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PYRAMIDE

 

pyramide


Les pyramides sont des structures à base carrée, rectangulaire ou triangulaire et à faces triangulaires qui s'élèvent en forme de pointe. Le nom provient sans doute d'un ancien mot égyptien mais c'est à travers le grec (langue dans laquelle il désignait peut-être une sorte de gâteau de forme pyramidale) qu'il nous est parvenu.
Les pyramides artificielles les plus importantes et les plus célèbres sont des structures de pierre élevées servant de sépultures aux pharaons égyptiens de l'Ancien Empire. Ce type de sépulture fut repris périodiquement dans l'Égypte du Sud et en Nubie pendant deux mille cinq cents ans, mais à une échelle beaucoup plus modeste. Parmi les autres structures monumentales de forme principalement pyramidale, l'on trouve en Mésopotamie ancienne les ziggourats en briques de terre crue, des tours bâties pour soutenir des chapelles, ainsi que de nombreux vestiges précolombiens au Mexique, en Amérique centrale et au Pérou, construits principalement comme soubassements de temples.
Les pyramides égyptiennes

Imhotep, pyramide de Djoser, SaqqarahImhotep, pyramide de Djoser, Saqqarah
Les pyramides égyptiennes étaient des monuments funéraires, à l'origine, exclusivement réservés au pharaon, dont ils abritaient les dépouilles ; par sa forme, la pyramide symbolisait l'escalier menant le pharaon vers Rê, le dieu Soleil.
Environ quatre-vingts pyramides de l'Égypte antique ont été conservées. La plupart d'entre elles sont situées sur la rive occidentale du Nil, au bord du désert et au-delà de la zone cultivable de la vallée. La plupart des grandes pyramides égyptiennes furent élevées pendant l'Ancien Empire, entre les IIIe et VIe dynasties à Gizeh, Saqqarah, Dahchour, Meïdoum et Abousir. Tous ces sites se trouvent au nord du pays, à environ 30 kilomètres de l'ancienne capitale, Memphis, juste au sud du Caire actuel. Quelques pyramides plus modestes furent aussi érigées dans le Nord pendant la première période intermédiaire, et ultérieurement, pendant le Moyen Empire, il y eut un renouveau de construction de pyramides dans la province du Fayoum. Il existe même quelques très petites pyramides qui n'ont toujours pas été identifiées en Égypte, par exemple à Seila, Zaouiêt-el-Amouat et El Kola, et celles-ci remontent probablement aussi à l'Égypte primitive.
La forme pyramidale persista pendant le Nouvel Empire, visible dans les petites superstructures en terre crue que sont les chapelles mortuaires de roturiers à Abydos et à Thèbes. Le dernier renouveau majeur de cette forme au bord du Nil est situé beaucoup plus bas au sud, en Nubie – à Kuru, Nuri, Napata et Méroé – où les structures en briques de terre crue étaient élevées à partir de bases carrées très exiguës. Ces pyramides exceptionnelles appartiennent à une période d'hégémonie locale dans le Sud alors que l'Égypte elle-même était sous le joug de pays étrangers. Datant de 720 avant J.-C. à 350 après J.-C., ces pyramides offrent un exemple d'une adaptation tardive et très intéressante de la forme caractéristique de l'ancienne sépulture royale de l'Égypte.
Bien qu'aucune des sépultures dans les pyramides n'ait résisté aux déprédations des pilleurs de tombes, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinées à servir de sépultures ou de cénotaphes. Il est probable que ce type de sépulture ait finalement été abandonné car, en dépit de sa taille et de sa complexité, chaque pyramide était pillée peu après sa fermeture hermétique. Non seulement ces pyramides contiennent des sarcophages brisés, des vestiges d'objets façonnés retrouvés à l'intérieur et à l'extérieur et suffisamment de preuves inscrites pour pouvoir identifier les défunts, mais elles sont aussi entourées d'autres sépultures dans d'évidents cimetières, ce qui porterait à croire que les pyramides étaient bien des sépultures. En outre, pendant les Ve et VIe dynasties, les pyramides contenaient des textes dans la salle intérieure qui faisaient référence à l'existence de tombes dans les pyramides et, de même, les écrits ultérieurs mentionnent l'incapacité des pyramides de conserver les défunts et leurs biens. → Textes des pyramides.
Un complexe mortuaire

La pyramide elle-même est un tumulus élevé en pierre à l'intérieur duquel ou sous lequel se trouvait une sépulture, mais cette structure n'est qu'un élément d'un complexe plus vaste d'édifices qui composent le monument intégral. À côté de la pyramide, en général à l'est, il y avait un temple mortuaire où la dépouille momifiée du souverain recevait les derniers sacrements. Celui-ci laissait une dotation qui garantissait un approvisionnement d'offrandes au temple longtemps après son inhumation. Tandis que les renfoncements à l'intérieur des pyramides étaient censés rester scellés et inaccessibles, les prêtres, les membres de la famille et les sujets loyaux pouvaient continuer de présenter leurs hommages dans ces temples relativement petits.
Un lien semblable entre le temple mortuaire et le tombeau existait à travers toutes les périodes et parmi la plupart des échelons sociaux dans l'Égypte antique. Mais même les entrées de tombeaux assez inaccessibles se révélaient être malencontreusement proches à cause des temples mortuaires fort visibles. Dans le Nouvel Empire, l'on tenta de séparer les temples mortuaires des inhumations royales (que l'on cachait dans des tombes-tunnels creusées dans la Vallée des rois, qui était secrète et dissimulée à l'ouest du Nil, à Thèbes). Cela entraîna la nécessité d'inverser les tailles proportionnelles de ces deux structures mais, en fin de compte, cela ne protégea pas davantage les sépultures.
En plus de ces deux éléments essentiels à chaque complexe pyramidal, il y avait aussi un mur d'enceinte pour délimiter l'emplacement de chaque sépulture. D'autres monuments en l'honneur du souverain défunt étaient élevés à l'intérieur de ce mur, dont une pyramide subsidiaire, qui contenait probablement le faux sarcophage du double du roi. Puisque les pyramides étaient construites dans le désert stérile et éloigné des limites cultivables, on estimait souvent qu'il était nécessaire de construire un temple dans la vallée du Nil afin que l'entourage funéraire puisse y accéder en bateau. Après avoir débarqué au temple avec la dépouille royale, les offrandes et le trésor destiné à la vie future du roi, le cortège funèbre pouvait avancer le long d'une chaussée couverte qui débouchait sur le temple mortuaire.
Tous les complexes mortuaires des pyramides achevées entre les IVe et XIIe dynasties partageaient ces caractéristiques principales.
Caractéristiques des pyramides égyptiennes

GizehGizeh
Parfaite dans sa rigueur géométrique à Gizeh (pyramides de Kheops, Khephren et Mykerinus), la pyramide évoque avec gigantisme la pétrification des rayons bénéfiques du soleil. Lorsque ses dimensions deviennent plus modestes (à partir de la Ve dynastie) au profit du développement du temple funéraire (tombeau de Montouhotep à Deir el-Bahari) et qu'elle se réduit à un pyramidion dans certaines tombes de Deir el-Medineh, elle symbolise toujours l'aspiration suprême : celle de la renaissance dans l'au-delà. C'est le cadre naturel de la montagne thébaine qui est à l'origine de sa destination funéraire.
Parfaitement orientée (au moyen de repères astronomiques) et édifiée pendant l'Ancien Empire en matériaux nobles (calcaire appareillé, revêtement de granite, etc.), la pyramide était toujours le point culminant d'un complexe funéraire monumental comprenant un temple haut (celui du culte funéraire) et un temple bas (destiné à la réception des cortèges), plusieurs barques solaires réparties le long de la chaussée reliant les deux temples ou étant placées le long de l'enceinte. Sous la pyramide même, un réseau de galeries et de chambres profondément creusées abrite les sépultures du pharaon et de sa famille ainsi que de nombreuses offrandes. Saqqarah marque, avec les impressionnants degrés recouvrant le mastaba originel, le départ d'une constante évolution qui, avant d'aboutir à la perfection de Gizeh, est jalonnée par Meidoum et Dahchour. C’est dans la pyramide de Saqqarah celle du dernier pharaon de la Ve dynastie, Ounas, qu'apparurent pour la première fois les textes en hiéroglyphes gravés sur les parois des chambres intérieures, textes indiquant le but religieux de ces monuments. Inauguré par Djoser et son génial architecte, le divin Imhotep, ce mode de sépulture fut utilisé en Égypte jusqu'à la XVIIe dynastie ; il connut un nouvel éclat au Moyen Empire avec les constructions de Memphis, Licht, Dahchour et du Fayoum pour Sésostris II et Amenemhat III, et témoigna de la persistance des traditions religieuses égyptiennes à Napata et Méroé en Nubie.
La pyramide de Kheops
Gizeh, la pyramide de KheopsGizeh, la pyramide de Kheops
La pyramide du pharaon Kheops est la plus grande pyramide véritable et elle compte parmi les merveilles artificielles du monde. À sa base, elle mesure environ 230 mètres de côté et sa hauteur, qui faisait environ neuf mètres de plus qu'aujourd'hui, était de 147 mètres. Cette structure presque entièrement solide contiendrait environ 2,3 millions de blocs de grès pesant entre deux à trois tonnes chacun. Ces blocs étaient extraits de carrières avoisinantes et le tout était probablement revêtu de calcaire finement travaillé provenant de la carrière de Tura, de l'autre côté du Nil, au sud du Caire actuel.

La Grande Pyramide, KheopsLa Grande Pyramide, Kheops
La pyramide de Kheops comportait des galeries reliant le côté septentrional à trois salles principales placées les unes au-dessus des autres. La salle supérieure, qui se trouve approximativement au milieu de la pyramide, mais qui n'est pas centrée, était reliée à une grande galerie avec une voûte en encorbellement. La salle en granit contient toujours le sarcophage brisé du souverain. Sur le côté oriental de la pyramide, des fouilles ont révélé le temple mortuaire ainsi qu'une partie de la chaussée et plusieurs cavités contenant les grandes barques en bois datant de plusieurs siècles et qui étaient probablement utilisées pour transporter la dépouille du souverain, son attirail funéraire et le cortège funéraire vers la pyramide.
La pyramide de Khephren
Sphinx et pyramide de KhephrenSphinx et pyramide de Khephren
La pyramide de Khephren, le fils de Kheops, se trouve au milieu du groupe de Gizeh. Bien qu'elle soit un peu plus modeste que la pyramide de Kheops, elle est plus impressionnante que cette dernière à cause du revêtement de calcaire qui recouvre encore le sommet, et aussi de l'excellent état de la plupart des éléments du complexe pyramidal. Le temple de la vallée qui se trouve à côté du grand Sphinx en roc est remarquablement intact et sa chaussée, son mur d'enceinte, son temple mortuaire et sa pyramide subsidiaire sont tous reconnaissables.
La pyramide de Mykerinus
La pyramide de Mykerinus, au sud de celle de Khephren, est beaucoup plus petite : sa base ne mesure que le quart de celle de Kheops mais, à une exception près, la pyramide de Mykerinus est plus grande que les dernières pyramides.
Mode de construction des pyramides de Gizeh

L'un des principaux mystères qui entourent les pyramides de Gizeh est leur mode de construction. Les chercheurs ne s'accordent toujours pas sur un modèle unique, et les hypothèses continuent d'être proposées – on ne tiendra pas compte ici des théories qui attribuent la construction des pyramides à des interventions surnaturelles.
Diodore de Sicile rapporte un mode de construction fondé sur une rampe frontale s'élevant en même temps que la pyramide, sur laquelle les énormes pierres mises en œuvre pouvaient être roulées. Cette théorie, avec de nombreuses variantes, a été développée par des auteurs contemporains (Jean-Philippe Lauer, le Mystère des pyramides, 1988). Certains ont proposé l'hypothèse d'une rampe enveloppante, tournant autour de la pyramide au fur et à mesure de son élévation. Ce premier groupe de théories présente cependant un inconvénient lorsqu'on l'applique aux énormes masses des monuments de Gizeh : la construction de la rampe, qui doit être démontée par la suite, nécessite la mise en œuvre d'un volume de matériaux supérieur à celui de la pyramide elle-même.
Hérodote rapporte un système de construction au moyen d'engins de levage qui permettent de soulever des blocs de pierre de 2 à 3 tonnes, comme ceux qui constituent la plus grande part de la pyramide. Cette théorie a été notamment développée par l'Allemand Karl Richard Lepsius (Über den Bau der Pyramiden, 1843). Elle ne peut cependant expliquer comment des blocs de plusieurs dizaines de tonnes ont pu être amenés au sommet de la chambre du roi dans la pyramide de Kheops.
Une dernière théorie, reprenant le système décrit par Hérodote puis par Lepsius pour l'élévation des blocs de 2,5 tonnes, propose d'expliquer l'insertion de blocs de granit de 40 tonnes au-dessus de la chambre de Kheops par l'utilisation d'un ascenseur oblique, dont la grande galerie située à l'intérieur de la pyramide constituerait la glissière et dont le contrepoids serait formé de cinq blocs indépendants, permettant de diminuer ainsi, en le divisant, le poids des énormes blocs de granit mis en œuvre ; plusieurs indices sembleraient étayer cette thèse (Pierre Crozat, Système constructif des pyramides, 1997).
Inde et contrées indianisées

La montagne, axe du monde (le mont Meru) ou séjour des dieux, est figurée dans la cosmologie par une pyramide à gradins. Partout, cette notion inspire la composition des toitures des sanctuaires, assimilés à la montagne demeure du dieu : toitures curvilignes (shikhara), dans l'architecture du Nord, ou à terrasses étagées des vimana dravidiens. L'ensemble du soubassement du temple évoque la même idée, quoique de manière moins élaborée, sauf hors de l'Inde propre et spécialement dans l'art khmer (Bakong, 881 ; Angkor Vat). Une formule proche a été développée en Thaïlande, dès la fin du xiiie s., pour les prang, tours-reliquaires (Thonburi). Dans le bouddhisme, le stupa participe de la même symbolique : stupa aux terrasses étagées de l'Asie du Sud-Est (Java, Barabudur ; Birmanie, Pagan).
Les pyramides précolombiennes

Tikal, GuatemalaTikal, Guatemala
Dans l'aire méso-américaine, les pyramides apparaissent dès le préclassique moyen (La Venta, Cholula, etc.). Pour l'époque classique, citons : Teotihuacán, El Tajín, Tikal, Palenque, Uxmal, etc. Ce type de construction est encore en usage durant le postclassique (Tula, Chichén Itzá, Tenochtitlán, etc.). Plus rare en Amérique du Sud, on le rencontre cependant dans la culture Mochica.
Palenque, le temple des InscriptionsPalenque, le temple des Inscriptions
Les pyramides de l'Amérique précolombienne présentent plusieurs différences fondamentales avec celles de l’Égypte. Elles étaient rarement de véritables pyramides du point de vue géométrique car elles étaient le plus souvent à degrés, et elles n'avaient pas pour fonction essentielle d'abriter des tombes. Ces pyramides monumentales semblent avoir été construites principalement pour servir de soubassements à des temples et ont ainsi davantage en commun avec les ziggourats de Mésopotamie qu'avec les pyramides d'Égypte. Une exception notoire est le « temple des Inscriptions » maya à Palenque, au Mexique, qui recouvre une tombe ouvragée qui dut être construite avant la pyramide qu'elle soutient.
Les plates-formes à degrés sont répandues et les plus imposantes sont situées dans les provinces mexicaines et mayas et sur la côte septentrionale du Pérou. Leur forme principale est celle du tertre ou du tumulus rectangulaire ou carré, élevé en étages avec des faces en pente. Plus rarement, on trouve aussi des bases rondes surmontées de couches coniques dont il existe deux exemples primitifs au Mexique, datant du Ier millénaire avant J.-C. Au site olmèque de La Venta se trouve un tertre rectangulaire en argile mesurant environ 70 x 90 mètres à la base et 32 mètres de hauteur. À Cuicuilco près de Mexico, un tertre rond de terre et de gravats fait 135 mètres de diamètre et 20 mètres de hauteur. Au Pérou, deux grands tumuli furent érigés dans la vallée de Moche au début du Ier millénaire après J.-C. Le plus grand des deux, le Huaca de Sol, est une énorme structure en adobe mesurant environ 136 x 228 mètres de base et s'élevant à une hauteur de 41 mètres.
L'adobe, brique de terre et paille, était sans doute le matériau de construction le plus courant des pyramides, mais la terre et les gravats étaient aussi assez répandus. Il semblerait que toutes les pyramides fussent revêtues de plâtre et de peinture. Même les façades extérieures finement travaillées semblent avoir été à l'origine recouvertes de plâtre. La peinture et la sculpture en relief étaient utilisées en décoration.
À Teotihuacán, dans le Mexique central, la pyramide du Soleil mesure environ 225 mètres de côté, se rapprochant ainsi des dimensions de la pyramide de Kheops, et 64 mètres de hauteur. La masse de la pyramide en ruine de Cholula est même supérieure à celle de Kheops.
Dans la région maya, l'utilisation d'un mortier de chaux de bonne qualité et de voûtes à encorbellements rendit possibles des pyramides spectaculaires qui conservaient mieux les édifices des temples que celles dépourvues de voûtes à encorbellements. À Tikal, au Guatemala, il existe plusieurs groupes de pyramides-temples bien conservés qui s'élèvent jusqu'à 60 mètres. L'accès au sommet des pyramides se faisait par des escaliers extrêmement abrupts, qui devaient jouer un rôle dans la mise en scène des cortèges religieux.
De nombreuses pyramides furent régulièrement agrandies en bâtissant par-dessus la structure originale, y compris le temple au sommet. Par bonheur, cette pratique conserva les formes des anciens édifices que des fouilles ont pu révéler dans de nombreux sites.

 

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AUGUSTE

 

 

 

 

 

 

Auguste
en latin Caius Julius Caesar Octavianus Augustus


Empereur romain (Rome 23 septembre 63 avant J.-C.-Nola 19 août 14 après J.-C.).
1. La montée d'Octave vers le pouvoir
1.1. L'héritier de César

Fils de Caius Octavius Thurinus et d'Atia, nièce de César, Auguste porte d'abord le nom d'Octave ; être le petit-neveu de Jules César est la chance du jeune Octave. Le dictateur, qui a tôt remarqué son intelligence, veille à son éducation intellectuelle et militaire et l’adopte (45 avant J.-C.). Lorsque son adoption est officiellement reconnue, un an après l’assassinat de César, il devient C. Julius Caesar Octavianus, Octavien. Mais il n'aimera jamais être appelé ainsi ; d'ailleurs, pour tous, n'est-il pas déjà César ? Il a alors tout juste 20 ans.
Au milieu des intrigues menées par les sénateurs d'un côté, par Antoine, ancien lieutenant de César, de l'autre, Octave se conduit avec habileté. Il s'appuie d'abord sur le sénat, qui lui accorde l'imperium (la puissance publique, donc le droit de gouverner), puis sur l'armée pour se faire nommer consul (août 43), sans avoir rempli aucune autre charge du cursus honorum, la suite des honneurs qui devaient jalonner dans un certain ordre une carrière publique.
Pour venger la mort de César, Octave s'entend avec Antoine, alors consul, et avec le grand pontife Lépide, et forme avec ces derniers, à Bologne, un triumvirat qui se partage le monde romain. Tous leurs adversaires sont poursuivis : 300 sénateurs et 2 000 chevaliers sont proscrits ; la terreur et le meurtre emplissent Rome ; Cicéron est assassiné. Tous les magistrats et les sénateurs doivent jurer de respecter les actes de César. Octave prend militairement le contrôle de l'Afrique du Nord, mais il laisse la Sicile occupée par les républicains de Sextus Pompée, le fils du grand Pompée. Puis Antoine et Octave regroupent leurs troupes, et, avec 19 légions, débarquent en Grèce, où se trouvent les assassins de César, Brutus et Cassius, qu’ils éliminent à la bataille de Philippes (42).
Peu à peu, Lépide est écarté des responsabilités et des provinces qu’il gouvernait, même s’il reçoit l’Afrique en compensation. Antoine se rend en Orient, source d'or et de richesses ; Octave revient en Italie, où il distribue des terres à ses vétérans en expropriant de nombreux petits paysans.


1.2. Octave face à Antoine
De fait, Octave, maître de l’Occident, et Antoine, maître de l'Orient, se retrouvent face à face ; en octobre 40, les vétérans des deux armées, qui ne veulent pas d’une guerre fratricide, les forcent à s'entendre. En réalité, leur opposition grandit, bien qu'Antoine ait épousé Octavie, sœur d'Octave.
S'assurer d'abord le contrôle total de l'Occident
Octave élimine alors ceux qui pourraient s'opposer à lui en Occident : Sextus Pompée, qui continue, malgré les accords, à contrôler les routes maritimes, et peut à tout instant affamer Rome, est battu en 36 ; Lépide perd son titre de triumvir et doit abandonner ses provinces. Le 13 novembre 36 avant J.-C., Octave fait une entrée triomphale dans Rome. Avec une habileté politique consommée, il réalise alors l'unité morale de cette moitié du monde romain autour de sa personne. Il se présente déjà en conciliateur et en homme respectueux de la tradition. Il fait brûler les actes concernant la guerre civile, il abolit le tribut et supprime le banditisme en Italie par des mesures rigoureuses, il distribue des terres vacantes en Campanie à ses vétérans, il fait reprendre les grands travaux à Rome. Il entreprend enfin quelques expéditions destinées à stabiliser la situation dans certaines provinces frontières comme l'Illyrie et la Dalmatie, où il fonde des colonies. Très rapidement, l'opinion lui fournit l'appui dont il a besoin ; les assemblées populaires et le sénat sont sous son contrôle : il reçoit la puissance tribunitienne (les pouvoirs de contrôle des anciens tribuns de la plèbe) et le droit, comme César, de porter la couronne de laurier des triomphateurs.
La bataille décisive d'Actium
La rupture avec Antoine peut s'engager. Dès 35 avant J.-C., Octave réclame le renvoi de la reine d’Égypte, Cléopâtre, qui, auprès d'Antoine, a supplanté Octavie ; Antoine refuse. En 32 avant J.-C., Octave brusque les choses ; sous la menace de ses soldats, il oblige les consuls et les sénateurs partisans d'Antoine à s'enfuir. Il ordonne au sénat de sommer Antoine de rentrer à Rome et d'y déposer son imperium. Et il fait ouvrir le testament d'Antoine – conservé à Rome. Sa lecture prouve qu'Antoine fait de Césarion – le fils que César a eu de Cléopâtre – le véritable héritier de César, confirme les concessions territoriales faites à Cléopâtre aux dépens du peuple romain et demande à être enterré à Alexandrie, en Égypte. Le testament provoque la colère à Rome. Octave apparaît désormais comme le garant des traditions et des vertus du passé face au représentant dépravé de l'Orient.
Au cours de l'été 31, Octave, grâce à Agrippa, remporte la bataille navale d'Actium, au sortir du golfe d’Arta, en Grèce, contre la flotte d’Antoine et Cléopâtre. Un an plus tard, il se trouve devant Alexandrie, où Antoine et Cléopâtre préfèrent la mort à l'humiliation. L'ensemble du monde romain lui appartient, au nom de Rome, et l'Égypte devient province romaine. De retour à Rome, l’été 29, Octave peut célébrer trois triomphes éclatants. Puis, en 28 et 27, il reçoit du sénat, avec les titres d'auguste et de princeps, les pouvoirs répartis jusqu'alors entre différentes magistratures.


2. Le maître absolu de Rome
Un nouveau régime est fondé, qui fonctionne comme une monarchie derrière une façade républicaine. Le pouvoir d’Auguste n'est pas une entité institutionnelle, mais le regroupement complexe de diverses prérogatives, morales, juridiques, militaires, politiques, religieuses.


2.1. Les pouvoirs d’Auguste
Le surnom d'Augustus, qui entoure celui qui le porte de ferveur religieuse, fait d’Octave un nouveau fondateur de Rome à l'exemple de Romulus, et cet aspect lui confère une autorité (auctoritas) morale supérieure à celle de tous les autres Romains. Autorité morale mais qui peut en outre avoir des effets juridiques et permet d’exercer un contrôle sur les affaires publiques.
Autorité morale, prestige populaire et influence réelle sur le sénat
Princeps n'est pas à proprement parler un titre, mais un qualificatif pour désigner les personnages politiquement importants ; de plus, le mot a été mis à l'honneur par Cicéron. La notion est floue, mais elle jouit d'un grand prestige populaire (le peuple a appelé Octave princeps dès son retour d'Actium). Par la magie de ce nom, Octave est moralement au-dessus des autres Romains et est le garant du respect des droits de chacun de ses concitoyens ; le princeps peut légalement convoquer et présider le sénat et les comices (les assemblées du peuple), et leur soumettre des projets de loi. Par cet intermédiaire, Auguste peut accomplir son œuvre législatrice et réformatrice.
Auguste reste consul de 31 à 23 avant J.-C. ; il reçoit aussi du sénat un imperium proconsulaire sur les provinces frontières, ou qui ne sont pas encore pacifiées ; il possède ainsi la haute main sur les armées stationnées dans ces provinces, appelées maintenant « impériales », et qui sont gouvernées par des sénateurs dépendant directement de lui, les légats. Les autres provinces (les plus anciennes) sont dites « sénatoriales », et leurs gouverneurs ne dépendent, théoriquement, que du sénat.
→ consulat.
Le renforcement des pouvoirs du « prince »
En 23 avant J.-C. Auguste rend sa charge de consul mais aussitôt le sénat lui accorde un imperium proconsulaire supérieur à celui de tous les autres magistrats, à vie et en dehors de toute magistrature ; il a désormais le droit de lever des troupes et d'intervenir partout dans l'empire. Et il se fait de nouveau attribuer la puissance tribunicienne, qui lui sera désormais renouvelée tous les ans. Cumulant sur sa personne les pouvoirs exécutifs et le droit de contrôle que possèdent les tribuns, il détient désormais les rouages vitaux de l'État. Après cette date, Auguste refusera toutes les charges républicaines que le sénat ou le peuple veulent lui donner : il n'en a plus besoin.


2.2. La réorganisation de la cité
Auguste a ainsi créé un régime nouveau, mais un régime qui ne s'est pas immédiatement affirmé. Le princeps n'a pas voulu exécuter ses réformes avec brutalité ; il s’est servi des plus vieilles fonctions de la res publica, la république, en leur donnant un aspect nouveau non choquant pour ses contemporains.
Des classes sociales nettement définies
Auguste s'entoure d'un conseil impérial et le sénat, réformé, est dépouillé de la majeure partie de ses pouvoirs politiques. La société est administrée par un corps de fonctionnaires recrutés dans les classes supérieures : ordre sénatorial et ordre équestre. Ces deux ordres n'étaient ouverts qu'aux citoyens romains. Pour Auguste, le droit de cité est une dignité qui ne peut être accordée que comme récompense (ce fut le moyen de rallier à Rome les notables locaux des provinces désireux de montrer leur loyauté). Il rend plus strictes les conditions d'accès à la citoyenneté et limite dans sa portée réelle le très ancien principe selon lequel, sous la République, tout esclave affranchi par un citoyen devenait citoyen.
Cette société est donc hiérarchisée, mais elle est aussi très souple, car n'importe quel citoyen peut, s'il a une certaine fortune personnelle et l'aval du prince, entrer dans l'ordre équestre, y faire une partie de sa carrière, puis accéder aux fonctions de rang sénatorial.


Le retour aux vertus et aux traditions
Dans les tourmentes qui avaient agité Rome, les mœurs avaient connu un relâchement considérable, et l’opinion était lasse des turpitudes d'une société perpétuellement en quête de plaisirs et de richesses. L'équilibre de la cité souhaité par Auguste ne pouvait être fondé que sur une réforme des mœurs, qui repose en fait sur deux points : la restauration des traditions antiques et celle du groupe familial.
Le retour sur le passé est marqué par la critique du luxe, que l'on trouve chez un poète comme Horace. Il conduit aussi à retrouver une juste appréciation des valeurs de la terre, qui avaient fait la puissance de Rome ; le travail de la terre était le réceptacle des anciennes vertus de Rome. Virgile sut utiliser et répandre ce thème. De plus, c’est un moyen pour Auguste de faire admettre les dons de terre, en Italie, à ses vétérans.
Quant à la restauration de la cellule familiale, plusieurs lois initiées par Auguste limitent les héritages des célibataires (les femmes sont même soumises à un impôt spécial) ; les citoyens ont le devoir non seulement de se marier, mais aussi d'avoir des enfants. Auguste combat aussi l'adultère, qui se pratiquait sans gêne dans l'aristocratie (lui-même s’y était livré dans sa jeunesse) ; désormais, les coupables risquent la relégation dans les îles et la confiscation de leurs biens.


2.3. La restauration religieuse
La divinisation post mortem de son père adoptif par l'élan populaire avait fait comprendre à Octave combien le sentiment religieux pouvait servir sa politique. D'ailleurs, sa carrière est jalonnée par son accession aux sacerdoces les plus importants, jusqu’à être élu grand pontife à la mort de Lépide, en 12 avant J.-C.
Auguste, garant des anciens cultes de la cité
Le retour à la religion traditionnelle se traduit par le rétablissement des collèges les plus vénérables et des rites anciens (lupercales), par la construction ou la restauration d'édifices religieux. Auguste a pu se vanter d'avoir restauré quatre-vingts temples dans la ville ; c'était, pour lui, la preuve matérielle éclatante de la place prééminente qu'il donnait aux dieux. Ce côté « traditionaliste » a sa contrepartie dans une tendance antiorientale prononcée, contre les divinités grecques (Cybèle) et égyptiennes notamment (Isis, Sérapis) ; elle est due, en très grande partie, à la lutte contre Antoine, qui avait voulu symboliser le triomphe de l'Orient.
Valorisation sacrée de la personne de l’empereur
L'empereur met en valeur, pour des raisons avant tout dynastiques, les cultes de Mars et de Vénus, invoqués sous les noms de Venus Genitrix (la Mère) et de Mars Ultor (le Vengeur). Un dieu prend la première place ; c'est le protecteur personnel d'Auguste, Apollon, sans doute parce que, du haut du promontoire d'Actium, Apollon avait présidé à la victoire décisive d'Auguste sur Antoine. Le princeps lui fit construire le plus grand temple de Rome, sur le mont Palatin, près de sa demeure. En outre, il rendit publique une partie de sa demeure et y édifia un autel de Vesta. C'est désormais dans son domaine que se trouvait le centre de la religion officielle romaine.
Comme tout homme, Auguste possédait un genius, cette puissance indiscernable qui assurait à chaque être son rayonnement vital. Très vite, les Romains prirent l'habitude de l'invoquer et de prêter serment sur lui. Ce genius fut aussi associé au culte des lares de carrefour qui étaient vénérés par la plèbe. C'était, mystiquement, donner plus de force au génie de l'empereur.


3. Auguste, à la tête d’un vaste empire
3.1. Une administration contrôlée par l’empereur
L'empereur prend seul les décisions, mais il sait s'entourer des hommes les plus compétents dans leur domaine ; c'est ainsi que se forme peu à peu un véritable conseil impérial, mais sans existence légale, ni composition fixe. En outre, le pouvoir de l'empereur est à peu près absolu, puisque celui-ci contrôle l'essentiel des finances et l'ensemble des armées.
Le contrôle des hommes
Auguste réorganise les provinces, qu'il partage en provinces sénatoriales (celles qui sont déjà pacifiées et n'ont donc pas besoin d'armée), gouvernées par des proconsuls, et provinces impériales (celles qui nécessitent la présence de troupes, comme la Syrie, la Gaule, l’Espagne), dont il choisit lui-même les gouverneurs (légats sénateurs ou procurateurs équestres).
Certes, les proconsuls sont désignés par le sénat, mais, en réalité, ils n'échappent pas au contrôle impérial. Quant aux légats et aux procurateurs, ce sont des fonctionnaires que le prince déplace comme il l'entend ; ils reçoivent un traitement fixe et ne peuvent agir qu'avec l'accord de l'empereur. C'est une garantie pour le pouvoir central, mais c'est aussi une assurance pour les provinciaux, qui, en cas de conflit avec leur gouverneur, peuvent toujours faire appel au princeps.
Le contrôle des finances
L'administration financière rend encore plus évident le caractère absolu du pouvoir d'Auguste. Il fait remettre à jour le cadastre général de l'Empire, ce qui permet de faire une grande carte du monde, mais aussi de remanier les impôts ; le contrôle effectué par les fonctionnaires impériaux est de plus en plus strict.
De plus, dans toutes les provinces sénatoriales, l'empereur est présent dans le domaine financier par l'intermédiaire d'un procurateur. La subordination du sénat est presque totale ; d'ailleurs, en 15 avant J.-C., Auguste se réserve la frappe de l'or et de l'argent, et ne laisse au sénat que la frappe des monnaies de bronze.
Le contrôle des armées
Cette puissance de l'empereur est accentuée par le fait qu'il est le maître des armées. À partir d'Auguste, l'armée est permanente, et le service est de longue durée (vingt ans), si bien que, si les citoyens forment toujours les légions, ce sont pour la plupart des volontaires. Les chevaliers fournissent les officiers supérieurs, mais le commandement est donné dans chaque légion à un légat de légion, délégué de l'empereur, et que ce dernier peut nommer ou destituer selon sa volonté. Cette armée, complétée par deux flottes, l'une à Misène, l'autre à Ravenne, est puissante, mais peu nombreuse relativement à l'immensité de l'Empire.


3.2. Une politique fondamentalement pacifique
En politique extérieure, Auguste préfère aux conquêtes la sécurité des frontières, recourant autant à la diplomatie qu'à l'action militaire. Mais l'Empire est loin d'être achevé quand il en devient le seul maître, après sa victoire sur Antoine.
Prudence aux frontières
De nombreuses régions sont encore mal contrôlées par les Romains ; sur les frontières existent un grand nombre de royaumes, ou principautés « protégées ». Auguste les laisse subsister, ne les transformant en provinces romaines que dans les cas de disparition du roi ou de force majeure. C’est le cas de la Judée en 6 après J.-C. En revanche, Auguste refait de la Mauritanie un royaume, qu'il confie à Juba II, homme profondément pénétré de culture gréco-latine.
La fin de la conquête de l’Espagne
L'empereur doit pourtant se résoudre parfois à intervenir pour rétablir le calme à l'intérieur de certains territoires qui, par leur instabilité, risquent de menacer l'équilibre de l'Empire tout entier. C'est le cas de 27 à 25 avant J.-C., où il dirige lui-même les opérations en Espagne ; les combats contre les Astures et les Cantabres durent cependant jusqu'en 19 avant J.-C.
Il en est de même pour la conquête des hautes vallées des Alpes, en 26 avant J.-C., et pour la formation de la province des Alpes-Maritimes, en 14 avant J.-C.
Tentatives et échec en Germanie
Le cas de la Germanie est plus complexe. À cause du danger présenté par des populations belliqueuses, à cause du désir de succès militaires de Drusus et Tibère, parce qu'on croit la Germanie riche pays agricole et qu'Auguste voit dans l'Elbe une meilleure frontière que le Rhin, une expédition offensive est préparée. Tibère parvient à l'Elbe en 5 après J.-C. Mais l'administration maladroite et présomptueuse de P. Quintilius Varus exaspère les Germains. En septembre 9 après J.-C., trois légions sont anéanties dans la forêt de Teutoburg ; Varus y périt. Auguste décide d'abandonner la Germanie ; la frontière est de nouveau fixée au Rhin, bien fortifié. C'est le seul véritable insuccès de l'empereur.


4. Le siècle d’Auguste
4.1. Rome remodelée par Auguste
Auguste avait compris qu'un empire aussi puissant que le sien devait avoir une capitale qui fût la plus belle cité du monde. Tel n'était pas le cas ; la population était trop nombreuse et mal répartie ; elle vivait agglomérée au centre dans un désordre grandissant ; il y avait peu de place pour construire, car beaucoup de terrains étaient occupés par des jardins, par les maisons des grandes familles, par les constructions publiques. La plèbe s'entassait dans des immeubles de plusieurs étages, dans la plus totale anarchie. Rome ne ressemblait pas à ces villes ordonnées que l'Orient offrait aux regards éblouis des Romains, Alexandrie et Pergame.
Une gestion plus efficace
Auguste divise Rome en 14 régions pour en faciliter l'administration et la police. Sous la République, l'administration de la ville dépendait des magistrats traditionnels (édiles, tribuns de la plèbe, consuls), qui n'avaient que des fonctions provisoires. Auguste se garde bien de toucher à leurs prérogatives ; mais, parallèlement et progressivement, il institue de nouveaux fonctionnaires. Un corps de vigiles, avec un préfet à sa tête, est chargé de combattre les incendies et de faire la police. Des curateurs, puis un préfet de l'annone reçoivent le contrôle des opérations de ravitaillement en blé – l'annone (produit de la récolte annuelle) assure à la population de Rome, en fait aux seuls citoyens, des distributions gratuites de produits alimentaires, que l'État se charge de réquisitionner dans les provinces, transporter et répartir entre les allocataires (dont Auguste ramène le nombre à 150 000).
Constructions et monuments
Auguste entreprend aussi de remodeler Rome. Dans cette tâche, son gendre Agrippa joue un rôle fondamental. La construction de deux nouveaux aqueducs, de citernes et de fontaines permet une meilleure alimentation en eau. La transformation monumentale de la ville est importante, avec notamment le forum et le mausolée d'Auguste, le théâtre de Marcellus et les premiers thermes publics (thermes d'Agrippa).
Pour en savoir plus, voir l'article Rome.


4.2. Le développement d’une civilisation commune
Le règne d'Auguste est une étape décisive dans l'histoire de Rome. Décisive parce que l'empereur a su établir la paix à l'intérieur : infléchir insensiblement, mais sans retour possible en arrière, les vieilles institutions de la république ; rendre leur stabilité à la société et à la religion après les abus des décennies précédentes – il a su créer sans supprimer : un peuple dont le respect pour le passé ne s'était jamais démenti ne pouvait qu'apprécier. Décisive parce que la ville s'est transformée et que l'élan a été donné pour de nouveaux aménagements. Décisive enfin parce que l'Empire a trouvé ses limites naturelles.
Paix, commerce et romanisation
La politique de la diplomatie et de la prudence, qui donne à l'Empire des frontières solides, instaure la paix aussi bien en Occident qu'en Orient, où la guerre régnait depuis des décennies. Cette paix permet aux courants commerciaux de se rétablir, surtout vers Rome, le principal client. Dorénavant, l'unité du monde romain est profondément ressentie par tous les habitants de l'Empire ; elle assure le développement d'une civilisation commune qui s'impose à tous ; la romanisation est rapide. C'est le début d'un âge nouveau.
Renouveau intellectuel
Le principat d'Auguste est fondé sur une idéologie de grandeur. La vie littéraire y contribue : Virgile et Horace, entre autres, s'associent au mouvement de renouveau intellectuel voulu par l'empereur, et Tite-Live écrit sa monumentale Histoire de Rome. En réalité, si Virgile et Tite-Live remettent en honneur la tradition, donnent en exemple les vertus des ancêtres, exaltent Rome et ses fondateurs, si Horace et Ovide participent par leurs œuvres au renouveau religieux, c'est par pure conviction et sans que Mécène, l’ami d’Auguste qui aimait à s'en entourer, ait eu à les pousser dans cette voie. Le prince a su comprendre et saisir les forces complexes et spontanées qui animaient son époque, et dont la réunion fit le « siècle d'Auguste ».
5. Les difficultés de la succession d’Auguste

Seul maître du pouvoir après sa victoire sur son rival Antoine et le suicide de ce dernier (30 avant J.-C.), Auguste a connu un long règne de plus de quarante ans. Pourtant, il ne fut pas un homme heureux. Il avait souffert de n'être qu'un médiocre soldat et de ne devoir ses victoires qu'à ses loyaux compagnons. Il souffrit toute sa vie de graves maux physiques qui le conduisirent parfois au seuil de la mort. Ses dernières années furent empreintes de tristesse, car il vit disparaître pratiquement tous ceux qu'il aimait. Et il eut tout le temps la hantise de ne pouvoir accomplir une œuvre, qu'il ne jugea jamais suffisamment affirmée.


5.1. Un pouvoir difficile à transmettre
Dans un régime qui était censé utiliser les institutions de la république en ce qu'elles avaient de meilleur, il ne pouvait être question pour Auguste de désigner ouvertement un successeur comme dans une simple monarchie. Cependant, le princeps ne voulait pas que sa mort fût la fin de ce qu'il avait réussi à créer, d'une certaine forme efficace du pouvoir.
Auguste ne put aborder franchement le problème ; aussi posa-t-il en principe de désigner, de son vivant, à l'attention du sénat et du peuple, celui qu'il désirait avoir comme successeur. Cette désignation n'était pas directe et, en droit, elle n'engageait personne. Il est vrai que les choses auraient pu être plus simples si l'empereur avait eu un fils.


5.2. La mort d'Auguste
N'ayant pas de fils, Auguste adopte d’abord son neveu (le fils de sa sœur Octavie), qu’il marie à sa fille Julie, mais qui meurt peu après ; puis les petits-fils que Julie lui donne avec Agrippa qu’il lui fait épouser ensuite, mais qui meurent aussi avant lui. Finalement, Auguste choisit son beau-fils Tibère, que sa femme Livie avait eu d’un premier mariage et qui, après avoir dû répudier sa femme, à son tour épouse Julie en prélude à son adoption.
Lors d'un voyage en Campanie durant l'été 14 après J.-C., Auguste ressent de violents maux de ventre et doit s'arrêter à Nola. Il fait alors venir Tibère et s'entretient dans l'intimité avec lui. Il meurt le 19 août, à 77 ans. Sa dépouille mortelle est ramenée à Rome, portée durant la nuit par les notables des cités que le cortège traverse, et exposée pendant le jour dans les temples les plus importants.
À Rome, Tibère et son fils Drusus prononcent l'éloge funèbre de l'empereur, dont le corps est ensuite consumé sur un bûcher. Ses cendres seront déposées dans le mausolée qu'Auguste s'était fait construire sur le champ de Mars. Le sénat se réunit ensuite pour entendre lire son testament, qui désigne Tibère comme son successeur. Auguste peut dès lors être honoré comme un dieu.

 

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TOTALITARISMES

 

totalitarisme


Introduction
Le mot « totalitarisme » semble avoir été inventé par Mussolini, qui lui donnait un sens positif. Il visait l'unité de la nation, mal assurée contre les forces centrifuges ou destructrices qui étaient à l'œuvre après la Première Guerre mondiale et, à travers la nation, l'identité d'une communauté historique incarnée dans l'État.
Le fascisme affirme la supériorité de l'État sur l'individu et l'extension illimitée du pouvoir de cet État. « Pour le fascisme, écrivait Mussolini, tout est dans l'État et rien d'humain ou de spirituel n'existe et encore moins n'a de valeur en dehors de l'État. En ce sens, le fascisme est totalitaire et l'État fasciste, qui est la synthèse et l'unité de toutes les valeurs, interprète, développe et donne pouvoir à tous les aspects de la vie d'un peuple. »
On a proposé, pour définir les systèmes totalitaires, l'énumération d'éléments spécifiques qui leur seraient communs et qui les distingueraient des autres régimes. Les interprétations ne s'accordent cependant pas sur ce qui pourrait être l'élément historique et idéologique dominant de tout système totalitaire. Mais il est clair que le terme de « totalitarisme » désigne aussi l'utilisation de « tous les moyens » pour parvenir au but que s'est assigné l'État. Dès lors, tout totalitarisme implique l'existence des autres caractéristiques, quelle que soit son ambition, qu'il s'agisse d'assurer un despotisme politique, de contraindre des intérêts divergents à une politique économique définie par l'État, d'imposer des normes idéologiques uniformes, fussent-elles démocratiques.
Le totalitarisme concerne tous les aspects de la vie sociale, l'État, au nom d'une idéologie, exerçant sa mainmise sur la totalité des activités individuelles.


1. Structures du totalitarisme
Les systèmes totalitaires, qui ont surgi au xxe siècle, se distinguent des anciens systèmes despotiques dans leur rapport au droit.
Montesquieu, pour qui le principe de l'État despotique était la crainte, le voyait comme un système presque sans lois. L'État totalitaire, au contraire, légifère avec surabondance et dans tous les domaines. Par exemple : les pouvoirs du « guide », l'organisation du parti, la Charte du travail, l'âge du mariage, la littérature, la « race ». Par ailleurs, si le bon plaisir du despote est une raison suffisante, le « guide », lui, se réfère à une idéologie érigée en vérité fondatrice, et dispose d'un appareil de pouvoir, le parti unique.


1.1. Le chef
Le chef charismatique se donne pour l'incarnation de la nation, dans son être et dans son devenir même, puisqu'il imprime le mouvement en avant de tout l'organisme social. Le parti n'est pas premier. Le parti fasciste italien était à la dévotion du Duce comme le parti national-socialiste allemand était aux ordres de son Führer. Quant à Staline, il ne se fit appeler Vojd (le guide) qu'après avoir supprimé toute opposition à l'intérieur du parti communiste de l'Union soviétique, au moment de lancer, avec la collectivisation forcée et l'industrialisation accélérée, ce qui détermina le caractère propre de la planification et de tout le système soviétique.
1.2. Le parti
C'est que le parti est un relais pour le pouvoir du chef (une « organizzazione capillare del regime »), capable de diffuser sa volonté dans toutes les cellules. « Grâce au Grand Conseil fasciste, disait un dignitaire du régime italien, la volonté d'un homme extraordinairement doué devient une institution organique et pérenne. [...] Ce qui pourrait paraître n'être que la création quotidienne mais contingente d'un individu est désormais la structure constitutionnelle de la nation. »


1.3. L'idéologie
« Notre mythe est la Nation, disait Mussolini. Nous voulons la grandeur de la Nation, au sens matériel comme au sens spirituel. » L'idéologie est un constituant essentiel du totalitarisme. C'est le principe qui sert à définir le système en lui-même et qui le distingue des autres formations autoritaires, dictatoriales et autres. L'idéologie détermine le système en ce que tout totalitarisme est d'une certaine manière théologique. Il affirme un mythe fondateur, définit un monde imaginaire : c'est au service de sa mise en acte que l'État contraint tous les individus, toutes les forces sociales. La perspective du Grand Soir, c’est-à-dire de l’avènement du communisme – toujours remis à plus tard – justifie ainsi, en URSS et dans les démocraties populaires, non seulement la dictature du prolétariat, mais la confiscation de cette dernière par l’appareil central du parti.
Ce mythe fondateur distingue le totalitarisme du « mode de production asiatique » décrit par l'historien K. A. Wittfogel, auquel on l'a parfois comparé à cause des grands travaux accomplis par les uns et les autres (on peut rapprocher en particulier l'assainissement des marais Pontins en Italie sous Mussolini des grands travaux hydrauliques d'Orient).
Mais l'idéologie permet aussi de différencier les totalitarismes entre eux. Certains apparaissent alors comme la perversion d'une fin défendable (le communisme) et d'autres comme l'accomplissement d'un projet criminel (racisme et antisémitisme nazis) ; en Allemagne, les lois antijuives de 1933 et de 1935 et la Nuit de cristal (9-10 novembre 1938) sont le prélude au génocide des Juifs d'Europe.
→ la Shoah.
2. L'État et l'économie
L'État totalitaire dispose de tous les moyens dans tous les domaines.
• En Italie, en matière économique, la recherche d'un consensus entre le capital et le travail conduit à l'instauration d'un corporatisme dont les principes sont établis par la Charte du travail d'avril 1927, qui fait du travail un devoir et rend l'entreprise responsable devant l'État.
Le syndicat fasciste, unique, comme le parti, participe avec les employeurs de la même branche de production à la Corporation de catégorie, qui comprend aussi des représentants de l'État, du parti et de « la technique ». La corporation est conçue comme un organe de liaison entre les producteurs et un instrument de pacification sociale forcée. C'est ainsi qu'une Magistrature du travail a été instituée.
Au-dessus de ces institutions, le Conseil national des corporations est destiné à diriger l'économie, ainsi que, en principe, la Chambre des députés, dont les membres, selon une loi de 1928, devaient être désignés par le Grand Conseil fasciste sur proposition des confédérations nationales des syndicats fascistes ouvriers et patronaux, des corps moraux légalement reconnus et d'associations culturelles, éducatives, sociales et idéologiques.
Mais il n'y eut pas de profondes transformations économiques dans les faits. En revanche, les syndicats furent utilisés comme organes de diffusion de la doctrine fasciste.
• En Allemagne, le louvoiement de Hitler entre ses alliances avec les classes moyennes et avec le grand capital, joint à la multiplication des instances administratives aux compétences mal définies, aboutit davantage à un contrôle des travailleurs et des producteurs en général qu'au développement de l'efficacité économique.
• En URSS, la planification autoritaire, la collectivisation des moyens de production et l’industrialisation prioritaire des secteurs de base et d’équipement débouchent sur une modernisation économique déséquilibrée qui sacrifie largement les secteurs agricole et des biens de consommation. Les projets délirants du Ve plan de 1950-1953 (détournement des courants froids des côtes de Sibérie par un barrage géant, rideau d’arbres étendu de la frontière occidentale jusqu’à l’Oural pour faire reculer le désert, etc.) sont caractéristiques du volontarisme soviétique en matière d’économie.
Mais celle-ci ne semble pas avoir été le souci primordial d'un seul État totalitaire. L'économie, comme tout autre aspect de l'activité sociale, est subordonnée au grand dessein du système.


3. Propagande et éducation
Le totalitarisme implique le monopole étatique non seulement de la contrainte, mais aussi de l'information. L'organisation de la propagande est un caractère commun de tous ces systèmes.

Lénine déjà avait souligné l'importance de la diffusion de l'idéologie pour la prise de possession du pouvoir, avant que ne fût lancée l'agit-prop des premières années de la révolution russe. La présentation de l'histoire selon les besoins du pouvoir, la mainmise sur les médias, l'utilisation de la langue de bois, le martèlement des slogans, tels sont les outils de la domination de l'État sur les esprits.

En Allemagne, Goebbels, ministre de la Propagande et de l'Information de 1933 à 1945, est le chef d'orchestre de cette domination et utilise tous les moyens de communication, de la radio à la caricature, en passant par la mise en scène de bagarres et de rixes ou par celle des grands rites nazis. « Le peuple doit commencer à penser d'une manière uniforme, à réagir d'une manière uniforme et à se mettre à la disposition du gouvernement de tout son cœur », déclare Goebbels en 1933.
En URSS, où l’esthétique « réaliste socialiste », définie en 1934, comprime toute forme d’expression artistique ou littéraire, c’est Jdanov, membre du Bureau politique, qui fait office de censeur idéologique suprême jusqu’à sa mort en 1948 et laisse le nom de « jdanovisme » à la politique de soumission totale de la vie intellectuelle et artistique aux ordres du parti.


3.1. Forger « un homme nouveau »

L'éducation des enfants est évidemment un domaine de prédilection pour les propagandistes d'une idéologie totalitaire cherchant à forger un « homme nouveau ». Mais, si la jeunesse et le sport sont les moyens privilégiés (embrigadement obligatoire dans les Jeunesses communistes en URSS, les Jeunesses hitlériennes en Allemagne, les Enfants de la Louve dès 8 ans en Italie...), toute la société est quadrillée par des associations et des organisations de masse, des syndicats et des corporations et par les institutions d'une culture spécifique.
Les sciences et les arts – l'architecture (→ Albert Speer), la sculpture (Arno Brecker) aussi bien que le cinéma (→ Leni Riefenstahl, Eisenstein) et la musique (Prokofiev) – n'échappent pas à l'emprise du totalitarisme, qui entend exercer sa domination « totalement » pour produire un individu qui soit un parfait rouage de la machine, comme disait Staline, entièrement conforme au modèle, semblable à tous les autres et tout entier au service d'un fonctionnement global qui dépasse l'individu même.
La disparition de l'individu en droit est consommée lorsque la peine ne correspond plus à une faute, mais est liée à la simple appartenance à une catégorie dont l'idéologie a fait un « ennemi objectif » : Juif ou communiste en Allemagne ; koulak, trotskiste ou déviationniste en URSS. La terreur propre aux systèmes totalitaires peut alors remplacer la crainte du despote.
4. L'instauration des systèmes totalitaires
Les systèmes totalitaires qui se sont mis en place en Europe dans la première moitié du xxe siècle, par la répétition de certains processus et par les relations de conjonction ou d'opposition qui s'établirent entre eux, fournissent des éléments d'explication qui permettent, dans une certaine mesure, de repérer les circonstances et conditions favorisant l'installation de ce type de régime, sinon de comprendre l'apparition plus récente des totalitarismes d'Asie.


4.1. Les conséquences de la Première Guerre mondiale
Les circonstances qui paraissent avoir offert un terrain favorable au développement des mouvements totalitaires sont d'abord liées aux conséquences de la Première Guerre mondiale. La destruction des structures politiques et sociales, le désarroi des esprits après la guerre, même dans des pays qui n'ont pas connu la défaite militaire, aggravent les difficultés et l'insécurité économiques.
En Russie, avant de prendre le pouvoir en octobre 1917, Lénine avait promis d'arrêter la guerre ; c'est ce qu'il fait par la paix séparée de Brest-Litovsk.
En Italie, aux problèmes politiques et économiques de la reconversion s'ajoute la frustration de ce qui est considéré comme une « victoire mutilée ».
En Allemagne, l'explosion inflationniste de 1923 achève de désagréger la société en ruinant les classes moyennes.
Il se produit alors, d'abord en Italie (Chemises noires de la milice fasciste), puis en Allemagne (Chemises brunes de la SA, Section d'assaut du parti nazi), la constitution de petits groupes paramilitaires, animés par une idéologie attachée à un chef charismatique, qui recrutent des adhérents et développent leur pouvoir et leur influence dans les marges de la légalité, se réclamant, loin de la nier, de la violence.
Leur « guide », dans un deuxième temps, conclut avec la droite classique des alliances fluctuantes qui lui permettent de gagner des positions politiques ou économiques. Se produit ensuite un « coup » (colpo), action militaire ou basculement politique, qui donne l'impression que le mouvement totalitaire est irréversible.


4.2. Démonstrations de force
Dans ces moments déterminants de l'histoire des systèmes totalitaires, on trouve le mélange, dans des proportions variées, de l'usage de la force, de l'utilisation des institutions légales (vites détournées) et de l'emploi de mises en scène terriblement efficaces.
En Russie, la « révolution » d’octobre se limite en fait à un coup d’État qui donne le pouvoir aux bolcheviks de Lénine. Toute illusion sur sa nature est dissipée après la dispersion, le 19 janvier 1918, de l’Assemblée constituante, pourtant issue, le mois précédent, des premières élections libres qu’ait connues le pays, mais qui n’avaient pas donné la majorité aux bolcheviks et à leurs alliés du moment, les socialistes révolutionnaires (SR) de gauche.
La « Marche sur Rome » d'octobre 1922 intervient de façon spectaculaire au moment où Mussolini va être nommé Premier ministre par le roi. Légalement désigné chancelier de la République après les succès électoraux de son parti, Hitler utilise l'incendie du Reichstag, le 27 février 1933, pour abolir dès le lendemain les droits fondamentaux garantis par la Constitution de Weimar, au moyen d'un décret-loi pris « pour la défense du peuple et de l'État ».

L'étouffement progressif des libertés et la mise au pas des hommes ont été ponctués aussi, en Italie, en Allemagne et en Russie, par l'assassinat politique des adversaires ou des anciens camarades de parti. Ainsi, en 1924, l'assassinat du socialiste Giacomo Matteotti, qui a dénoncé à la Chambre les ruses et les malhonnêtetés de Mussolini, avant que celui-ci ne supprime la liberté de la presse et ne renforce ses pouvoirs personnels.
L'année 1934 est marquante : Kirov est assassiné à Leningrad, assassinat qui précède l'ouverture des grands procès staliniens et le déchaînement de la « Grande terreur » qui va se poursuivre jusqu’en 1938. Hitler fait exécuter son ex-ami Ernst Röhm et les autres dirigeants des Chemises brunes pendant la Nuit des longs couteaux du 30 juin 1934 ; le pustch nazi de Vienne, le mois suivant, s'accompagne de l'assassinat du chancelier Dollfuss. En septembre 1935 est promulguée la « loi de protection du sang allemand et de l'honneur allemand ».
Mussolini a protesté contre les assassinats de la Nuit des longs couteaux ; il s'était déclaré aussi, à plusieurs reprises, opposé au racisme, et pourtant, après sa rencontre avec Hitler, en 1936, à la création de l'Axe, il s'engage à promulguer lui aussi des lois antisémites (néanmoins, malgré ces lois, des troupes italiennes s'employèrent en 1941-1942, dans les pays occupés par l'Axe, à protéger les ressortissants juifs contre les nazis). Et Staline avait beau qualifier, avant guerre, l’antisémitisme de « plus dangereuse survivance du cannibalisme », il n’en déchaîna pas moins, quelques mois avant de mourir en 1953, la répression, à caractère implicitement antisémite, d’un prétendu « complot des blouses blanches » fomenté par des médecins juifs pour attenter à sa vie et à celle des grands dignitaires du parti communiste.


4.3. Aveuglement

Une fois la machine totalitaire lancée, il semble qu'elle ne pouvait être arrêtée. Si certains citoyens luttèrent cependant contre la perversion totalitaire de leur État et de son peuple, la Résistance ne put rien empêcher. Les efforts de ceux qui tentaient d'ouvrir les yeux de leurs contemporains se heurtèrent à un aveuglement complet et général, à l'intérieur des pays totalitaires comme à l'extérieur, notamment dans les démocraties occidentales. Ainsi, le prestige conféré à l’Union soviétique par sa participation décisive à la défaite de l’Allemagne nazie en 1945 désamorça durablement les dénonciations dont son régime pouvait être l’objet, comme en France, lors du procès qui opposa en 1949 le rescapé du goulag Kravtchenko à l’hebdomadaire Les Lettres françaises, proche du parti communiste.
C’est alors même que la publication de l’Archipel du goulag (1973-1976) d'Aleksandr Soljenitsyne achevait de dissiper les illusions des intellectuels de gauche sur la réalité de l’univers concentrationnaire soviétique que nombre d’entre eux accueillirent encore avec scepticisme sinon complaisance la nouvelle de l'entrée de l'« armée de l'Angkar », les Khmers rouges, dans Phnom Penh, le 17 avril 1975. Il fallut trois ans pour que le génocide du peuple cambodgien devînt un fait admis de tous.

 

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ROME

 

 

 

 

 

 

Rome
en italien Roma

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Population : 2 612 068 hab. (recensement de 2011)
Nom des habitants : Romains
Population pour l'agglomération : 3 298 300 hab. (estimation pour 2011)
GÉOGRAPHIE
Par un festival de couleurs, ocre des maisons, vert des pins, bleu du ciel, par l'empreinte des héritages de sa longue histoire, par l'animation et par une certaine modernité, Rome est l'une des plus belles villes du monde. Née sur le Tibre, accrochée au site fameux des sept collines (Capitole, Palatin, Aventin, Quirinal, Viminal, Esquilin, Caelius), la Rome antique s'est déployée dans sa vallée alluviale (champ de Mars), où elle resta cantonnée pendant les siècles de la domination pontificale. Élue capitale de la jeune Italie en 1870, elle connut une extension rapide. Son développement a gravi, vers l'est, le Plateau romain, terminaison des coulées basaltiques des monts Albains, vers l'ouest, les hauteurs argileuses de la rive droite du fleuve (monte Mario, Primavalle). Ville charnière, dans la péninsule, entre le Nord et le Midi (Mezzogiorno), Rome a exercé sur les régions italiennes un attrait déterminant dans sa croissance démographique. La croissance s'est ensuite reportée sur une vingtaine de communes voisines (Frascati, Tivoli, Aprilia, etc.). Le territoire communal est très vaste (1 500 km2, soit quinze fois Paris) et s'étend jusqu'à la mer Tyrrhénienne.
La part du secteur secondaire dans l'économie romaine traduit la faiblesse de l'industrie, consacrée aux biens de consommation (minoterie, brasserie, matériels de construction, appareillage électrique, confection, imprimerie, cinéma) et localisée dans l'arc oriental de la ville, entre la via Nomentana et la via Latina. Rome est fondamentalement et traditionnellement ville tertiaire, de ses instances de prestige à ses services communs. Ses organes de pouvoir, politiques, judiciaires, économiques en font, au niveau national, le lieu central de décision (Quirinal). Ville universitaire, elle est capitale intellectuelle pour les lettres, le théâtre, le cinéma, capitale d'art par ses richesses monumentales héritées de plus de 2 000 ans d'histoire, attirant plusieurs millions de touristes par an. Capitale mondiale de la chrétienté catholique (Cité du Vatican, Saint-Siège, doubles représentations diplomatiques), elle abrite des académies étrangères (Villa Médicis) et des organismes internationaux de compétences diverses (FAO).

Le centre-ville historique (rioni), globalement circonscrit par les murs d'Aurélien, offre une large gamme de paysages urbains : les forums antiques, oasis archéologiques préservées, la boucle du Tibre et le Trastevere, aux rues médiévales étroites et aux places-décors de la Renaissance souvent piétonnières, les quartiers umbertiens de la fin du xixe s., d'une élégante régularité, les îlots de verdure (Villa Borghèse, Janicule). Il rassemble, depuis le Tibre jusqu'au-delà des murs vers le nord-est, les principales activités tertiaires (ministères, mairie, banques, sièges de sociétés, hôtels, grands magasins, commerces centraux), égrenées au long des deux axes du Corso et du Tritone, entre le Capitole et la porta Pia. Une certaine déconcentration administrative a transféré, dans les années 1960, vers le nouveau quartier de l'EUR au sud de la ville, ministères et bureaux. Autour du centre, des quartiers modernes se disposent en auréoles successives. Une couronne interne, limitée par le pied du monte Mario, l'Aniene et une boucle de chemin de fer, déjà continue en 1950, comprend une suite de quartiers généralement structurés autour de places ou d'axes de commerce et socioprofessionnellement différenciés, du Parioli cossu, au nord, à l'Aurelio composite, à l'ouest, et au Tiburtino ouvrier, à l'est. La couronne externe, en croissance continue, poussant des pointes jusqu'à la rocade autoroutière du raccordo anulare, résulte de l'extension spectaculaire des années 1960, caractérisée par la densité de l'urbanisation tant dans la construction populaire, au Quadraro et à Pietralata, que dans les opérations privées spéculatives (monte Mario, via Cassia) ; l'opposition est marquée entre les quartiers aisés du nord (Tor di Quinto) et du sud (EUR), et ceux, populaires, de l'est (San Basilio, Alessandrino) et de l'ouest (Primavalle). Dans l'espace périphérique de l'Agro romano, qui offre à Rome 126 000 ha sur les 151 000 du territoire communal, des noyaux anciens se sont développés (plage d'Ostie, Fiumicino, site de l'aéroport Léonard-de-Vinci), des grands ensembles ont été édifiés récemment (Decima, Spinaceto) ; mais l'Agro est aussi le domaine de la construction illégale, des lotissements sauvages, fléau contre lequel lutte la municipalité dans le cadre d'une politique d'harmonisation urbaine et d'insertion sociale. Rome n'échappe pas non plus aux problèmes des grandes agglomérations : la circulation, malgré le métro, y reste difficile. Rome a accueilli les jeux Olympiques d'été de 1960.
L'HISTOIRE DE ROME
Naissance de la ville
Établie à une trentaine de kilomètres de la côte, Rome est née de la réunion de plusieurs établissements préaryens (Sabins), indo-européens (Latins) et étrusques situés sur des collines (sept sur la rive gauche selon les Anciens [Quirinal, Viminal, Esquilin, Caelius, Aventin, Capitole, Palatin], auxquelles il faut ajouter ensuite le Janicule, le monte Mario, etc., sur la rive droite) dominant la croisée des deux grandes routes unissant l'Étrurie à la Campanie (pont Sublicius sur le Tibre, encore à peine navigable) et l'Apennin central à la côte (route du sel). La légende veut que la Roma quadrata, délimitée par l'araire de Romulus, soit née sur la colline abrupte du Palatin dominant le fleuve, en 753 avant J.-C.
Les efforts des rois étrusques, qui dominent la ville de la seconde moitié du viie s. avant J.-C. à 509 avant J.-C., font de l'endroit une zone salubre, ce qui contrastera à travers les siècles avec les miasmes dangereux et l'aspect d'abandon de la campagne environnante. Il est de tradition de leur attribuer la « Cloaca maxima », le plus célèbre des égouts, qui va du Forum au Tibre ; ce qu'on en voit actuellement est une reconstruction postérieure ; c'était à l'origine un canal de drainage à ciel ouvert. De l'époque étrusque datent les premières constructions de pierre, le rempart dit « mur de Servius », dont les vestiges les plus connus correspondent en réalité à des réfections du ive s. avant J.-C., consécutives à l'invasion gauloise. L'aspect citadin que Rome acquiert à cette époque se complète par l'afflux de populations d'origine diverse, étrusque surtout, qui, se superposant à un fonds lui-même peu homogène, se livrent à des activités urbaines (artisanat et commerce). Dès le tournant des vie-ve s., le Capitole, foyer religieux avec son temple de Jupiter, et le Forum, place publique à tous usages, représentent le cœur de la ville, dont l'extension, cernée par le rempart et le pomoerium (ou pomerium), cette ligne sacrée en deçà de laquelle il est interdit d'ensevelir les morts, égale déjà la moitié de la future Rome impériale.
La capitale républicaine

Rome, devenue capitale d'une Italie romaine, reçoit un apport de population sans cesse croissant. Cet accroissement provoque l'utilisation du champ de Mars – ce vaste terrain disponible à l'ouest des murs – pour les grands rassemblements d'hommes, que le Forum ne peut plus contenir. Les temples s'édifient peu à peu : temples de Saturne, des Dioscures, de Cérès. L'invasion gauloise, destructrice, entraîne une reconstruction hâtive. Le plus ancien pont, le pont Sublicius, est édifié en bois, puis en pierre au début du ive s. avant J.-C. Au iiie s. avant J.-C. s'y ajoute le pont Milvius. La construction des routes qui rayonnent autour de Rome donnent à la ville les moyens de circulation qui conviennent à son importance. L'intérieur de l'agglomération semble, au contraire, tassé et étriqué, sans artères larges, sans autres espaces dégagés que les forums, le Forum romanum, le vieux marché aux bestiaux (Forum boarium) et le marché aux légumes (Forum holitorium), tous deux près du Tibre. Un peu plus en aval, entre Tibre et Aventin, s'installent les entrepôts du commerce fluvial. La fondation d'Ostie crée un avant-port qui ne dispense pas du trafic par le fleuve. Un premier aqueduc, l'Aqua Claudia, amène une eau de source des environs de Préneste (aujourd'hui Palestrina). Le Grand Cirque, aménagé au flanc sud du Palatin, puis le cirque Flaminius, à l'entrée du champ de Mars, témoignent des réjouissances offertes aux foules par la classe dirigeante. Ce sont aussi les grandes familles qui construisent les basiliques qui portent leur nom, en bordure du Forum : basilique Porcia et basilique Aemilia.
Les grandes conquêtes ont leur retentissement sur la ville : celle-ci ne cesse d'embellir. Les rafles d'œuvres d'art lui permettent de se parer de nombreuses statues. Les esclaves de toute origine contribuent à faire naître un air d'exotisme. Si l'on a eu très peur quand Hannibal était aux portes de Rome, on se rattrape ensuite : les humbles jouissent des spectacles que leur offrent les édiles et profitent de distributions ; la classe dirigeante des sénateurs et chevaliers se fait bâtir de somptueuses maisons sur le Palatin, aux abords des remparts, et de riches villae à Tusculum ou à Tibur (Tivoli).
Le Quirinal, l'Esquilin et l'Aventin se peuplent.


À l'époque impériale, Rome apparaît tout à fait comme une grande métropole. Auguste l'a divisée en quatorze régions, destinées à survivre à l'Antiquité et pourvues d'un système administratif dont la direction doit incomber à un préfet particulier, en raison des problèmes de la grande ville, qui ne se confond plus, comme dans l'ancien temps, avec l'État. Y sont casernées des troupes spéciales, les prétoriens, qui forment la garde de l'empereur, et les vigiles, qui font office de pompiers. L'Administration s'occupe des eaux et des travaux publics. Il faut tenir en respect la horde des esclaves. Enfin, et surtout, il y a l'assistance publique : l'annone. Celle-ci assure à la population de Rome, aux citoyens seulement, classe toujours privilégiée, des distributions gratuites de produits alimentaires ; l'État se charge de la réquisition dans les provinces, du transport et de la répartition entre 200 000 allocataires. Auguste ramènera ce nombre à 150 000. Le blé est la denrée essentielle (5 boisseaux par mois) ; plus tard, il s'y ajoute de la viande, de l'huile, du vin. Puis on remplace le blé par le pain. Enfin, tous les Romains deviennent citoyens, et l'institution prend progressivement l'allure d'une assistance aux pauvres. En outre, les empereurs distribuent occasionnellement des congiaires, gratifications en argent. Bref, le Romain est nourri. Il est de tradition aussi de le régaler de spectacles gratuits : panem et circenses. On comprend mieux alors le vide qui s'est fait dans les campagnes avoisinantes. La population comprend aussi, outre les esclaves, des affranchis ; les uns comme les autres sont de toute origine et de plus en plus souvent orientaux. Le cosmopolitisme se décèle par les noms des pierres funéraires, par la variété des cultes exotiques.
Une ville surpeuplée
Au Haut-Empire, le million d'habitants paraît la moins improbable estimation de population. La congestion urbaine est manifeste : Horace décrit les encombrements ; la circulation des véhicules utilitaires est interdite de jour. Les emballages irrécupérables que sont les amphores cassées ont édifié près du Tibre une colline entière, le mont Testaccio.
La population s'entasse dans les immeubles de rapport à plusieurs étages, aux logements étriqués et aux escaliers sombres. On recense au Bas-Empire 46 000 insulae, pâtés de maisons, appartements ou, plus vraisemblablement, immeubles locatifs. On cite telle d'entre elles, l'insula Felicles, pour son grand nombre d'étages. La hauteur se marie fâcheusement avec la médiocre solidité. Il existe aussi quelque 1 800 domus, hôtels particuliers, conçus sur le plan de la maison classique à atrium, parfois immenses, proportionnés aux fortunes de la classe sénatoriale. Certains se sont réservés, surtout à la périphérie, d'immenses parcs (jardins de Salluste, de César). À l'époque impériale, ceux-ci sont à la disposition du public, comme les diverses promenades couvertes, ou portiques. L'Empire bâtit, par fierté romaine et aussi pour la population, favorisée parce que vaguement crainte. Auguste a trouvé une ville de brique et dit l'avoir rebâtie de marbre. Mais tout n'est pas marbre. Au sud comme au nord du Forum s'étendent de vieux quartiers entassés, populaires : le Vélabre, riche en entrepôts ; l'Argilète des libraires et des artisans du cuir ; la Subure, particulièrement malfamée, qu'il faut imaginer comme des souks où l'on trouve de tout, mais où l'on ne laisse pas aller les enfants de bonne famille. D'un autre côté, vers l'est, les grands monuments s'étendent à partir du Forum, dans le creux qui sépare le Palatin de l'Esquilin. Puis le champ de Mars, plaine longtemps en partie marécageuse, assainie en 36 avant J.-C., accueille dès l'époque augustéenne un flot de nouveaux édifices publics, tout en préservant de grands espaces et un aspect aéré qui convient à la promenade. L'Esquilin, longtemps terrain vague inquiétant, devient un quartier aristocratique grâce à ses vastes espaces.

Selon la pratique romaine, qui ne craint pas les grands terrassements, on nivelle, recouvrant les nécropoles et les immondices pour créer jardins et palais. Des palais, il s'en édifie sur toutes les collines périphériques. Le Caelius, le Quirinal et le Viminal deviennent des quartiers opulents à l'égal de l'Esquilin. Le Palatin, après avoir hébergé les résidences de la classe dirigeante à l'époque républicaine, est accaparé par les palais impériaux. Beaucoup d'empereurs sont des bâtisseurs. Néron profite de l'incendie mémorable de 64 après J.-C., qui ravage plusieurs parties de la ville, pour édifier sa « Maison d'or » (Domus aurea), qui s'étale au nord du Palatin sur une telle étendue qu'un plaisantin conseille aux Romains d'aller vivre ailleurs, car il ne leur restera bientôt plus de place. Après Néron, on se désintéressera de ce vaste ensemble, et l'amphithéâtre Flavien, ou Colisée, occupera une partie de son emplacement. Au demeurant, l'incendie est l'occasion d'une reconstruction des quartiers centraux, qui n'est pas du goût de tout le monde : les ruelles sont remplacées par de larges avenues où le soleil et le vent pénètrent trop facilement. Ce n'est que relatif : ces avenues ne sont que des boyaux comparativement aux réalisations du xixe s. et du xxe s. Mais ce qui, partout, attire l'attention, c'est le décor de la rue et surtout des places publiques. La statue y tient une place majeure. Dieux, empereurs, magistrats sont représentés par milliers. À certaines époques, on a dû les retirer massivement pour faire de la place. Jusqu'à la fin de l'Antiquité, le Forum n'en conserve pas moins le caractère d'un musée de sculpture. Et, au ive s. après J.-C., après déjà bien des dévastations, on dénombre encore quelque 10 000 statues dans les lieux publics.
Splendeur des monuments publics
Contrastant avec les insulae branlantes et toutes les masures faites de matériaux rustiques et qui sont la proie de fréquents incendies, les monuments publics étalent leur splendeur. Dans certaines zones du centre, il n'y a pratiquement plus place pour des habitations privées. Quelques dénivellations aidant, l'accumulation d'édifices somptueux aux colonnes précieuses organise une scénographie théâtrale, qui impressionne aussi bien l'empereur qui a toujours vécu dans les camps (tel Constance II, en 357) que le Barbare vaincu. Les empereurs se sont fait la part belle, multipliant ou agrandissant leurs palais du Palatin, se préparant des tombeaux colossaux (mausolées d'Auguste, d'Hadrien).

Mais, surtout, ils procurent à l'immense prolétariat désœuvré les plus fastueux lieux de récréation : d'abord grâce à l'extension du Forum, prolongé par les forums impériaux, forums de César, d'Auguste, de Domitien (ou de Nerva, dit aussi « forum transitoire ») de Vespasien (dit « de la Paix ») et surtout de Trajan, qui comporte, outre la colonne Trajane, un ensemble commercial en hémicycle enchâssé dans le pied du Quirinal ; ensuite par les jardins, les portiques, les arcs de triomphe, les temples – qui sont autant musées de sculpture que sanctuaires –, les théâtres, les amphithéâtres et les cirques ; enfin, par les thermes, aux dimensions colossales, que l'on continue à construire même à l'époque de la décadence (thermes d'Agrippa, de Titus, de Trajan, de Caracalla, de Decius, de Dioclétien, de Constantin, d'Hélène) et qui consomment avidement l'eau des grands aqueducs. Le contraste est net avec la banlieue, qui n'est qu'une zone de passage : voies, tombeaux, auberges et relais.
Des chrétiens aux Barbares
Le christianisme ne tarde pas à modifier discrètement la structure de la ville, en lui adjoignant une ville souterraine. Le sol romain peut, sur le plan utilitaire, se répartir en trois étages : celui de la pierre plus ou moins dure, le tuf, où sont creusées des carrières ; celui de la roche sablonneuse, exploitée comme telle dans les sablières (arenariae) ; enfin celui du tuf tendre, qui se prête à l'excavation sans fournir de matériaux valables. C'est dans cette dernière couche que les juifs, les premiers, creusent leurs cimetières (ier s.), puis, à la fin du même siècle, les chrétiens, qui, en quelques dizaines d'années, en étendent les galeries jusqu'à la périphérie de Rome. De cimetières, les catacombes deviennent lieux de réunion et refuges pendant les persécutions. Quant au fondateur de cette Église, saint Pierre, sa présence à Rome ne s'y confirme que par l'archéologie, qui croit avoir découvert sous la basilique Saint-Pierre son tombeau, le « trophée » de Gaius. La destinée de Rome commence à basculer. Aux conquêtes ont succédé les attaques des Barbares. Ceux-ci, vainqueurs en Italie du Nord (270), ont inquiété la capitale. Comme les autres cités de l'Empire, Rome s'entoure d'une enceinte fortifiée, celle d'Aurélien, qui, avec son développement de plus de 18 km, n'englobe pas même toute l'étendue répartie dans les quatorze régions d'Auguste et correspond à un tracé commandé par les possibilités défensives. Mais cette enceinte n'est pas sans points faibles, et son développement lui interdit d'être suffisamment garnie de troupes. Toutefois, il n'y a pas d'alerte dans les temps qui suivent. Rome perd peu à peu sa qualité de capitale. Les empereurs s'installent là où les requièrent les nécessités militaires : à Milan, à Trèves. Enfin, Constantin Ier le Grand, faisant de Constantinople une seconde capitale (330), amorce la transformation de la ville.
Empereurs et papes
À la même époque, l'empereur s'est fait chrétien, et l'Empire avec lui. Ses successeurs ne sont à peu près jamais à Rome. Dès lors, la ville devient pleinement chrétienne. Les premiers personnages ne sont plus les Césars, mais les papes. Constantin le Grand donne un de ses palais, le Latran, au pape Miltiade, en transforme un autre en basilique chrétienne dédiée au Sauveur (aujourd'hui Saint-Jean-de-Latran) et construit encore une basilique à l'emplacement du tombeau de saint Pierre. Les papes construisent aussi (Sainte-Marie-Majeure, Saint-Sébastien, Saint-Laurent, Saint-Paul), et l'on ne se fait plus guère enterrer aux catacombes. En même temps, on commence à démolir les édifices païens pour en utiliser les matériaux, en particulier les colonnes. Ce n'est que le début d'une longue démolition. Constantin a lui-même emmené à Constantinople des statues en même temps que ses fonctionnaires.
Les sacs
Les Wisigoths d'Alaric pénètrent dans Rome en 410 et saccagent la ville pendant six jours et six nuits. L'événement a un retentissement considérable. Mais il est suivi d'autres incursions non moins dévastatrices. Si Rome échappe à Attila, elle souffre plus encore de la présence des Vandales de Geiséric (455). Puis viennent les Suèves de Ricimer (472). Les maux sont d'autant plus grands que les Romains eux-mêmes les aggravent : ils se battent entre eux, la populace pille, les brigands se multiplient. Au milieu du vie s., Goths et Byzantins se disputent la ville, dont ils s'emparent à tour de rôle. En 538, les assiégeants coupent les aqueducs : Rome est privée d'eau. Tornades et épidémies s'en mêlent. Mort et fuite réduisent peu à peu la population à quelques dizaines de milliers de personnes tout au plus. À ce moment seulement disparaît le sénat, qui a longtemps survécu sans plus manifester d'autorité.
Le destin des antiquités
En dépit de quelques restaurations sous le règne du roi ostrogoth Théodose Ier le Grand, Rome prend pour des siècles l'aspect d'un monceau de ruines. Celles-ci ne se sont pas accumulées en quelques jours. Les murs de forteresses des grands thermes ne sont pas tombés d'un seul coup. Mais les constructions se sont révélées inutiles : il n'y a plus ni eau ni baigneurs. Et l'on démolit sans cesse pour les nécessités du moment : les statues servent de projectiles pendant les sièges, les monuments deviennent des carrières, les marbres sont absorbés par les fours à chaux, tout ce qui est en métal est arraché et fondu. Les plus belles sculptures sont vendues tout au long du Moyen Âge et se retrouvent dans toute l'Italie. Le xviie s., encore, s'acharne sur les monuments qui subsistent : Paul V récupère en 1613 la dernière colonne de la basilique de Maxence et de Constantin. Quelques monuments ont un destin privilégié : le portique d'Octavie, destiné à devenir un marché aux poissons ; quelques temples, transformés en églises. Les alentours de Rome sont une campagne abandonnée, en proie à la malaria. Les habitants de la ville se serrent dans les quartiers bas, au champ de Mars, tandis que les résidences aristocratiques des collines sont totalement abandonnées. Le Capitole va devenir le monte Caprino (mont aux Chèvres), le Forum le campo Vaccino (champ aux Vaches). L'entassement des débris a modifié même la topographie, exhaussant le niveau du sol. Par l'action cumulée des terrassements, des incendies et des effondrements, de l'abandon des égouts et de la voirie, le niveau antique est d'ordinaire à une profondeur de 3 à 20 m au-dessous du sol actuel, et la dénivellation des collines s'est émoussée.
Avant de devenir ce gros village qui, coexistant avec les fastes pontificaux, séduira les artistes par sa beauté romantique, Rome subit encore tous les conflits intérieurs et extérieurs du Moyen Âge.
Querelles et conflits médiévaux
La papauté dans la tourmente
La seule autorité demeurée présente à Rome est celle du pape : sa primauté dans l'Église est reconnue par le concile de Chalcédoine (451). En 452, le pape Léon Ier le Grand persuade Attila d'épargner la ville. Grégoire Ier le Grand (590-604) fait de Rome non plus une capitale chrétienne, comme elle l'était au ive s., mais la capitale ecclésiastique et pontificale, assumant les charges de la politique et de l'administration. Puis, aux viiie s. et ixe s., devant la menace des Lombards, maîtres d'une grande partie de l'Italie, la papauté s'assure l'alliance de Pépin le Bref et de son fils Charlemagne, qui mettent un terme à la puissance lombarde et aident à la création des États de l'Église. Rome redevient ainsi une capitale d'un État, sans pour autant trouver le calme et la sécurité. Les Sarrasins harcèlent l'Italie centrale. Le pape Léon IV, après la dévastation du Vatican par eux en 846, fortifie ce quartier, qui en gardera le nom de cité Léonine. De même, la papauté entretient les aqueducs et contrôle le ravitaillement lors des famines. En ces siècles du haut Moyen Âge, l'Italie souffre mille maux, en effet. Une féodalité turbulente s'est constituée ; c'est l'anarchie et la guerre civile. La Ville éternelle est en proie aux factions, et le Saint-Siège est l'enjeu des rivalités et l'objet de manœuvres sordides. Les grandes familles rivales comme les Crescenzi, au xe s., ou les comtes de Tusculum, au début du xie s., se construisent des châteaux soit dans les environs, soit dans les ruines de la ville : de grands monuments encore debout grâce à l'épaisseur de leurs murailles sont surmontés de tours percés de meurtrières. Des créneaux s'accrochent aux arcs de triomphe. Le Colisée est la forteresse des Frangipane, le mausolée d'Hadrien celle des Orsini, le mausolée d'Auguste celle des Colonna. La barbarie du xe s., féroce et immorale, vaut à celui-ci d'être appelé le Siècle de fer. En ce temps-là, les papes meurent couramment assassinés. En dehors de ces féodaux malfaisants se situent de surcroît trois pouvoirs en présence : la papauté, mais aussi le peuple de Rome, qui, de l'Antiquité, a hérité des prétentions politiques, et enfin l'empereur. Le pape a fait renaître l'Empire en couronnant Charlemagne en 800. Ces trois pouvoirs sont la cause de bien des désordres de l'époque médiévale. Otton Ier le Grand se fait couronner empereur en 962, comme Charlemagne. Mais il impose l'autorité impériale à Rome : les empereurs entendent disposer du Saint-Siège. Ils se heurtent aux grandes familles romaines. La querelle des Investitures, entre pape et empereur, est désastreuse pour la ville : l'empereur Henri IV s'empare de Rome, et les Normands de l'Italie méridionale la reprennent et la pillent (1084). Quand l'empereur vient se faire couronner à Rome, il amène avec lui la violence. Le peuple, rêvant de son passé, las de ses malheurs, essaie, épisodiquement, de reconquérir son indépendance vis-à-vis du pape. Ce sont les tentatives du tribun Crescentius au xe s., d'Arnaud de Brescia au xiie s., de Cola di Rienzo au xive s. Malgré la création d'une commune romaine (1143) gouvernée par des sénateurs, l'anarchie est de plus en plus grande.
Rome sans pape
La condition économique des Romains au Moyen Âge est, en outre, misérable. La campagne est vide, et il n'y a ni industrie ni commerce. Les affaires ne se font que grâce à la présence de pèlerins déjà nombreux, aux monastères, à la cour pontificale. L'institution du jubilé par Boniface VIII, en 1300, améliore la situation, mais la « captivité » d'Avignon (1309-1376) et le Grand Schisme d'Occident (1378-1417) font disparaître les avantages que les Romains tiraient de la présence du Saint-Siège. La ville se retrouve aussi désertée qu'aux pires moments du vie s. L'autorité du pape n'existe plus, mais la noblesse guerrière est toujours là : les Colonna tiennent le nord de la ville, les Orsini le sud, les Savelli l'Aventin. La population se groupe dans le champ de Mars et la Subure, au milieu de potagers et de vignes ; églises et couvents sont parfois fortifiés, parfois déserts, parfois effondrés. Il ne reste plus beaucoup de prêtres. Mais il y a des brigands partout. Enfin, le pape rétablit progressivement son pouvoir. Nicolas V (1447-1455) consolide définitivement la papauté. Il anéantit le dernier mouvement populaire, dirigé par Stefano Porcari, un révolutionnaire qui se recommandait de Caton. La tradition médiévale de républicanisme, hostile au Saint-Siège, dure depuis le xe s. Elle laisse des traces durables, et les papes restent méfiants : sous Paul II (1464-1471), encore, les membres de l'Académie romaine sont emprisonnés sur suspicion de républicanisme.
La Renaissance de Rome
Retour de la prospérité
En ce xve s., où Rome renaît véritablement, la commune, avec un sénateur et trois conservateurs, coexiste avec un gouverneur, vice-camerlingue, qui représente le pape et détient le pouvoir réel. Le sénateur lui-même est choisi par le pape. Quant à la justice, la révision des statuts romains, en 1469, l'a fait dépendre également de l'Église en totalité. L'autorité pontificale se trouve affermie aussi grâce à l'argent : la fiscalité universelle, mise au point au temps d'Avignon, permet à la ville de sortir de ses ruines. Au Moyen Âge, on avait remanié des édifices, mais on n'avait rien construit. À présent, de grands travaux sont entrepris. Le Latran a été abandonné pour le palais qui s'édifie près de la basilique Saint-Pierre, dont la reconstruction est entreprise. Les papes président à la rénovation urbaine en perçant de nouvelles rues. Les ennemis de la papauté renoncent à lutter contre elle, et tous bâtissent : on voit s'élever des palais qui ne sont plus fortifiés (palais Colonna, villa Farnésine, palais de la Chancellerie, palais de Venise). Bramante, Michel-Ange, Raphaël participent aux travaux, appelés par Jules II (1503-1513). Les antiquités sont recherchées : on fait des fouilles pour trouver des objets d'art. Le début des collections du musée du Vatican date de ce temps. Sous Léon X (1513-1521), l'accumulation de richesses se poursuit : Rome est la ville la plus luxueuse, la plus somptueuse. L'humanisme et l'archéologie, la théologie et la philosophie sont pratiquées avec passion. La cour pontificale est brillante. Les 55 000 habitants sont souvent aisés.
Du sac de Rome (1527) à la reconstruction
Le sac de Rome par les troupes de Charles Quint, en 1527, arrive comme une catastrophe. Les armées comptent des luthériens fanatiques. Aucun palais, aucune basilique n'échappe au pillage. Les Espagnols tuent, les Allemands profanent. La famine et la peste complètent leur œuvre. Rome y perd le flambeau de la Renaissance artistique et littéraire. Mais la papauté trouve de nouvelles ressources, une énergie nouvelle. S'appuyant sur l'autorité que lui confère le concile de Trente, elle commande la lutte contre le protestantisme, et elle accueille et soutient Oratoriens et Jésuites. Les années saintes attirent des flots de pèlerins : on en vit 210 000 ensemble en 1600. Les travaux de construction et de rénovation urbaine se poursuivent. Sixte Quint (1585-1590) perce de nouvelles rues et multiplie les fontaines. Les ressources pontificales proviennent des taxes traditionnelles touchant l'Église entière et la population de Rome, mais aussi de l'exploitation de l'alun de Civitavecchia et de l'émission d'emprunts. La banque romaine est active. Mais la fiscalité maintient les habitants dans un état de pauvreté ; la noblesse, endettée, vit en parasite de la papauté. Le ravitaillement est difficile, ce qui amène à interdire l'exportation des céréales (1562). Aux pèlerins s'ajoutent à présent les artistes d'Europe, pour qui le voyage à Rome est un élément traditionnel de leur formation. Ils viennent nombreux, accompagnés de quelques touristes fortunés. Des académies artistiques sont fondées par les nations intéressées. Grande est l'animation sur les chemins qui mènent à Rome, en dépit des explosions périodiques de banditisme. La population atteint 165 000 âmes en 1789.
Occupations françaises
La Révolution française provoque une impression profonde sur les Romains ; elle fait perdre au pape la moitié de ses ressources extérieures. Des Français rêvent de « délivrer la Rome antique du joug des prêtres ». Mais les Romains tuent un Français qui arborait une cocarde tricolore à Rome (1793). En 1797, un incident du même ordre sert de prétexte pour occuper Rome (1798). Une éphémère République romaine est constituée ; mais les républicains ne sont qu'une poignée. Et les Français semblent venus pour piller : les commissaires des Arts opèrent avec zèle dans les musées. La situation se détend ensuite grâce aux dispositions bienveillantes de Bonaparte, qui ménage le pape, jusqu'au jour où Pie VII (1800-1823) se refuse à participer aux mesures de blocus. L'empereur fait occuper la ville, où les incidents se multiplient. Rome est proclamée ville libre et impériale, mais la population reste hostile. Le pape est prisonnier. Un sénat se recrute tant bien que mal parmi l'aristocratie (1809). Le préfet Charles de Tournon réalise quelques fragments d'un grand projet d'urbanisme (Pincio, piazza del Popolo).
Après la chute de Napoléon Ier, les papes recouvrent leur pouvoir, qu'ils exercent à partir de 1814 avec une rigueur qui paraît alors anachronique. Les Jésuites, l'Inquisition, les anciens privilèges réapparaissent. La révolution de 1848 établit une nouvelle République, toujours éphémère, car la France se charge de restaurer le gouvernement pontifical par la force en 1849, puis lui assure le secours d'une garnison française. Le départ de celle-ci entraîne la chute immédiate du pouvoir temporel du Saint-Siège ; Rome devient alors la capitale du royaume d'Italie, et le palais du Quirinal la résidence du roi (1870-1871).
Rome, capitale de l’Italie
Le pape se refuse à reconnaître cette nouvelle situation, et la ville tend, dès lors, à se couper en deux. À l'occasion, l'anticléricalisme latent se déchaîne. L'État bâtit un palais de justice, des casernes, des ponts. On érige le monument à Victor-Emmanuel II. Les parcs de grandes villas deviennent publics ou parfois sont lotis. De nouveaux quartiers sont créés. La croissance est très rapide : 210 000 habitants en 1870, 450 000 en 1900. Rome demeure une capitale administrative : une ville sans industrie, comme elle l'a toujours été, sans banlieue agricole, sans port.
La « marche sur Rome » de 1922 inaugure l'ère fasciste. Mussolini relie Ostie à Rome par une autoroute, perce la large voie qui traverse les ruines fraîchement mises au jour des forums impériaux. Près du monte Mario, les gradins du forum Mussolini (aujourd'hui foro Italico) réunissent les enthousiastes du régime. Les accords du Latran (1929) règlent enfin la « Question romaine » en constituant une Cité du Vatican, État indépendant. La prolifération administrative marche de pair avec la croissance de la population : un million de Romains vers 1930, ce qui ramène à peu près au chiffre antique. Ces nouveaux Romains viennent pour moitié ou presque de l'Italie du Sud et des îles. La Seconde Guerre mondiale amène une période de misère (l'hiver 1943-1944 est très dur), mais les destructions sont limitées. Les premières bombes américaines tombent en juillet 1943. La reddition de l'Italie provoque la venue des troupes allemandes dans Rome, qui est de nouveau visée par les bombardements et en même temps livrée à la Gestapo (massacre de la cave Ardéatine, 24 mars 1944). La libération a lieu le 4 juin 1944 par l'armée américaine qui suit la voie Appienne. Rome émerge ensuite lentement de son chômage, de sa pénurie, de sa misère. L'afflux des provinciaux reprend. Le palais du Quirinal abrite à partir de 1946 les présidents de la République italienne, la monarchie ayant été renversée par référendum. La vitalité du Vatican se manifeste par le concile œcuménique de 1962-1965.

La tradition qui plaçait sur cette colline la Rome primitive, fondée vers le milieu du viiie s. avant J.-C., est largement confirmée par l'archéologie ; on peut voir sur place les fonds de cabane des « compagnons de Romulus », exhumés au début du xxe s., ainsi que des silos et des restes de fortifications, ceux-ci du ive s. avant J.-C. Le premier monument important qui ait survécu est le temple de la Magna Mater (Cybèle), installé dans les toutes dernières années du iiie s. avant J.-C. et réduit à un podium arasé. À la fin de la République, le Palatin est le quartier aristocratique : Cicéron et la plupart de ses amis ou rivaux y habitent. Plusieurs maisons de cette époque sont conservées sous les constructions impériales ; la plus importante est la « maison des Griffons » (vers 80 avant J.-C.). Octave s'établit sur le Palatin en 36 avant J.-C. et ne le quittera plus ; sa résidence était en fait un complexe composé de plusieurs domus, dont la prétendue « maison de Livie ». Le temple d'Apollon, annexe de la demeure du prince, est également identifié avec certitude. Progressivement, le Palatin sera envahi par les résidences impériales, qui forment deux groupes principaux : le palais de Tibère, caché par les jardins Farnèse, dont on voit seulement les accès et les annexes (d'ailleurs postérieures), et le palais de Domitien, complètement fouillé ; on y distingue deux parties, l'une publique, avec en façade, du côté nord, une salle du trône et une basilique, et l'autre privée.
Le Capitole
Son occupation est moins ancienne. En 509 avant J.-C., les consuls inaugurent le temple de Jupiter, Junon et Minerve, construit par le roi étrusque Tarquin, qui vient d'être chassé. L'autre sommet de la colline sert de citadelle (arx), avec un temple de Junon Moneta (« qui avertit ») et ses oies sacrées. Là s'installe au iiie s. la « monnaie ».
Le Forum primitif

La dépression marécageuse au nord du Palatin sert de cimetière avant son drainage par les Tarquins au moyen de la « Cloaca maxima » ; de 600 avant J.-C. environ à la fin de l'Antiquité, ce lieu va être le centre politique de Rome. Pendant la République, deux places l'occupent : le Forum, allongé d'est en ouest, et le Comitium, d'orientation générale nord-sud. Le plus ancien ensemble monumental est établi au pied du Palatin, avec le temple de Vesta (qui, dans son état actuel, date du début du iiie s. après J.-C.), la Regia, résidence du roi, puis du grand pontife, et la maison des vestales. Deux temples du côté sud, dédiés aux Dioscures et à Saturne, sont fondés au ve s. avant J.-C. et reconstruits sous Auguste ; ils encadrent la basilique Julia, fondée par César et réalisée par Auguste. Le côté nord de la place a été profondément transformé par la suppression du Comitium, décidée par César ; on peut voir là cependant le plus ancien vestige archéologique du secteur, un monument funéraire du ive s. avant J.-C., qui contenait la plus vieille et la plus énigmatique des inscriptions latines. Les « rostres » (tribune) et la Curie ont remplacé, par la volonté de César, des édifices situés plus au nord sur le Comitium. La basilique Aemilia, qui occupe la plus grande partie du côté septentrional, est fondée dès 179 avant J.-C. ; son état actuel est augustéen. Les deux petits côtés de la place sont fermés, celui de l'est par le temple de Jules César, celui de l'ouest par le Capitole, portant le tabularium sullanien, avec à son pied le temple de la Concorde, fondé au ive s. avant J.-C., et l'arc de Septime Sévère.
Les forums impériaux
En supprimant le Comitium, César lui substitue un nouveau forum fermé par des portiques et enfermant le temple de Venus Genitrix ; cet ensemble, restauré par Trajan et complètement fouillé de nos jours, sert de modèle à Auguste, dont le forum, perpendiculaire à celui de César, enferme le temple de Mars Ultor, dédié en 2 avant J.-C. Vespasien consacre une place carrée à la Paix, Domitien élargit aux dimensions d'un forum la vieille rue de l'Argilète. Trajan enfin crée un ensemble aussi vaste à lui seul que tous les précédents réunis, comprenant le Forum proprement dit, la basilique Ulpia, les deux bibliothèques encadrant la colonne Trajane et le temple funéraire de l'empereur, ensemble encore élargi par d'immenses marchés de brique qui formaient tout un quartier étagé sur les pentes du Quirinal.
Les plaines du bord du Tibre

À cette Rome des collines s'oppose la ville basse des bords du fleuve. Au début, c'est seulement la plaine sud, entre Capitole et Aventin, qui est utilisée, d'abord comme centre commercial ; on y trouve le marché aux bestiaux et celui des légumes, mais aussi de très vieux temples, au pied du Capitole ; c'est là (ancien Forum boarium) que subsistent, presque intacts, deux sanctuaires qui remontent à la fin de la République, l'un circulaire, l'autre rectangulaire. La dépression allongée au sud du Palatin accueille dès le vie s. avant J.-C. le Grand Cirque, où courent les chars. La plaine nord, élargie par un méandre, sera longtemps, sous le nom de champ de Mars, le terrain d'exercice de l'armée. À partir de la fin du iiie s. avant J.-C., elle est envahie par les édifices religieux qui souvent commémorent un triomphe. Le groupe sud s'ordonne autour du cirque installé par Flaminius sur le bord du fleuve ; plus au nord, Pompée construira en 56 avant J.-C. son théâtre et ses jardins, qui rejoignent l'aire sacrée, aujourd'hui dégagée, du portique Minucia (Largo Argentina). Une troisième phase d'urbanisation, commencée par César, sera poursuivie par Agrippa ; celui-ci construit des thermes et un premier Panthéon rectangulaire, que l'actuelle rotonde, extraordinaire nouveauté architecturale d'où dérivent toutes les églises et mosquées à coupoles, remplace sous Hadrien. Les empereurs multiplient aussi les monuments commémoratifs, de l'Ara Pacis augustéenne à la colonne de Marc Aurèle.

En dehors des zones que l'on vient de parcourir, il faut signaler encore, au moins, trois monuments gigantesques et prestigieux : le Colisée (amphithéâtre Flavien), inauguré en 80 après J.-C. et qui occupe l'emplacement du lac de la Maison dorée (Domus aurea) de Néron, aux ruines toutes proches ; les deux grands édifices thermaux, celui du sud, construit par Caracalla au début du iiie s., et celui du nord, œuvre de Dioclétien à la fin de ce même siècle.
La Rome médiévale
La papauté, mécène de Rome
L'histoire de l'art dans la Rome médiévale est marquée du signe de la continuité. Aucune autre cité au monde n'a perpétué ainsi la tradition antique jusqu'aux Temps modernes. Si ce maintien de la tradition peut s'expliquer en partie par la survivance de nombreuses œuvres antiques in situ, il est dû surtout à la volonté délibérée des papes de retourner aux sources. En effet, la Rome du Moyen Âge est pontificale. Cela est si vrai que pendant les périodes d'éclipse de la papauté, au xiie s. par exemple, lors de la lutte du Sacerdoce et de l'Empire, au xive s., lors de l'exil des souverains pontifes en Avignon, l'art entre en sommeil à Rome. Mais, lorsque les papes sont forts, ils bâtissent des églises et les ornent, ils sont les mécènes de la ville. La tradition antique qu'ils conservent est celle de la chrétienté triomphante du ive s., de la Rome constantinienne, et il est bien difficile de tracer une ligne de partage entre l'art romain du Bas-Empire et celui du haut Moyen Âge. À Rome, plus qu'ailleurs, l'art paléochrétien se poursuit au-delà de l'Antiquité proprement dite. Et le retour périodique aux modèles de celle-ci, au ixe s., au xiie s., a assuré la transmission au monde occidental de son patrimoine. Il y a enfin un paradoxe dans l'histoire de l'art romain médiéval, c'est que cet art, imprégné d'Antiquité, ne s'est jamais rallié aux grands courants occidentaux de l'art roman et de l'art gothique et que, pourtant, il a fasciné les chrétiens médiévaux de l'Europe occidentale, qui ont souvent tenté de l'imiter. Ainsi la vieille basilique Saint-Pierre au Vatican, bâtie au ive s., n'a été démolie qu'à partir du milieu du xve s. et a longtemps inspiré les constructeurs d'églises more romano, « à la manière de Rome », comme on écrivit au ixe s. à propos de l'abbatiale germanique de Fulda. Saint-Pierre fut modifiée au cours des âges ; dès le viie s., l'abside était surélevée et un couloir établi autour, couloir considéré comme un ancêtre lointain des déambulatoires romans.
Luttes, destructions, reconstructions se succédèrent à Rome bien au-delà du Moyen Âge, au point que pratiquement aucun édifice n'a conservé son état d'origine. Le souci de continuité a conduit à des remaniements et à des restaurations nombreuses de la plupart des églises anciennes de Rome. Ainsi, la basilique Saint-Clément remonte au ve s., mais seulement pour ce qui est de l'église inférieure, d'ailleurs transformée au ixe s. Presque complètement détruite en 1084 par les Normands de Robert Guiscard, elle fut rétablie entre 1085 et 1115 par le pape, qui fit refaire en partie le décor intérieur et fit construire au-dessus l'église haute avec son atrium. D'autres monuments ne conservent plus que quelques vestiges de leurs origines, tel Saint-Paul-hors-les-Murs, incendié en 1823 et rebâti sur le modèle paléochrétien ; des mosaïques de l'arc triomphal ont été conservées, ainsi que le chandelier pascal de la fin du xiie s. et le tabernacle du maître-autel de la fin du xiiie s., par Arnolfo di Cambio.
Trois grandes époques
L'art romain médiéval passe par trois grandes étapes : la suite de l'art paléochrétien, jusqu'au viiie s. ; le ixe s., sous l'impulsion de l'empire carolingien et de son alliance avec la papauté ; les xiie s. et xiiie s. Le xive s., si fécond en Toscane, a laissé peu de traces à Rome à cause de l'exil d'Avignon, puis du Grand Schisme d'Occident, et c'est sans transition que la Ville Éternelle a pénétré dans la Renaissance.
La continuité de la tradition paléochrétienne s'est manifestée dans la construction des églises, la plupart du temps basilicales, avec des nefs scandées de colonnes et plafonnées, avec des absides voûtées précédées d'un arc triomphal. Les arcades remplacèrent de très bonne heure les architraves, comme à Sainte-Sabine, construite sous le pape Célestin Ier (422-432). Des campaniles furent élevés auprès, surtout à partir du xie s. ; Rome en compte plus d'une trentaine. L'un des plus connus, celui de Sainte-Marie-in-Cosmedin, date du xiie s. ; l'église elle-même remonte à la fin de l'Antiquité, modifiée au viiie s. par l'adjonction de deux absides latérales, puis en grande partie reconstruite au début du xiie s. De l'époque paléochrétienne encore datent en partie Saint-Jean-de-Latran et Sainte-Marie-Majeure, très remaniées, Sainte-Agnès, le baptistère du Latran, Saint-Étienne-le-Rond. Au ixe s. remontent Sainte-Marie-in-Domnica et Sainte-Praxède. Au xiie s., outre l'église supérieure de Saint-Clément, il faut citer Sainte-Marie-du-Transtévère, Sainte-Françoise-Romaine, Saint-Laurent-hors-les-Murs. Rome ne compte qu'une église de style gothique, Sainte-Marie-de-la-Minerve, exception qui tient au fait que cette église conventuelle des Dominicains a été inspirée par une autre église de la même congrégation, celle de Sainte-Marie-Nouvelle à Florence.
Ces églises conservent parfois un beau mobilier. Les portes en bois de Sainte-Sabine, sculptées de scènes de l'Ancien Testament (ve s.), comptent parmi les œuvres les plus anciennes. De nombreux ciboriums, ou baldaquins d'autel, subsistent, certains ornés d'incrustations de marbres de couleur qui sont à rapprocher des pavements « cosmatesques ». Ces dallages polychromes d'origine byzantine furent introduits à Rome par les ateliers du Mont-Cassin et répandus par les marbriers et ornemanistes appartenant aux lignées des Cosmati (ou Cosma) et des Vassalletto. Sainte-Marie-in-Cosmedin, Saint-Clément, Sainte-Marie-du-Transtévère en possèdent de fort beaux. Le cloître de Saint-Jean-de-Latran en reprend avec élégance les procédés au xiiie s.
Le plus remarquable élément des vieilles églises romaines réside dans leur décor pictural, tantôt en mosaïque, tantôt à la fresque, car là, plus encore que dans l'architecture, s'est maintenue la tradition antique, qui se retrouvera à la Renaissance. Les mosaïques de Sainte-Marie-Majeure, par exemple, permettent de définir certains caractères de l'art paléochrétien. Celles qui couvrent les murs de la nef datent du milieu du ive s. et montrent des scènes de l'histoire d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Moïse et de Josué. On y remarque la liberté et le naturel des gestes et des mouvements, des notations de paysage et d'atmosphère qui créent un espace et une profondeur. Les mosaïques de la vie de la Vierge, sur l'arc triomphal, sont du ve s. et révèlent un autre aspect de l'art romain : la grandeur, la dignité calme, un sens monumental. Sous le pape Félix IV (526-530) a été placée la mosaïque absidiale de l'église des Saints-Cosme-et-Damien, qui représente le Christ descendant du ciel entre saint Pierre et saint Paul. La notion spatiale, le modelé, la majesté qui s'en dégagent différencient cette œuvre romaine des productions byzantines de Ravenne, plus hiératiques et irréelles. L'influence de Byzance s'est tout de même exercée à Rome, notamment quand la crise de l'iconoclasme chassa les peintres grecs vers l'Italie, au viiie s., et sous l'action de l'atelier bénédictin du Mont-Cassin, au xie s. Parfois, le courant byzantin a coexisté avec le courant antiquisant romain, comme dans les fresques de Sainte-Marie-Antique, qui s'échelonnent du vie s. au viiie s. ; parfois, les deux courants se sont mêlés pour engendrer des créations fécondes. À la fin du viiie s., le pape Léon III se fit représenter avec Charlemagne sur une mosaïque de son palais du Latran. Son successeur, Pascal Ier, fit exécuter de nombreuses mosaïques, qui prenaient pour modèle les mosaïques du vie s., à Sainte-Cécile, à Sainte-Praxède, à Sainte-Marie-in-Domnica. Le sens de la profondeur, la plasticité des œuvres paléochrétiennes s'atténuent dans ces compositions du ixe s., qui sont plus linéaires, mais la calme grandeur romaine y est bien présente.
Une autre grande période picturale se développe à partir de la fin du xie s. ; elle révèle une influence byzantine transmise par le Mont-Cassin, vite romanisée par la persistance du courant antique. Les peintures de la vie des saints Clément et Alexis dans l'église Saint-Clément ont une élégance et une délicatesse qui doivent quelque chose aux miniatures byzantines ; la mosaïque de l'abside, avec les colombes qui symbolisent les apôtres autour de la croix, marque un retour aux sources paléochrétiennes. Ces œuvres du xiie s., à Saint-Clément et aussi à Sainte-Marie-du-Transtévère, annoncent les mosaïques exécutées à la fin du xiiie s. par Iacopo Torriti pour Saint-Jean-de-Latran et Sainte-Marie-Majeure et par Pietro Cavallini pour Sainte-Marie-du-Transtévère, dont la grandeur toute romaine préfigure la monumentalité de Giotto et maintient l'héritage antique.
Du xve s. à nos jours
La Renaissance
La chapelle Sixtine

L'établissement de la papauté à Avignon au xive s., puis le Grand Schisme entraînèrent la décadence de Rome. Il faut attendre le milieu du xve s. et Eugène IV (1431-1447) pour qu'une vie artistique resurgisse vraiment. Le Florentin Filarete, appelé à Rome, sculpta en bronze les portes de Saint-Pierre, que le pape décida de reconstruire. D'autres artistes florentins, comme Donatello, Alberti, Fra Angelico, firent des séjours prolongés pour répondre à des commandes pontificales. Le Lombard Andrea Bregno s'établit à Rome et emplit les églises de la Ville Éternelle de ses monuments funéraires et de ses sculptures. C'est à Antonio del Pollaiolo que l'on s'adressa pour les tombeaux de Sixte IV et d'Innocent VIII, intéressantes étapes dans l'évolution de la sculpture funéraire.
Avec Paul II et plus encore avec Sixte IV (1471-1484), l'architecture tant civile que religieuse s'affirma en des œuvres insignes. Le premier fit construire à partir de 1455 le palais de San Marco qu'on appela plus tard « de Venise », ville dont le prélat était originaire ; c'est la première grande œuvre de la Renaissance à Rome et on y trouve encore, avec sa tour d'angle et ses merlons, le souvenir des structures du château-forteresse médiéval. Un peu plus tard, de 1489 à 1496, le cardinal Riario, neveu de Sixte IV, fit construire le palais de la Chancellerie, qui englobe l'ancienne basilique San Lorenzo in Damaso, tout comme dans le palais de Venise est incluse l'ancienne basilique Saint-Marc. On y reconnaît, tant dans la façade que dans la cour intérieure à loggia et dans le grand escalier, une influence de l'architecture du nord de l'Italie. La magnificence nouvelle de ce palais, la noblesse de ses proportions en font un manifeste de la première Renaissance à Rome. On ignore (comme pour le palais de Venise) quel fut son architecte.
C'est le pape Sixte IV qui donna son nom à la fameuse chapelle commencée en 1473 au Vatican et qui devait devenir un des hauts lieux de l'histoire de l'art. Le plan en est très simple, mais les proportions parfaites et, dès le début, il était prévu que les parois en seraient couvertes de fresques. La première série de ces peintures forme une suite ordonnée de scènes évoquant l'Ancien et le Nouveau Testament et confiée à des artistes originaires de Toscane ou d'Ombrie : Botticelli, Signorelli, le Pérugin, les Ghirlandaio, Pinturicchio, Cosimo Rosselli. C'est seulement en 1508 que Michel-Ange Buonarroti, sculpteur florentin dont le premier passage à Rome date de 1496, se voit confier par un autre pape, le terrible Jules II Della Rovere, la tâche de compléter la décoration de la chapelle Sixtine par un ensemble de fresques au plafond. Ce travail titanesque fut terminé en 1512. Beaucoup plus tard, un autre pape admirateur de Michel-Ange, Paul III Farnèse, décida de sacrifier sur un mur des fresques du Pérugin pour y faire peindre le fameux Jugement dernier. C'est donc à l'extrême fin du xve s. que, grâce à l'action des pontifes, leur culture, leur souci de jouer les mécènes, le grand foyer de la Renaissance se déplace de Florence à Rome, qui redevient la capitale des arts et le théâtre d'une des plus éblouissantes floraisons de chefs-d'œuvre.
Après sa première sculpture romaine, le Bacchus de 1496, c'est pour un cardinal français que Michel-Ange sculpta la merveilleuse Pietà de Saint-Pierre, sous le règne d'Alexandre VI Borgia, pontife d'une moralité contestée, mais homme de goût fastueux qui fit construire au Vatican les appartements portant toujours son nom.

Bramante, Raphaël et les autres
Le grand architecte de cette époque est assurément Bramante, originaire d'Urbino, qui mit au point des formes et des proportions d'un classicisme harmonieux et d'une grande noblesse, adaptées tout naturellement à la Ville Éternelle, où il laissa une empreinte durable et où il se heurta au génie tumultueux de Michel-Ange.

 
 
 
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