une version augmentée est par ailleurs prévue dans Review of Philosophy & Psychology.
 
Des informations extramusicales
Plutôt que de la sémantique linguistique traditionnelle, qui s’appuie sur les textes et le langage articulé, Philippe Schlenker s’est inspiré de la sémantique iconique, qui s’intéresse aux images, aux gestes, et à certaines propriétés de langues des signes. La musique est ici conçue comme une « scène auditive animée » à partir de laquelle l’auditeur va induire des informations extramusicales. Ainsi, la baisse de volume d’une source sera par exemple interprétée comme une perte d’énergie de celle-ci, indiquant que le morceau ou le mouvement vont se terminer.
« Toutefois, quand on écoute de la musique, on ne s’intéresse pas forcément à sa source réelle, c’est-à-dire aux différents instrumentistes, note le chercheur. On postule au contraire quelque chose de plus abstrait, une source qui sous-tend la musique et explique son mouvement. La source est unique s’il n’y a qu’une seule voix, mais souvent la musique est constituée de plusieurs mélodies qui forment chacune une voix. »   
Le Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns, où chaque mouvement est associé à un animal, est pris en exemple par le linguiste. Dans cette œuvre, aucune voix n’a pour source réelle un kangourou ou une poule, mais la musique évoque bien ces différentes créatures grâce à l’audition extramusicale. Les basses fréquences étant habituellement produites par des corps massifs, l’auditeur va avoir tendance à attribuer le son très grave de la contrebasse à l’éléphant mentionné dans le titre du mouvement.

Année de production:
2017

Afin de mieux comprendre comment s’opèrent ces inférences extramusicales, Philippe Schlenker a utilisé une méthode bien connue en linguistique et en psychologie expérimentale : l’analyse des paires minimales. Celle-ci consiste, après avoir introduit une légère modification dans une source sonore, à comparer cette source avec la variante obtenue. Avec l’aide du compositeur Arthur Bonetto, ils ont fait varier la hauteur de certains accords du mouvement de l’éléphant en s’efforçant de respecter les règles de l’harmonie. Résultat : remontées de trois octaves, les voix de contrebasse n’évoquent alors plus du tout un pachyderme.
L’origine des inférences peut également être de nature tonale. Toujours dans le Carnaval des Animaux, Saint-Saëns réutilise pour le mouvement des tortues une version ralentie et dissonante du French Cancan, lui-même tiré du galop Infernal d’Orphée aux Enfers d’Offenbach. Cela renforce l’impression de maladresse associée aux tortues. À l’évidence, Saint-Saëns n’a pas composé au hasard puis nommé ses mouvements en fonction des inférences qu’il y a trouvées.
Or si la notion de dissonance paraît aller de soi en musicologie, elle n’a pas d’équivalent direct dans la nature. Elle porte malgré tout du sens et relève donc bien de la sémantique musicale. La recherche pourrait notamment permettre d’interpréter les nombreuses règles de la musicologie traditionnelle dans le cadre de la psychoacoustique.
Espace, temps, émotions
« Les compositeurs, et en particulier ceux qui travaillent sur la musique de film, disposent de toute une palette pour susciter des émotions », relève Philippe Schlenker. C’est le cas de Sacha Chaban. Installé à Hollywood, ce compositeur et orchestrateur français a travaillé sur des films à succès tels que Get Out et Les Gardiens de la galaxie 2. Il pioche ses techniques aussi bien dans sa formation classique poussée que dans des astuces empiriques partagées entre professionnels.

La musique de film se prête particulièrement bien à l’analyse sémantique, car des éléments du scénario passent directement dans la musique. Ici, le compositeur Sacha Chaban lors d'une répétition en studio.

Courtesy of Sacha Chaban


« La musique est une création sonore d’espace, de temps et d’émotions, observe Sacha Chaban. Le compositeur peut utiliser les théories musicales, s’en inspirer ou encore les dépasser. Il contrôle également l’espace : les sons aigus semblent venir d’en haut, les graves d’en bas. Avec la stéréo, la réverbération, le placement des musiciens et des sons, on obtient les trois dimensions. Le tempo, et donc le temps, reste lui aussi entre les mains du compositeur. »
 
Avec la stéréo, la réverbération, le placement des musiciens et des sons, on obtient les trois dimensions.
Instrumentale, vocale, synthétique ou concrète, la vaste gamme de techniques à sa disposition permet de changer jusqu’à la texture du son. Pour la bande originale de son dernier film, Breaking & Exiting, Sacha Chaban utilise et transforme des sons de pied-de-biche pour créer les percussions principales des séquences de cambriolage.
Sacha Chaban explique également que la musique a des effets psychoacoustiques sur les spectateurs. L’association de mélodies à des personnages, l’emploi de certains instruments, types de composition ou effets marquent le lieu et le temps de chaque scène. Des éléments du scénario passent ainsi directement dans la musique et renforcent l’identité sonore et émotionnelle du film.
Mais si les compositeurs de musiques de film ont un large répertoire d'effets à leur disposition, leur démarche est essentiellement empirique.  « De la même manière que bien parler une langue ne suffit pas pour en faire la théorie linguistique, leurs connaissances extrêmement riches sont avant tout intuitives », remarque Philippe Schlenker. Des intuitions que le développement de la sémantique musicale permettra de mieux comprendre et analyser.  ♦
 
Notes
*         1.
Unité CNRS/EHESS/ENS Paris.
*         2.
Ces travaux ont été financés dans le cadre de la bourse ERC New Frontiers of Formal Semantics.
*         3.
Institut de recherche et coordination acoustique/musique. Il abrite entre autres le laboratoire Sciences et technologies de la musique et du son (CNRS/Ircam/UPMC/Ministère de la Culture).

 

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  Intelligence artificielle : faut-il en avoir peur ?
 

 

 

 

 

 

 

Intelligence artificielle : faut-il en avoir peur ?
        

SCIENCE 11.07.2018


Entre les craintes de voir un jour des machines contrôler nos vies et l’espoir d’une médecine davantage prédictive et personnalisée, que faut-il penser de l’essor actuel de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé ? Cédric Villani, mathématicien, député de l’Essonne, et vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Gilles Wainrib, directeur scientifique de la société Owkin, et Peter Ford Dominey, chercheur en neurosciences computationnelles et robotique à l’institut Cellule souche et cerveau (unité 1208 Inserm) donnent leur opinion.
Un article à retrouver dans Inserm, le magazine n°40

Ce qui fait débat
Des machines autonomes nous contrôleront-elles un jour ? Utiliseront-elles nos données pour nous exclure de la société ou renforcer une élite ? Ces peurs classiques des romans d’anticipation prennent une acuité nouvelle avec l’essor de l’intelligence artificielle. Les machines ont désormais des capacités d’« apprentissage profond » : elles peuvent tirer des points communs ou des règles statistiques d’une immense quantité de données (big data). Elles reconnaissent ainsi une image ou un son, orientent un véhicule ou une personne, identifient un risque militaire – intelligence signifie « renseignement » en anglais. Faut-il s’en inquiéter ? Elles pourraient aussi rendre la médecine plus prédictive et personnalisée : c’est le pari du Plan pour l’intelligence artificielle lancé en mars 2018 par le gouvernement et inspiré par le récent rapport de Cédric Villani qui en démontre l’intérêt national. Les accords public-privé – tel celui de la start-up Owkin avec l’Inserm – mèneront à ces connaissances nouvelles si la confidentialité des données est préservée. Mais les machines pensent-elles lorsqu’elles calculent et sont-elles responsables ?

L'avis de Cédric Villani

L’intelligence artificielle suscite de multiples craintes. Certaines relèvent à ce jour de la science-fiction, comme la prise de pouvoir des machines sur l’humanité. D’autres sont plus fondées. On s’inquiète ainsi de l’importance donnée aux algorithmes dans l’attribution de bourses scolaires, de crédits bancaires ou encore d’emplois aux États-Unis.
Il y a donc un travail d’éducation à faire pour défendre la responsabilité humaine, éviter que des algorithmes surestimés ne renforcent des discriminations, et définir le meilleur partage des tâches entre humains et machines. L’intelligence artificielle, enfin, aggravera-t-elle l’impact négatif de l’économie numérique sur l’emploi mondial ou fera-t-elle partie de la solution ? Nous l’ignorons encore.
Mais, à l’inverse, l’intelligence artificielle devient une des clés de compréhension de notre monde, désormais constitué d’une variété de données par lesquelles nous pouvons avoir prise sur l’avenir. Dans ce contexte, il serait très inquiétant que la France laisse à des acteurs étrangers le soin de lui dicter les solutions et stratégies technologiques dont elle a besoin.
En recherche médicale, cet enjeu de souveraineté nationale passe par un renforcement des moyens de la recherche publique et des partenariats avec le secteur privé, dont les projets peuvent être d’intérêt public. Il implique aussi un regroupement large et ouvert des bases de données médicales.
Paradoxalement, les Européens sont à la fois les plus inquiets de ce qui peut advenir de leurs données personnelles et les mieux protégés. Désormais, le non-respect du consentement libre et éclairé est assorti de sanctions majeures. Dans une Europe efficace, démocratique et moderne, ce n’est pas la peur qui donnera du sens à l’intelligence artificielle.
 
 

L'avis de Gilles Wainrib

L'intelligence artificielle est une source d'espoir sans précédent, en particulier dans le domaine de la recherche médicale. L’apprentissage profond, ou deep learning, permet d’analyser de nouveau et de croiser une masse de données hétérogènes déjà accumulée par les laboratoires de recherche médicale et les grandes cohortes que les Investissements d’avenir avaient financées : images d’anatomo-pathologie, coupes tissulaires et cellulaires, données cliniques, biostatistiques, génomiques…
Notre start-up Owkin va ainsi collaborer avec l’Inserm pour mieux comprendre l’apparition et l’évolution des pathologies, découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques ou prévoir les réponses aux traitements, notamment en immunothérapie
immunothérapie

Traitement qui consiste à administrer des substances qui vont stimuler les défenses immunitaires de l’organisme, ou qui utilise des protéines produites par les cellules du système immunitaire (comme les immunoglobulines).
. Pour préserver au mieux la confidentialité des données, nous développons une approche d’apprentissage "fédéré", qui permet d’entraîner des algorithmes sur des données décentralisées qui ne sortent jamais des sites où elles sont produites.
On peut en effet installer des machines haute performance dans un site – comme un hôpital – pour qu’elles apprennent à analyser ses données, puis  prolonger leur apprentissage dans un second site si le premier n’a pas assez de données. Ainsi, la recherche médicale avance de façon collaborative, pour les patients, et dans le plus strict respect de leurs données personnelles.

L'avis de Peter Ford Dominey

Dès les années 1950, les principes des neurosciences ont permis de développer des réseaux neuronaux artificiels capables de résoudre des problèmes complexes. Cela a conduit plus récemment, avec la puissance du calcul informatique, à des avancées majeures en apprentissage profond.

Grâce à l'étude du développement cognitif humain, les algorithmes ont en même temps fait de nouveaux progrès : les robots peuvent apprendre à coopérer avec nous, par exemple pour assembler un meuble. Avec ces modèles robotiques, on peut tester des hypothèses neurologiques et mieux comprendre, notamment, le développement cognitif chez l'enfant ou les fonctions cérébrales impliquées dans le langage.

Ces études révèlent aussi une autre forme d'intelligence, narrative : cette capacité à comprendre le comportement humain en termes d'histoires est le véhicule de la transmission des valeurs et des normes dans la culture humaine. Elle est absente des systèmes d’intelligence artificielle mais cette recherche émergente, comme celles sur la conscience humaine, pourrait être très fructueuse – par exemple pour améliorer la coopération des machines ou étudier les troubles autistiques.

Notre période est propice au progrès continu de l’intelligence artificielle, étayé par les neurosciences et les sciences sociales. Il s’agit cependant d’un outil à manier avec précaution. Les algorithmes de négociation automatique ont contribué aux accidents boursiers récemment subis par les États-Unis.

Tous les niveaux de la société ont une responsabilité : les dirigeants doivent être vigilants, comme avec toute technologie puissante, tel le nucléaire, et les citoyens, chercheurs compris, devraient s’informer sur l’intelligence artificielle et son impact pour influencer son utilisation dans le processus démocratique. Je suis optimiste mais nous devons rester lucides et vigilants.

 

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  SÉMIOTIQUE
 

       

 

 

 

 

 

SÉMIOTIQUE, subst. fém. et adj.    I. − MÉD., vx


A. − Subst. fém. Synon. de sémiologie (v. ce mot A).Les moyens nouveaux de diagnostic que la physique et la chimie offrent sans cesse à la sémiotique (Cl. Bernard, Introd. méd. exp., 1865, p. 234).Les progrès de la sémiotique nous permettent également de mieux dépister aujourd'hui les localisations viscérales légères (Teissier dsNouv. Traité Méd.fasc. 21928, p. 276).
B. − Adj. Synon. de sémiologique (v. ce mot A).La division qu'Erotien a adoptée est en livres sémiotiques; livres relatifs à la recherche des causes (Littré, Introduction aux Oe. compl. d'Hippocrate, t. 1, 1839, p. 99 ds Rob. 1985).
II. − COMMUN., LING.
A. − Subst. fém.
1. Théorie générale des signes dans toutes leurs formes et dans toutes leurs manifestations; théorie générale des représentations, des systèmes signifiants. Synon. plus fréq. sémiologie.Sémiotique appliquée, descriptive, pure:
1. C'est [...] en créant la logique des relations, qu'un des premiers axiomaticiens, Charles Sanders Peirce, revendique la nécessité d'une science traitant des significations, de leur convertibilité intersystémique et de leur relation à l'ordre matériel: la sémiotique. Pour Peirce, la sémiotique n'est qu'un autre terme pour désigner la logique dans un sens élargi, c'est-à-dire comme « la théorie quasi nécessaire ou formelle des signes ». Encyclop. univ.t. 141972, p. 861.
2. Étude des pratiques, des comportements et des phénomènes culturels conçus comme des systèmes signifiants. Synon. sémiologie (v. ce mot B 2 b).La sémiotique (...) se donne pour but l'exploration du sens. Cela signifie qu'elle ne saurait se réduire à la seule description de la communication (définie comme transmission d'un message d'un émetteur à un récepteur): en l'englobant, elle doit pouvoir rendre compte d'un procès beaucoup plus général, celui de la signification (J. Courtés, Introd. à la sémiotique narrative et discursive, 1976, p. 33):
2. Se gardant (...) de s'édifier comme une science d'un sens, la sémiotique soucieuse d'une typologie des systèmes signifiants se donne des objets parmi les pratiques sociales, les envisage comme des systèmes signifiants, et cherche les règles concrètes de la construction des effets de sens dans ces divers systèmes. Encyclop. univ.,t. 141972, p. 862.
♦ Sémiotique littéraire, musicale, picturale, discursive, etc. Étude des faits littéraires, musicaux, du discours, etc. envisagés comme systèmes de signes. L'outillage méthodologique dont dispose la sémiotique discursive à l'heure actuelle ne correspond pas − ou plutôt pas encore − aux exigences de l'analyse des textes littéraires complexes (A.-J. Greimas, Maupassant. La Sémiot. du texte: exercices prat., 1976, p. 9).La sémiotique lexicale se définit classiquement par une syntaxe, une sémantique et une pragmatique (A. Rey, Le Lex.: images et modèles du dict. à la lexicol., 1977, p. 161).
3. En partic. [Chez Hjelmslev et les sémioticiens s'inscrivant dans le même cadre théorique]
a) Système structuré de signes, système signifiant (linguistique ou non). Sémiotique linguistique. Sémiotique dénotative. Sémiotique constituée d'une expression et d'un contenu, c'est-à-dire dont ni l'expression ni le contenu ne sont à eux seuls une sémiotique. Sémiotique connotative. Sémiotique dont l'expression est une sémiotique. Sémiotique métalinguistique. Sémiotique dont le contenu est une sémiotique. Un métalangage est un système dont le plan du contenu est constitué lui-même par un système de signification; ou encore, c'est une sémiotique qui traite d'une sémiotique (R. Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, Élém. de sémiologie, 1968 [1964], pp. 163-164):
3. On peut désigner par L une « sémiotique linguistique » (c'est-à-dire une « langue » dans le sens traditionnel des linguistes, et en y comprenant le texte, ou syntagmatique linguistique). (...) il sera supposé (...) que l'objet de l'investigation soit une seule sémiotique (...) il sera supposé également (...) que la sémiotique envisagée ne soit ni une sémiotique connotative ni une métasémiotique. De fait et pratiquement, le lecteur pourra se représenter un état de langue ordinaire, ou, au besoin, une sémiotique non-linguistique qui (...) ressemble le plus à un état de langue ordinaire. L. Hjelmslev, La Stratification du langage, 1954ds Essais ling., 1971, pp. 49-50.
b) [P. oppos. à sémiologie] Système signifiant scientifique. V. sémiologie B 3.
B. − Adjectif
1. Qui relève de la sémiotique (ou de la sémiologie), qui appartient à la sémiotique. Analyse, démarche, méthodologie sémiotique. Chez Louis Hjelmslev et avec le cercle de Copenhague, le projet sémiotique prend un aspect plus théorique et davantage détaché des spécificités propres au matériau langagier et au système signifiant particulier (Encyclop. univ. op. cit., p. 862).S'il est un domaine où les recherches sémiotiques semblent avoir réussi à établir leurs quartiers, c'est bien celui de l'organisation syntagmatique de la signification (A.-J. Greimas, Maupassant. La Sémiot. du texte: exercices prat., 1976, p. 7).
2. Qui relève de la signification, qui appartient à la signification. La nature de la langue, sa fonction représentative, son pouvoir dynamique, son rôle dans la vie de relation font d'elle la grande matrice sémiotique, la structure modelante dont les autres structures reproduisent les traits et le mode d'action (É. Benveniste, Probl. de ling. gén., II, Sémiologie de la lang., 1974 [1969], p. 63).Une sémiotique construite à partir du langage (et on n'en connaît pas d'autre, pour l'instant) doit renoncer à l'étude du problème central de tout système sémiotique, qui est celui de la signification (Ducrot-Tod. 1972, p. 121).
− Empl. subst. masc.
♦ sing. à valeur de neutre. De l'emblématique ou sémiotique (G. Gauthier, Vingt leçons sur l'image et le sens, Paris, Édilig, 1982, p. 83).
♦ [Chez É. Benveniste, p. oppos. au sémantique] Mode de signifiance propre au signe dans le code, indépendamment de son (ou ses) sens en discours. La sémiotique désigne le mode de signifiance qui est propre au SIGNE linguistique et qui le constitue comme unité. (...) Avec le sémantique, nous entrons dans le mode spécifique de signifiance qui est engendré par le DISCOURS (...). Le sémiotique (le signe) doit être RECONNU; le sémantique (le discours) doit être COMPRIS (É. Benveniste, Probl. de ling. gén., II, Sémiologie de la lang., 1974 [1969], pp. 64-65).
3. PSYCHOL. Fonction sémiotique. Capacité, propre à l'homme, d'utiliser des signes, des symboles. Synon. fonction symbolique*.Cette capacité de représentation, souvent appelée « fonction sémiotique » ou « symbolique » − caractérisée par la construction ou l'emploi de symboles personnels et intérieurs (...) ou susceptibles d'être partagés (...) ou encore de signes conventionnels et sociaux (...) − joue un rôle central dans le développement de la pensée (Les Bébés et les choses, Paris, P.U.F., 1982, pp. 122-123).
Rem. Sur la concurrence sémiotique/sémiologie, v. sémiologie rem.
REM. 1.
Séméiotique, subst. fém.,var.
2.
Sém(é)io-,(Sémio-, Séméio-) élém. formanttiré du gr. σ η μ ε ι ο- de σ η μ ε ι ̃ ο ν « signe », entrant dans la constr. de qq. mots, dans le domaine de la ling. et de la sémiot. et indiquant l'idée d'indice, de signe.V. sémiographie, sémiographique (dér. s.v. sémiographie), sémiologie, séméiologie (rem. s.v. sémiologie), sémiologique, séméiologique (rem. s.v. sémiologique), sémiologue (dér. s.v. sémiologie), sémiotique, séméiotique (rem. supra), sémioticien (infra dér.) et aussi
Sémiogenèse, subst. fém.,,Formation des signes, d'un système de signes``. Un langage spécifique, ou plus exactement un langage considéré dans ce qu'il a de spécifique et qui trouve dans la langue des moyens d'actualiser cette spécificité. Mais qui ne les trouve qu'en partie, c'est pourquoi il est une sémiogenèse, une invention du langage (Langage, 1968, p. 457).
Prononc. et Orth.: [semjɔtik]. Ac. 1762: -méïo-; 1798-1878: -méio-; 1935: -méio-, -mio-. Étymol. et Hist. 1. 1555 semeiotique « partie de la pathologie qui traite des signes auxquels on reconnaît les maladies » (Vidius, Les Anciens et Renommés Auteurs de la medecine et chirurgie, p. 922); 1628 semiotique « id. » (Paré, Œuvres, XX, 2epart., 23, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 3, p. 203), att. ds la lexicogr. dep. Trév. 1732, supplanté par sémiologie et surtout par symptomatologie; 2. 1954 adj. et subst. (L. Hjelmslev, La Stratification du langage ds Essais ling., p. 38: considérer le langage comme un cas particulier de système sémiotique [...] situer la linguistique dans les cadres d'une sémiotique (ou sémiologie) générale); 3. 1967 « science générale des signes » (A. Rey ds Le Monde, 13 sept., p. 10). Empr. au gr. η ̔ σ η μ ε ι ω τ ι κ η ́ (s.-ent. τ ε ́ χ ν η) « la diagnostique ou observation des symptômes » (fém. de σ η μ ε ι ω τ ι κ ο ́ ς « apte à noter; qui concerne l'observation »); au sens 2 le mot a été empl. par Hjelmslev en dan. en 1943 et en angl. en 1953. En ling., log. et philos. du lang., l'ext. du mot est due également à l'infl. de l'angl. et de l'amér. semiotic, semiotics (d'abord chez Charles Sanders Peirce au sens de « théorie formelle ou quasi-nécessaire des signes », en 1897 (v. NED Suppl.2), cependant que σ η μ ε ι ω τ ι κ η ́ avait été empl. dès 1655 au sens de « science des signes » par le philosophe angl. John Locke dans son Essai sur l'entendement humain (livre IV, chap. 21, v. éd. M. Thurot, t. 6, p. 305); sur les concepts recouverts par les mots sémantique, sémiologie, sémiotique dans les différentes traditions et approches, v. A. Rey, Théories du signe et du sens, t. 2 (en partic. pp. 285-303) et A.-J. Greimas ds Signe, langage, culture, pp. 13-27.
DÉR.
Sémioticien, -ienne, subst.Spécialiste de sémiotique. La lecture qu'on propose ici d'un conte littéraire se veut un échantillon d'exercices pratiques, c'est-à-dire l'illustration des rencontres du sémioticien (...) et du texte, qui lui oppose tantôt son opacité tantôt une transparence qui ne fait que réfléchir les jeux à multiples facettes qui y sont inscrits (A.-J. Greimas, Maupassant. La Sémiot. du texte: exercices prat., 1976, p. 7).− [semjɔtisjε ̃]. − 1resattest. a) 1765 méd. séméioticien « médecin qui s'occupe des signes ou symptômes des maladies » (Encyclop. t. 15, s.v. signe), attest. isolée, b) 1972 ling. (Ling., s.v. sémiotique); de sémiotique, suff. -ien*; l'angl. semiotician est att. chez C. Morris dès 1946 (v. NED Suppl.2). Au sens a cf. séméiologiste (1765, ibid. et 1830, Encyclop. méthod. Méd. t. 13, s.v. séméiotique, p. 6) et au sens b sémiotiste (Hjelmslev, La Stratification du langage, 1954 ds Essais ling., p. 53).
BBG. − Actes sémiot. B. et Actes sémiot. Doc., passim. − Arrivé (M.). La Sémiotique littéraire. Sémiotique: l'École de Paris. Paris, 1982, pp. 128-131. − Arrivé (M.), Coquet (J.-Cl.). Sémiotique en jeu. À partir et autour de l'œuvre d'A. J. Greimas. Paris, Amsterdam, 1987, pp. 25-41. − Coquet (J.-Cl.). Sémiotique: L'Éc. de Paris. Paris, 1982, pp. 5-64. − Greimas (A. J.). Sémiotique et sc. soc. Paris, 1976, 216 p. − Hénault (A.). Les Enjeux de la sémiotique. Paris, 1979, 192 p. − Morier (Cl.). L'Apport de Leibniz à la sémiotique. Semiotica. 1980, t. 32, pp. 339-355. − Nattiez (J.-J.). Le Point de vue sémiologique. Cah. Ling. Montréal. 1975, n o5, pp. 50-73. − Pesot (J.). Silence, on parle: introd. à la sémiotique. Montréal, 1979, 156 p. − Rey-Debove (J.). Sémiotique. Paris, 1979, 157 p.

 

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