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LA LUMIRE

 


LUMIÈRE

OPTIQUE
1. Historique de la notion de lumière
1.1. Les conceptions antiques et médiévales de la lumière
1.2. Les premières théories scientifiques de la lumière
1.2.1. La lumière selon Descartes, Huygens et Malebranche
1.2.2. La lumière selon Newton
1.3. L'optique moderne
1.4. La conception quantique de la lumière
2. Sources et récepteurs de lumière
2.1. Les sources primaires de lumière
2.2. Les sources secondaires et la diffusion de la lumière
2.3. Les récepteurs de lumière
3. Propagation de la lumière
3.1. Diffusion et réflexion de la lumière
3.2. Absorption et réfraction de la lumière
4. Interaction lumière-matière
4.1. Niveaux d’énergie des atomes
4.2. Émission ou absorption d’une radiation par un atome
5. Spectres lumineux
5.1. Les spectres d’émission
5.2. Les spectres d’absorption
6. La vitesse de la lumière
7. Applications de la lumière
BOTANIQUE
Voir plus
lumière
(latin ecclésiastique luminaria, du latin classique lumen, -inis)
Lumière du soleil dans les feuilles d'un arbre

Cet article fait partie du dossier consacré à la lumière.
Rayonnement électromagnétique dont la longueur d'onde, comprise entre 400 et 780 nm, correspond à la zone de sensibilité de l'œil humain, entre l'ultraviolet et l'infrarouge.
OPTIQUE

1. Historique de la notion de lumière

1.1. Les conceptions antiques et médiévales de la lumière

Lumière du soleil dans les feuilles d'un arbreLumière du soleil dans les feuilles d'un arbre
La théorie de la lumière a introduit, tout au long de l'histoire des sciences, un questionnement fondamental sur la nature des objets que la physique étudie : ondes ou particules ? Dans les premières descriptions mythiques du monde, la lumière est une sorte de « brume claire », opposée à la « brume sombre » des ténèbres qui, le soir, montent du sol. Puis les Grecs commencent à s'interroger sur la nature physique du monde. Parménide, remarquant que la partie brillante de la Lune est toujours tournée vers le Soleil, en déduit que la lumière vient du Soleil, c'est-à-dire qu'elle se déplace. Les ténèbres, elles, sont une absence de lumière. La propagation de la lumière est expliquée par l'émission de petites particules, conception qui sera largement développée au Moyen Âge. Pour Aristote, les couleurs résultent d'un mélange de lumière et d'obscurité.
1.2. Les premières théories scientifiques de la lumière

1.2.1. La lumière selon Descartes, Huygens et Malebranche

René Descartes, Discours de la méthodeLois de Descartes
Au début du xviie s., avec R. Descartes, s'amorce vraiment une théorie scientifique de la propagation de la lumière. Si Descartes conçoit la lumière comme un ébranlement d'une matière subtile se transmettant instantanément, donc avec une vitesse infinie et sans transport de matière, on rencontre aussi chez lui une conception corpusculaire. Ces idées seront reprises et améliorées par deux théories longtemps rivales : la théorie ondulatoire et la théorie corpusculaire.
Christiaan HuygensChristiaan Huygens
La première ne reçoit un véritable développement scientifique qu'avec C. Huygens. Selon celui-ci, chaque point d'une surface lumineuse émet une onde sphérique qui se propage à une vitesse finie dans un milieu non vraiment matériel, l'éther, d'une manière analogue au son. Huygens explique ainsi les phénomènes de réflexion de la lumière, de réfraction (déviation d'un rayon lumineux lors de son passage d'un milieu à un autre), etc. (→ optique). Toutefois, sa théorie ondulatoire ignore les notions de fréquence et d'amplitude des vibrations lumineuses et donc n'explique ni la diversité des couleurs, ni les phénomènes d'interférence, ni la propagation rectiligne de la lumière.
Au début du xviiie s., N. de Malebranche, partisan lui aussi de la théorie ondulatoire présente une conception plus précise des vibrations lumineuses de l'éther et de leur fréquence qu'il distingue de leur amplitude, ce qui le conduit à la reconnaissance de la diversité continue des couleurs. Mais, pour lui, comme pour Huygens, la vibration est longitudinale.
1.2.2. La lumière selon Newton
Isaac NewtonIsaac Newton
La théorie de la lumière d'I. Newton est mixte, bien qu'y domine l'explication corpusculaire, qui sera la source d'une vive polémique avec R. Hooke, défenseur de la pure théorie ondulatoire. Pour Newton, la lumière est constituée par des corpuscules qui se déplacent dans l'éther à une vitesse finie, où ils produisent des vibrations. Comme Malebranche, il introduit la notion de fréquence variant avec les couleurs, mais, à la différence de celui-ci, il ne la distingue pas clairement de l'amplitude des vibrations. Cette fréquence est expliquée par la variation du comportement des corpuscules durant leur parcours, et la diversité des couleurs, par des différences de taille des corpuscules. La théorie corpusculaire de Newton rend bien compte de la propagation rectiligne de la lumière, mais ce n'est que par des raisonnements mécaniques imaginatifs et peu scientifiques qu'il explique la diffraction (phénomène typiquement de nature ondulatoire).
1.3. L'optique moderne

Interférences lumineuses
C'est seulement au début du xixe s., avec T. Young, qu'est introduit le principe fondamental d'interférences des ondes lumineuses, au cours de l'expérience dite des « fentes de Young », qui constitue une preuve patente du caractère ondulatoire de la lumière. Cette théorie ne sera vraiment développée que par A. Fresnel, qui substitue, le premier, la vibration transversale à la vibration longitudinale. Toutefois, à la même époque, de nombreux savants demeurent attachés à la théorie corpusculaire, principalement Laplace et J.-B. Biot, qui la défendent sur la base de la mécanique newtonienne. Mais, lorsque les mesures de H. Fizeau (1849) et de L. Foucault (1850) démontrent, ainsi que l'avait prévu Fresnel, que la lumière se propage plus vite dans l'air que dans l'eau, la théorie corpusculaire, qui affirmait le contraire, est abandonnée.

Dualité onde particule
En 1865, J. C. Maxwell établit la nature électromagnétique de la lumière, théorie que H. A. Lorentz développe à la fin du xixe s., démontrant notamment que l'on peut expliquer la réflexion et la réfraction par les théories électromagnétiques de Maxwell.
1.4. La conception quantique de la lumière


L'effet photoélectriqueL'effet ComptonAlbert EinsteinLouis de Broglie
Avec la découverte du photon et l'interprétation de l'effet photoélectrique par A. Einstein en 1905, et avec la mécanique ondulatoire de L. de Broglie en 1924, qui associe onde et corpuscule, les deux théories – corpusculaire et ondulatoire – se trouvent « réconciliées », mais sous un mode qui les modifie l'une et l'autre. Comme toute révolution scientifique, celle-ci entraîne un dépassement des théories précédentes. Aujourd'hui, dans le cadre de la physique quantique, le photon n'est plus ni une onde ni une particule mais un quanton, objet d'étude de la théorie quantique. Cependant, lorsque celle-ci peut être approchée par la théorie classique, un quanton manifeste un comportement soit corpusculaire (effet photoélectrique), soit ondulatoire (interférences lumineuses). La théorie quantique relie les aspects corpusculaire et ondulatoire de la lumière par la relation E = hν = hc/λ (l'énergie d'un photon E est proportionnelle à la fréquence ν de l'onde (ou inversement proportionnelle à la longueur d'onde λ) qui lui est associée, h étant la constante de Planck dont la valeur est 6,626 176 × 10−34 J s et c la célérité de la lumière).
2. Sources et récepteurs de lumière

Les grandeurs photométriques (relatives à la lumière) usuelles sont l'intensité lumineuse, le flux lumineux, la luminance et l'éclairement, les unités correspondantes étant la candela, le lumen, la candela par mètre carré et le lux.
2.1. Les sources primaires de lumière


Lampe à halogène  Soleil
Les sources primaires produisent de la lumière par elles-mêmes en convertissant de l’énergie (chimique pour les bougies, électrique pour les lampes, nucléaire pour les étoiles) en énergie lumineuse.
2.2. Les sources secondaires et la diffusion de la lumière

la face visible de la Lune
Les sources secondaires sont des objets éclairés qui renvoient dans toutes les directions une partie de la lumière qu’ils reçoivent (la Lune, les planètes, les objets qui nous entourent) : on dit que la lumière est diffusée par l’objet. Seuls les objets totalement noirs ne réfléchissent pas de lumière.
2.3. Les récepteurs de lumière


Fonctionnement de l'œil
L’œil humain est un récepteur de lumière particulièrement sophistiqué : il s’adapte aux conditions de luminosité, permet de voir de près comme de loin et distingue les couleurs. Mais il en existe de plus simples comme la pellicule d’un appareil photo (photographie) qui convertit la lumière en énergie chimique, ou une cellule photoélectrique qui convertit la lumière en signal électrique (→ capteur, CCD).
Pour en savoir plus, voir les articles œil [zoologie], vision [zoologie], vision [médecine].
3. Propagation de la lumière

Labyrinthe de verre
Le trajet de la lumière dans un milieu peut être représenté par un segment de droite appelé rayon lumineux. La lumière se propage en ligne droite dans les milieux homogènes (les milieux qui ont la même composition en tout point) ; si le milieu est également transparent (comme l’eau, l’air, le verre, etc.), la lumière se propage en ligne droite sans être atténuée, ou très peu. Néanmoins, l'intensité lumineuse par unité de surface diminue avec le carré de la distance à la source. Lorsque la lumière rencontre un corps, elle est absorbée, réfléchie ou transmise (l'un des cas n'excluant pas les autres).
3.1. Diffusion et réflexion de la lumière

Réflexion d'un rayon lumineuxRéflexion d'un rayon lumineux
Lorsqu’elle rencontre un objet, la lumière est partiellement diffusée par cet objet (qui devient une source secondaire de lumière) : c’est la réflexion de la lumière. La lumière réfléchie par une surface irrégulière est renvoyée dans toutes les directions. Certaines fréquences sont réfléchies plus fortement que d'autres, donnant ainsi aux objets leur couleur caractéristique. Les surfaces blanches réfléchissent la lumière de façon égale pour toutes les longueurs d'onde ; les surfaces noires absorbent pratiquement toute la lumière.
3.2. Absorption et réfraction de la lumière


PrismeTrajet d'un rayon lumineux dans un prisme
L’autre partie du rayon lumineux est absorbée par l’objet. Si l’objet est opaque, la lumière absorbée ne peut traverser l’objet. Si l’objet est translucide ou transparent, une partie de la lumière absorbée traverse l’objet en changeant généralement de direction : c’est la réfraction de la lumière. C’est la raison pour laquelle il est difficile de déterminer l’emplacement exact d’un objet plongé dans l’eau : il semble plus proche de la surface qu’il ne l’est vraiment, du fait de la réfraction des rayons lumineux.
4. Interaction lumière-matière

4.1. Niveaux d’énergie des atomes

Atome, modèle planétaire
Au début du xxe siècle, la physique quantique transforme radicalement la vision que l'on a jusque-ici de l'énergie ainsi que de la matière. En effet, dans un atome, les électrons gravitent autour du noyau. Chaque électron possède une énergie qui est d’autant plus faible qu’il se trouve proche du noyau. Par définition, l’énergie de l’atome est égale à la somme des énergies de tous ses électrons. Ainsi, l’énergie qui était jusque-ici considérée comme une grandeur continue, devient discontinue à l’échelle atomique : Niels Bohr parle de quantification de l’énergie des atomes dès 1913.
Niveaux d'énergie d'un atomeNiveaux d'énergie d'un atome
Pour représenter les différents niveaux d’énergie associés à un atome, on utilise un diagramme avec un axe vertical où sont spécifiés les niveaux d’énergie associés à l’atome : l’état de plus basse énergie est appelé état fondamental ; les états d’énergie supérieurs sont des états excités. À chaque état est associé une énergie (notée E) : l’atome ne peut prendre que des niveaux d’énergie bien déterminés (E1, E2, E3, E4…).
 

4.2. Émission ou absorption d’une radiation par un atome

Pour passer d'un niveau d'énergie à un autre, un atome doit absorber un photon dont l’énergie est exactement égale à la différence d’énergie ΔE entre l’énergie de l’état excité et l’énergie de l’état fondamental. Si l’énergie du photon est supérieure ou inférieure à la différence d’énergie, l’atome ne peut pas absorber le photon et reste dans son état d’énergie fondamental :


Prenons l’exemple de la transition entre le niveau 1 (fondamental) et le niveau 2. Pour être absorbé, le photon doit avoir une énergie E strictement égale à la différence entre E2 et E1 :
E = E2 – E1 = hν, soit E = ΔE = hν.

Tous les photons qui ne possèdent pas cette énergie ne pourront pas être absorbés par l’atome et la transition de niveaux d’énergie ne se fera pas.
Inversement, un atome (ou une molécule) excité(e) retourne à son état fondamental (ou à un état d’énergie inférieur) en émettant un photon dont l’énergie est exactement égale à la différence d’énergie ΔE entre l’énergie de l’état excité de départ et l’énergie de l’état fondamental (ou d’un état d’énergie inférieur).
 

5. Spectres lumineux

Spectre des ondes électromagnétiquesSpectre des ondes électromagnétiques
Produite par incandescence ou par luminescence, la lumière est généralement composée d'une infinité de radiations de longueurs d'onde (ou de fréquences) différentes, dont l'ensemble constitue le spectre lumineux. Le spectre d’une lumière peut être obtenu en décomposant cette lumière à l’aide d’un prisme. Lors de la traversée du prisme, la lumière est déviée par réfraction. Chaque radiation lumineuse constituant la lumière est déviée différemment selon sa longueur d’onde, formant ainsi le spectre de cette lumière.
5.1. Les spectres d’émission

Lampe fluorescente
En fonction de la source lumineuse, le spectre d’émission sera continu pour des solides et des liquides chauffés (le filament d’une lampe par exemple) ou discret (spectre de raies) pour des gaz portés à haute température (une lampe à vapeur de mercure par exemple). Les raies d’émission sont caractéristiques des éléments chimiques présents dans le gaz.
Si le spectre obtenu est constitué de plusieurs radiations lumineuses, il s’agit d’une lumière polychromatique (lumière émise par une lampe à incandescence par exemple). En revanche, si la lumière n’est constituée que d’une seule radiation lumineuse, il s’agit alors d’une lumière monochromatique (lumière émise par un laser par exemple).
5.2. Les spectres d’absorption

Spectres d'absorption et d'émissionSpectres d'absorption et d'émission
L'étude d'un spectre (spectrométrie) renseigne ainsi non seulement sur la nature chimique de la source, mais aussi sur la nature du milieu traversé par la lumière, qui absorbe certaines radiations. Le spectre de la lumière ayant traversé ce milieu est appelé spectre d’absorption : les raies noires représentent les radiations absorbées. Elles sont caractéristiques des éléments chimiques présents dans le gaz. Le spectre d’absorption et le spectre d’émission d’un même élément chimique sont complémentaires (voir les spectres d’absorption et d’émission du mercure). En effet, les raies d’absorption et d’émission d’une même espèce chimique ont la même longueur d’onde : un élément chimique absorbe les radiations qu’il est capable d’émettre.

Analyse spectroscopique
Par exemple, l’analyse du spectre de la lumière provenant du Soleil a permis d’identifier les éléments chimiques présents dans l’atmosphère solaire : toutes les raies noires observées correspondent aux radiations absorbées par les atomes présents. Cette analyse, réalisée dès 1814 par J. von Fraunhofer, puis complétée successivement par R. Bunsen et G. Kirchhoff (en 1851) a permis de trouver les éléments chimiques responsables des raies noires du spectre solaire (476 raies au total). En particulier, ces travaux ont mené à la découverte en 1868 d’un élément chimique encore inconnu à cette époque sur Terre : l’hélium. Cette méthode d’analyse spectroscopique est encore utilisée pour étudier l’atmosphère des étoiles.
6. La vitesse de la lumière

Vitesse de la lumière
La lumière se déplace à une vitesse finie. Par exemple, la lumière émise à la surface du Soleil met environ 8 minutes pour parvenir jusqu'à nous, autrement dit elle se déplace à une vitesse d'environ 300 000 kilomètres par seconde dans le vide. À l’échelle humaine, cette vitesse est vertigineuse – les sondes spatiales envoyées dans l’espace ne se déplacent qu’à environ 20 km/s ; mais à l’échelle de l’Univers, elle devient « manipulable » : il faut par exemple 4 ans à la lumière de l'étoile la plus proche du Soleil (Proxima Centauri) pour nous parvenir et plus de 2 millions d'années pour celle émanant de la galaxie d'Andromède…
Proportionnalité
La vitesse (ou célérité) de la lumière dans le vide est une constante fondamentale de la physique : c = 299 792 458 m/s. Le premier à montrer expérimentalement que la lumière se déplace à une vitesse finie fut l'astronome O. Römer, en 1676, à partir d'observations des éclipses de certains satellites de Jupiter réalisées à l'Observatoire de Paris. Les premières déterminations précises de la vitesse de la lumière ont été effectuées au xixe s. par H. Fizeau (1849) et L. Foucault (1850). En 1887, les physiciens américains A. Michelson et E. Morley réalisèrent une expérience qui fit date dans l’histoire des sciences : leur objectif était de comparer par interférométrie la vitesse de la lumière se propageant dans le sens de révolution de la Terre et perpendiculairement à ce mouvement, de manière à mettre en évidence l’existence de l’éther dans lequel était censée se déplacer la lumière (comme le son dans l’air). Les résultats de l’expérience de Michelson-Morley permirent d’affirmer que la vitesse de la lumière était la même dans toutes les directions. Cette invariance de la vitesse de la lumière fut interprétée par certains physiciens comme une preuve de l’inexistence du fameux éther. En 1905, A. Einstein interpréta cette expérience dans le cadre de sa théorie de la relativité restreinte : la vitesse de la lumière est indépendante du référentiel, c’est une constante universelle de la physique.

Fuite des galaxies
Ainsi, quand une source de lumière s'approche ou s'éloigne, la lumière qui parvient à l'observateur a toujours la même vitesse, mais sa fréquence augmente ou diminue : c’est l’effet Doppler-Fizeau. Cet effet permet notamment de mesurer la vitesse d'éloignement des galaxies dans l'Univers (mesure de décalage vers le rouge ou redshift en anglais).
→ expansion de l'Univers.

Par ailleurs, si la vitesse de la lumière c est invariante dans le vide, elle décroît dans les milieux matériels, ce qui se manifeste par un changement de l'indice de réfraction (noté n) en fonction du milieu (n = c/v, où v est la vitesse de la lumière dans le milieu considéré). Par exemple, la vitesse de la lumière est d’environ 225 000 km/s dans l’eau, de 200 000  km/s dans le verre, le diamant à 125 000 km/s, etc. De plus, l’indice de réfraction (et donc la vitesse) dépend également de la longueur d'onde de la lumière : le bleu est plus dévié que le rouge… Ceci explique la dispersion de la lumière blanche dans un prisme ou dans les gouttes d'eau d'un arc-en-ciel.
Enfin, la vitesse de lumière (et l’indice de réfraction) dépend également de la température du milieu traversé : par exemple, dans l’expérience réalisée en 2000 par Lene Hau (université de Harvard, États-Unis), la vitesse de la lumière traversant un condensat de Bose-Einstein (milieu particulier dans lequel les atomes sont refroidis à une température très proche du zéro absolu, environ –273 °C) a été ralentie à 1,5 km/h.
7. Applications de la lumière

L'énergie du rayonnement lumineux peut être convertie en énergie thermique (fours solaires, effet de serre, etc.), en énergie chimique (photosynthèse, réactions photochimiques utilisées en photographie argentique) et surtout en énergie électrique (cellules photoélectriques, photopiles). L’énergie solaire constitue d’ailleurs une source d’énergie renouvelable intéressante pour répondre au défi énergétique de cette fin de siècle, en raison de l’épuisement rapide des énergies fossiles.
Par ailleurs, la lumière peut être amplifiée et rassemblée en un étroit faisceau dit cohérent, formant la lumière laser, utilisée dans l’ensemble des domaines de la recherche fondamentale (médecine, astrophysique, métrologie, etc.) ainsi que dans l’industrie (lecture de DVD ou de code-barres, découpe de matériaux, armement, etc.).
BOTANIQUE

Influence de la lumière sur la floraisonInfluence de la lumière sur la floraison
Comme source d'énergie, la lumière est absorbée principalement au niveau des feuilles (photosynthèse). La lumière verte seule n'est pas absorbée, mais réfléchie, d'où l'aspect vert des feuilles. Comme stimulus efficace, la lumière favorise la germination de certaines espèces et gêne celle d'autres espèces, ralentit la croissance des tiges, faisant s'incliner l'axe vers le côté le plus éclairé (phototropisme), règle l'ouverture des stomates foliaires et gouverne par sa durée la date de la floraison (photopériodisme).

 

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LA FUGUE

 

 

 

 

 

fugue


Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».
Genre de composition dont les deux caractères essentiels sont : 1o un style contrapuntique rigoureux, c'est-à-dire résultant exclusivement de la combinaison de lignes mélodiques, toutes d'égale importance, sans qu'aucune note puisse entrer dans un accord sans être d'abord justifiée mélodiquement ; 2o la prédominance d'un thème principal nommé sujet, présenté et développé successivement par chacune des voix selon des conventions définies.
Nous disons bien « principal » et non pas « unique », comme on le fait souvent, car non seulement une fugue peut avoir plusieurs sujets (fugues multiples), ou exceptionnellement des sections hors thème (codas), mais encore elle présente et développe le plus souvent, outre le sujet, des thèmes secondaires appelés contre-sujets ; ceux-ci doivent répondre à des caractéristiques définies, qui seront exposées ci-après.
Le terme « fugue »

Issu du latin fuga (« fuite »), il apparaît au xive siècle, souvent comme équivalent de chace ou chasse (en ital. caccia) pour désigner soit un canon, soit simplement un style caractérisé par le fait que les parties se répondent en présentant successivement le même dessin, évoquant par analogie la fuite du gibier devant le chasseur (d'où le nom). Longtemps le terme est resté vague et a désigné plutôt un style (dit « imitatif ») qu'une forme définie. Celle-ci s'élabore peu à peu au cours du xviie siècle par transformation de l'ancien ricercar, mais sans que le terme « fugue » le recouvre obligatoirement : c'est très progressivement que les deux notions en viennent à se rejoindre. Encore continua-t-on longtemps à dénommer « fugues » des genres qui, au sens strict du mot, ne seraient plus aujourd'hui reconnus comme tels ; par exemple le canon, que Bach appelle encore « fugue canonique », et auquel il réserve une section dans son Art de la fugue, de même qu'à des variétés de fugues aujourd'hui disparues, telles que « fugues-miroirs », « contre-fugues », etc.
L'exceptionnel développement donné par J.-S. Bach à la fugue a conduit les théoriciens à codifier après lui le genre à partir de son exemple, en dressant sous le nom de fugue d'école un « portrait-robot » d'un plan de fugue qui n'a jamais existé tel quel dans son œuvre, mais qui réunit à peu près les principaux procédés qu'il emploie le plus fréquemment. C'est cette « fugue d'école » qui sera enseignée à partir du xixe siècle dans tous les conservatoires, et à qui la fugue en tant que genre empruntera les principaux éléments de sa définition usuelle.
La fugue avant J.-S. Bach

Le principe de la fugue, dont on peut déjà déceler les prémisses dans certains motets polyphoniques du xiiie siècle, se développe au xive et se généralise dans la chanson polyphonique des xve et xvie siècles, sous forme d'exposition successive d'un motif à chacune des voix, d'abord sur n'importe quel degré, puis selon une alternance plus stricte dans laquelle la dominante répond à la tonique et vice versa. Ce « balancier » peut dans certains cas entraîner une modification de la « réponse » par rapport au « sujet » (que l'on appelle respectivement dux et comes, c'est-à-dire « conducteur » et « compagnon »). Cette modification est dite mutation ; pratiquée ou non selon les cas, elle deviendra obligatoire dans la « fugue d'école ». L'entrée de chaque voix se règle au mieux des possibilités du contrepoint, que l'exposition précédente soit terminée ou non ; le deuxième cas, de beaucoup le plus fréquent, prendra plus tard le nom d'entrée en strette, et sera rejeté par l'exposition de la fugue d'école.
Au xvie siècle se répand, tant dans le motet religieux que dans la chanson profane, une forme dite « à sections », particulièrement employée quand la pièce polyphonique développe un modèle monodique. Dans ce cas, chaque phrase du modèle se voit successivement développée, sur les paroles correspondantes, formant une « section » dans laquelle la mélodie du modèle circule souvent d'une voix à l'autre, la section initiale (et parfois d'autres aussi) étant presque toujours soumise à la forme d'exposition présentée ci-dessus. Vers 1525, sous l'impulsion des Franco-Flamands de Venise (Willaert) se crée une forme instrumentale dite ricercare (« recherche ») qui n'est autre que la transposition sans paroles du motet à sections, mais dans laquelle les différents thèmes de section sont inventés sans référence à un texte. D'Italie, le ricercare se répand en Espagne (ricercar, tiento), en France (fantaisie), en Angleterre (fantasy, fancy), et trouvera sa plus grande expansion chez les organistes du nord de l'Allemagne et des pays voisins (Sweelinck, Buxtehude) qui en feront progressivement la fugue proprement dite. Ce dernier passage consistera surtout dans l'unification des sections (sujet unique au lieu de plusieurs thèmes accolés) et dans la suppression de l'entrée en strette au bénéfice de l'« entrée de fugue » laissant toujours terminer le sujet avant d'en présenter la réponse. Les entrées en strette ne disparaîtront pas pour autant, mais seront reportées à titre de nouveaux développements dans le cours de la fugue, et de préférence vers la fin, où elles formeront l'une des sections obligatoires de la fugue d'école.
Bach et la fugue classique

Bien que tous les éléments de la fugue classique puissent déjà se retrouver, épars ou réunis, chez divers prédécesseurs de J.-S. Bach (Frescobaldi, Buxtehude, etc.), ce dernier maître a porté la fugue à un tel degré de développement que c'est toujours à lui qu'on se réfère pour définir le genre à son apogée, sans du reste le limiter aux pièces qui en portent le titre, car le style fugué lui est si naturel qu'il l'emploie en toutes occasions. La diversité de ses fugues est telle qu'on ne peut ici en esquisser la description. On se bornera à transcrire en le simplifiant le schéma type de ce « portrait-robot » que constitue, on l'a dit, la fugue d'école, appuyée sur l'exemple de Bach sans jamais correspondre exactement à aucun de ses modèles.
1. Exposition, ou présentations successives du thème par chacune des voix (en nombre variable, mais très souvent 4). Le thème s'appelle sujet lors de sa première présentation, réponse dans sa deuxième où tonique et dominante se « répondent » réciproquement. La réponse comporte normalement mutation (cf. ci-dessus) ; si par exception elle ne fait pas mutation, elle est dite réelle. On l'appelle tonale lorsque, avec ou sans mutation, elle se maintient sans moduler dans le ton initial du sujet. La continuation du sujet sous la réponse prend le nom de contre-sujet et constituera tout au long de la fugue un thème secondaire pouvant donner lieu aux mêmes développements que le sujet proprement dit ; exceptionnellement le contre-sujet peut même par anticipation accompagner déjà le sujet dans sa première présentation (fréquent chez Beethoven). L'exposition de fugue est en outre soumise à des règles minutieuses qu'on ne peut présenter ici, et qui font l'objet de véritables traités.
2. Développement, consistant en une série de sections appelées divertissements, obligatoirement constituées à partir soit du sujet, soit du contre-sujet, et qui sont périodiquement ponctuées d'entrées du sujet en divers tons, dont les deux principaux sont le relatif et la sous-dominante (on y ajoute parfois le 2e degré, considéré comme dominante de la dominante). La dernière section du développement est souvent une strette (combinaison du sujet avec lui-même en différentes présentations), et il peut même y en avoir plusieurs.
3. Réexposition ou dernière présentation du sujet dans le ton principal, parfois précédée d'une longue tenue ou pédale qui la met en valeur. La réexposition, qui peut être textuelle ou abrégée, conduit soit directement à la conclusion, soit à une « coda » plus ou moins développée.
4. Coda facultative, qui peut être soit un nouveau développement, de préférence dans un caractère différent, soit même un hors-d'œuvre, abandonnant pour la première fois le thème, et parfois le style de la fugue, pour terminer de façon brillante ou expressive.
Formes parallèles de la fugue

Outre les fugues « normales » ci-dessus décrites, la fugue a engendré un grand nombre de formes dérivées. Une fuguette (en ital. fughetta) est une fugue régulière de petites dimensions. Un fugato est une ébauche de fugue insérée sans être menée à terme dans un morceau non fugué ; il est souvent réduit soit à une exposition (Beethoven, allegretto de la 7e symphonie), soit à une exposition suivie d'une strette. Une fugue multiple (double, triple, etc.) est une fugue à plusieurs sujets : le premier sujet donne d'abord lieu à une exposition et à un premier développement ; puis il s'interrompt et le deuxième sujet est présenté de la même manière ; après quoi les deux sujets se combinent. S'il y a 3 sujets ou plus, on fait de même pour chacun des suivants, chaque sujet nouveau devant se combiner avec tous les précédents. La fugue canonique (fuga canonica), encore appelée telle par Bach et incluse par lui dans son Art de la fugue, n'est plus aujourd'hui considérée comme une fugue, mais comme un canon.
D'autres formes de fugue, recherchant des combinaisons sophistiquées, ont été pratiquées, surtout au xviiie siècle, à titre de démonstrations de virtuosité d'écriture. Citons la contre-fugue ou fugue a rovescio, dans laquelle la réponse est le renversement du sujet (Bach lui consacre une section dans son Art de la fugue) ; la fugue-miroir (même remarque), écrite de telle sorte qu'on puisse la lire soit telle quelle, soit en renversement intégral (en posant le papier verticalement sur un « miroir » horizontal, on doit lire une nouvelle fugue, tout aussi correcte que la première, en changeant seulement les clefs, et, s'il y a lieu, les altérations et l'ordre des voix) ; la fugue-écrevisse (cancrizans), dont le sujet peut se lire tantôt normalement, tantôt en commençant par la fin ; la fugue par augmentation, ou par diminution, ou par les deux à la fois, dans laquelle interviennent des présentations du sujet en augmentation ou en diminution par rapport à la présentation régulière initiale ; la fugue-strette, dans laquelle la réponse entre avant la fin du sujet (plusieurs contre-fugues de l'Art de la fugue sont aussi des fugues-strettes), etc. Toutes les combinaisons possibles restent ouvertes à l'imagination.
La fugue après Bach

Considérée par l'époque de la musique « galante » comme un genre « passéiste », et, bien qu'enseignée aux futurs compositeurs à titre d'exercice de plume, la fugue a cessé à peu près alors d'être employée ailleurs que dans la musique d'église, où, sous l'influence de Haendel plutôt que de Bach, elle s'est installée comme forme traditionnelle de certains morceaux brillants (Cum sancto spiritu, Amen, etc.) : Berlioz la raillera à ce titre dans sa Damnation de Faust. Mozart en découvre l'intérêt vers 1782, quand Van Swieten lui apporte la révélation de J.-S. Bach ; il l'adopte alors et l'intègre à son style, qui s'en trouve singulièrement renouvelé. Haydn l'avait déjà précédé, en particulier dans trois des finales de ses quatuors op. 20 (1772), et Beethoven romantise la fugue en accroissant le dramatisme et la complexité (fugue de la sonate Hammerklavier, Grande Fugue op. 133). Cependant, la fugue reste exceptionnelle chez les romantiques et postromantiques, encore que beaucoup la cultivent de manière quasi marginale (Schumann, Liszt, Franck, Brahms). Peu prisée de l'esthétique debussyste, elle réapparaît vers le milieu du xxe siècle (Stravinski, Honegger) et se transforme pour s'adapter à l'affaiblissement des structures tonales, abandonnant ses règles strictes pour ne conserver que la rigueur formelle de son style aisément reconnaissable (Bartók, Schönberg
).


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LE NIL

 

le Nil
en arabe al-Nīl


Cet article fait partie du dossier consacré à l'Égypte ancienne.
Principal fleuve d'Afrique, drainant un bassin d'environ 3 millions de km2 et long de 6 700 km (5 600 km depuis le lac Victoria), et qui rejoint la mer Méditerranée par un vaste delta.
Le fleuve a été appelé Hâpî par les Pharaons, Chrysonoas par les Grecs, Bahr (« mer ») par les Arabes.
GÉOGRAPHIE

1. Le cours du Nil

Le NilLe Nil
Le fleuve trouve son origine dans un cours d'eau du Burundi, le Kasumo, qui devient, dans son cours inférieur, la Kagera, tributaire du lac Victoria. Cette mer intérieure (près de 70 000 km2), perchée à 1 133 m, s'écoule vers le Nord par le Nil Victoria, qui traverse le lac Kioga entre deux chutes. Il pénètre ensuite dans le lac Albert, alimenté par la Semliki, et en sort sous le nom de Bahr el-Gebel, « rivière de la Montagne », puis entre dans la plaine du Soudan du Sud. Les inondations, la multiplication des bras, la végétation aquatique et une évaporation intense qui prélève près de la moitié de la masse liquide caractérisent cette immense cuvette marécageuse des « sadd », qui reçoit en outre le Bahr el-Ghazal. Sortant du lac No, le fleuve, qui prend alors le nom de Nil Blanc (Bahr el-Abiad), reçoit le Sobat (rive droite), reprend la direction du nord et entre au Soudan.

KhartoumKhartoum
À Khartoum, il reçoit le Nil Bleu (Bahr el-Azrak) et, dès lors, on lui donne parfois le nom de Grand Nil. Il reçoit encore l'Atbara, toujours sur la rive droite, et travers ensuite 2 700 km de désert, en Nubie, puis continue son cours en Égypte, passe au Caire, à la tête du delta, avant de rejoindre la mer Méditerranée.
2. Le profil du Nil

Chutes MurchisonChutes Murchison
Le profil longitudinal du Nil n'est pas régularisé dans le cours supérieur, mais, à l'entrée des marais des « sadd », la pente devient très faible, jusqu'au-delà de Khartoum (3,5 cm par km). En aval, une série d'accidents séparent des biefs à pente douce : ce sont les fameuses « cataractes » numérotées de 1 à 6 en remontant le cours du fleuve à partir d'Assouan. En fait, ce ne sont que des rapides qui, souvent, n'interdisent la navigation qu'en basses eaux. Peu après la deuxième cataracte, la vallée inférieure constitue la partie habitable de l'Égypte. Le haut-barrage d'Assouan régularise son cours inférieur et créé un vaste lac artificiel, long de 500 km (en partie au Soudan). Passé Le Caire, le Nil entre dans son delta, construction postglaciaire qui a continué de progresser pendant la période historique et dont l'extension est à présent bloquée par la raideur de la pente sous-marine et le fort courant littoral. Le fleuve aboutit à la mer par les branches de Rosette et de Damiette, aux modules respectifs de 1 076 et 508 m3s.
Le bassin du Nil s'étend de l'équateur à la Méditerranée et inclut des parties de dix États : Burundi, Rwanda, Tanzanie, Ouganda, Kenya, République démocratique du Congo, Soudan du Sud, Éthiopie, Soudan, Égypte.
3. Le régime du Nil

Le NilLe Nil
En Égypte, le Nil a un régime simple et plutôt régulier : le débit, minimal au début du mois de juin, augmente jusqu'à la fin de septembre pour décroître ensuite. Ce régime est pourtant le résultat d'une combinaison complexe d'affluents répartis sur 35 degrés de latitude. Le Nil Blanc, malgré un appauvrissement dans les « sadd », a encore beaucoup d'eau en saison sèche et son régime est pondéré. Le Nil Bleu et l'Atbara sont, au contraire, excessifs : au début de septembre, ils apportent au Nil plus de 90 % de son débit moyen de 8 000 m3s mais, en avril, le Nil Bleu est fort réduit (131 m3s) et, pendant cinq mois, de janvier à mai, l'Atbara est à sec. La fameuse crue du fleuve est due à la montée des affluents éthiopiens, dont les eaux violentes érodent les massifs volcaniques auxquels elles arrachent des terres fertiles. Il en résultait jadis l'inondation de la vallée égyptienne, à laquelle échappaient les villages construits sur des buttes. Le sol emmagasinait une réserve naturelle d'eau, tandis que la surface recevait quelques millimètres de limon régénérateur. Dès novembre, le fleuve étant rentré dans son lit mineur, on procédait aux semailles dans la boue. Cependant, si les hautes eaux ont toujours lieu dans la même saison, elles sont parfois faibles et tardives, parfois hautes et dévastatrices. Ainsi le débit moyen annuel du Nil à Assouan a pu varier de 4 341 m3s en 1879 à 1441 m3s en 1913, alors que la moyenne, pour 80 ans, est de 2 922 m3s. Les nilomètres permettaient de noter, dès l'Antiquité, la hauteur de la crue et même de faire des pronostics.
4. Les travaux sur le Nil

Depuis le xixe s., le régime du Nil a été sensiblement transformé par de grands travaux : édification de barrages pour relever le plan d'eau à la tête des canaux (notamment barrages du Delta, d'Assiout, de Nag Hamadi, de Esnèh près de Louqsor) et création de barrages-réservoirs pour améliorer le débit entre février et juillet (barrages d'Assouan, du Djebel Aulia, de Sennar, d'Owen Falls). Enfin, à proximité d'Assouan, le Haut-Barrage, construit de 1960 à 1964 et dont la mise en eau a été achevée en 1972, est l'un des plus imposants du monde. L'intérêt, capital pour l'Égypte, d'un développement de l'irrigation et l'avantage d'une production hydroélectrique dans un pays mal pourvu de sources d'énergie sont à l'origine de cet ouvrage. Le Nil est enfin un fleuve navigable par biefs, entre les rapides ou les chutes, et son cours égyptien est utilisé par une batellerie très active.
4.1. Les premiers barrages

La vallée fut équipée de barrages d'élévation à Assiout (1902), à Esnèh (1909) et à Nag Hamadi (1930). Ces travaux visaient surtout à étendre la culture du coton, pour approvisionner les filatures anglaises. Mais l'extension de l'irrigation pérenne fut handicapée par le manque d'eau pendant l'étiage, alors que la plus grande partie de l'eau de la crue se perdait dans la Méditerranée. Les premiers barrages-réservoirs en Égypte et au Soudan permirent d'augmenter le niveau de l'eau disponible pendant l'étiage : le premier barrage d'Assouan (1898-1902) voit sa capacité passer de 1 à 5 milliards de mètres cubes, grâce à deux surélévations ; le barrage de Sennar (1925), sur le Nil Bleu, sert à irriguer le vaste périmètre cotonnier de la Gezireh – en échange, le Soudan renonce en 1929 à toute ponction entre janvier et juillet ; le barrage du Djebel Aulia (1929-1933) retient les eaux du Nil Blanc durant la crue du Nil Bleu.
4.2. Le haut barrage d'Assouan

Les besoins augmentant plus vite que les disponibilités, la solution proposée est celle d'un nouveau barrage à Assouan, qui retiendrait toute la crue dans un réservoir d'une capacité maximale de 156 milliards de mètres cubes, à cheval sur l'Égypte et le Soudan. L'eau du Nil est partagée, en 1959, sur la base de 55,5 milliards de mètres cubes pour l'Égypte et 18,5 milliards pour le Soudan (les pertes du lac-réservoir représentent 10 milliards de mètres cubes). Le barrage, construit avec l'aide soviétique, est inauguré en 1970, quelques semaines après la mort du président Nasser, qui en avait été l'initiateur. Cent mille villageois nubiens durent quitter leur foyer submergé.
Le haut barrage d'Assouan a permis la régulation pluriannuelle du débit, la production d'électricité, la bonification d'étendues désertiques sur les marges de la vallée et du Delta (400 000 ha), le passage à l'irrigation pérenne des derniers bassins de Haute-Égypte (300 000 ha), l'extension des cultures grosses consommatrices d'eau, comme la canne à sucre et le riz. Mais le haut barrage a aussi pour effet de retenir le limon de la crue, réduisant à néant la pêche côtière, érodant les berges et le littoral, et privant le sol de sa fertilité. Les paysans arrosent trop, provoquant l'élévation de la nappe phréatique et la salinisation des terres. La mise en valeur du désert n'a pas compensé la perte des meilleurs sols devant la croissance urbaine. Enfin, la croissance démographique et l'augmentation constante des besoins ont contraint l'Égypte à consommer plus que sa part, tandis que le Soudan entreprenait de se doter de ses propres aménagements.
4.3. Les nouveaux projets

Sur le Nil Blanc, le percement du canal de Jongleï, long de 380 km et destiné à drainer une partie des sadd, commence en 1978. Cofinancé par l'Égypte et le Soudan, il devait fournir à chacun 3,5 milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires par an. Mais la reprise de la guerre civile au Soudan a entraîné l'arrêt des travaux en 1983. C'est cependant le Nil Bleu qui détient le plus grand potentiel inexploité : il dispose de sites hydroélectriques prometteurs et donne à l'Éthiopie, qui en a la maîtrise, les clés du destin du Soudan et surtout de celui de l'Égypte. Devant la pression démographique croissante sur les vieilles terres érodées du plateau, le gouvernement éthiopien a mis en chantier de vastes projets agricoles dans les vallées du Nil Bleu, de la Sobat et de l'Atbara.
En 2013, l'Éthiopie a commencé les travaux de détournement du cours du Nil Bleu en vue de la construction du barrage de la Renaissance, destiné à la production d'hydroélectricité.
5. Les accords de partage des eaux du Nil

Plusieurs accords ont été signés entre les pays riverains pour le partage des eaux du Nil.
5.1. Les accords de 1929 et de 1959

Les accords de 1929 et de 1959 étaient favorables à l'Égypte. Seuls deux pays peuvent disposer du débit du Nil : l'Égypte et le Soudan (qui englobe alors le Soudan du Sud). Les deux tiers reviennent à l'Égypte, 22 % au Soudan, tandis que l'Éthiopie ne reçoit rien. L'Égypte dispose d'un droit de veto sur tout projet sur le fleuve.
5.2. L'accord d'Entebbe, en 2010

L'accord d'Entebbe a été signé en 2010 par six pays de l'amont du fleuve : l'Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda. Il conteste les accords de 1929 et de 1959. L'Égypte a rejeté cet accord.
HISTOIRE

1. Le Nil dans l'Antiquité égyptienne : berceau d’une civilisation

L'agriculture apparaît dans la basse vallée du Nil il y a environ 7 000 ans. Il s'agit tout d'abord de cultures pratiquées dans le limon laissé par la décrue du fleuve ; puis, vers 3400 avant notre ère, on note une organisation supravillageoise qui permet de retenir l'eau dans des bassins.
L'unification du Delta et de la vallée égyptienne est réalisée vers 3300 avant J.-C., et assure la prospérité du pays, grâce au contrôle centralisé de la crue et de l'activité agricole, durant l'Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire. En revanche, les périodes de division (première période intermédiaire, fin du Nouvel Empire) ou d'occupation étrangère entraînent désordre et famine.
1.1. La civilisation koushite

Au-delà de la 1ere cataracte sont entreprises de fructueuses expéditions, qui aboutissent parfois à une présence égyptienne permanente. Mais dès le IVe millénaire est apparue au Soudan actuel la civilisation koushite, dont la capitale est Kerma, en Nubie.
Colonisée au Moyen Empire, la Nubie recouvre son indépendance lors de la deuxième période intermédiaire et de l'occupation de l'Égypte par les Hyksos.
1.2. Napata, Méroé, Aksoum

Sous le Nouvel Empire, Thoutmosis III la reconquiert; mais elle s'émancipe à nouveau vers l'an 1000. Ce sera pourtant par elle que l'unité sera rétablie sous la XXVe dynastie, dite éthiopienne, des pharaons noirs de Napata ; vers 700 avant J.-C., ils étendent leur pouvoir jusqu'à la Méditerranée pendant un siècle, puis le royaume de Napata, replié au sud de la 1ere cataracte, transfère sa capitale à Méroé, entre l'Atbara et le Nil Bleu. La civilisation méroïtique, où le respect des traditions égyptiennes s'allie au fonds africain, est maintenue jusqu'au iiie siècle de notre ère, avant de disparaître sous les coups du puissant royaume d'Aksoum, qui contrôle le haut bassin du Nil Bleu.
1.3. Le Nil, bon génie des Égyptiens

Le Nil était vénéré par les Égyptiens comme un bon génie, envoyé par les dieux ; son nom était Hâpî. On localisa d'abord sa retraite dans une grotte située au milieu de la première cataracte ; il s'agit là, en fait, d'une fiction mythologique, les Égyptiens sachant très bien que la Basse-Égypte, plus avancée en civilisation, bénéficiait d'une irrigation régularisée pendant la période de l'inondation annuelle, alors que la Haute-Égypte laissait passer sans l'endiguer un flot dévastateur.
Après que la Haute-Égypte eut été dotée à son tour d'un système d'irrigation, on lui appliqua le même cadre mythologique, une seconde retraite étant assignée au bon génie Nil. Lorsque l'Égypte fut unifiée, on représenta sur les monuments et on vénéra deux Nils, le premier étant censé prendre sa source en amont d'Éléphantine, le second, à Hélouân, en amont d'Héliopolis.
2. L'ère chrétienne et la conquête arabe

Des royaumes chrétiens, berceau d'une civilisation florissante, se fondent en Abyssinie à partir du ive siècle, et en Nubie à partir du vie siècle.
La conquête arabe de l'Égypte, en 641 rend plus difficiles les contacts de ces royaumes avec les centres de la chrétienté. Le royaume d'Aloa, au confluent des deux Nils, subsiste pourtant jusqu'au début du xvie siècle, et le christianisme éthiopien, demeuré monophysite, comme celui d'Égypte, se maintient jusqu'à nos jours. L'islam ne provoque pas l'unification de la vallée du Nil, même si en 1504 le sultanat noir des Fundji s'établit sur les rives du Nil soudanais, avec sa capitale à Sennar.
Dans la région des Grands Lacs, c'est au xiiie-xive siècle que les pasteurs tutsis s'installent au Rwanda, et en soumettent les cultivateurs hutus et les chasseurs pygmées, tandis que l'Ouganda est le siège de quatre royaumes : Bouganda, Toro, Ankolé et Bounyoro, le plus puissant. Mais au XVIe siècle, le Bouganda, en s'alliant aux commerçants arabes de la côte, prend le dessus et continue son expansion jusqu'à l'occupation britannique.
3. La découverte du Nil

Le réseau supérieur du fleuve est demeuré longtemps inconnu. Ce sont les récits des marchands qui permirent l'établissement des premières cartes, où l'on note des « monts de la Lune », vers les sources. Néron envoya deux centurions à la recherche de celles-ci ; ils furent arrêtés par les sadd (ilôts de végétation formant barrage).
Du xiiie au xviiie siècle, l'Éthiopie est parcourue, et le Nil Bleu repéré ; on le considérait comme le fleuve principal.
Au xixe siècle, les expéditions ordonnées par Méhémet-Ali atteignent, en remontant le Nil Blanc, Gondokoro, en amont des sadd. Partant de l'océan Indien, l’explorateur John Hanning Speke, avec sir Richard Francis Burton puis avec James Augustus Grant, atteint le lac Victoria ; Speke le contourne pour toucher à Gondokoro (1863). Un long travail de reconnaissance, de cartographie et d'hydrologie commença alors.
À la suite de l'ouverture du canal de Suez, la Grande-Bretagne impose son protectorat sur l'Égypte (1882), tandis qu'au Soudan le Mahdi s'empare de Khartoum (1885) et fonde un empire qui dure treize ans.
L'Éthiopie est également menacée, mais les troupes italiennes sont écrasées à Adoua en 1890. Les visées françaises et britanniques se heurtent à Fachoda (1898), sur le Nil Blanc : la Grande-Bretagne a décidé de reconquérir le Soudan pour faire la jonction avec ses possessions d'Afrique orientale, alors que la France espère atteindre la mer Rouge (→ affaire de Fachoda).

 

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CHARLES DE GAULLE

 

Charles de Gaulle
Le général de Gaulle


Cet article fait partie du dossier consacré à la Seconde Guerre mondiale et du dossier consacré à la Ve République.
Homme d'État français (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970).
Le général de GaulleLe général de Gaulle
Homme de l'appel du 18 juin 1940, Charles de Gaulle fut, en 1958, le fondateur du régime de la Ve République, qu'il présida jusqu'en 1969. Audace, grandeur, patriotisme, obstination, indépendance, stabilité, tels sont les traits qui caractérisent le tempérament et le règne de ce soldat rebelle devenu un monarque républicain, qui demeurera, de l'avis de ses compagnons comme de ses adversaires, un géant de l'Histoire.
Formation
Appartenant au milieu de la bourgeoisie catholique lilloise, Charles de Gaulle fait ses études chez les jésuites, avant d'être reçu au concours d'entrée à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, dont il sort 13e en 1912.
À l'école de la guerre
Blessé à trois reprises, porté disparu, il se relève bien vivant mais prisonnier de guerre en Allemagne. Après cinq tentatives d'évasion, il est délivré par l'armistice du 11 novembre 1918. Sur sa demande, il est affecté en Pologne pour aller combattre l'armée rouge (1919-1920).
Entre deux guerres
Après avoir épousé Yvonne Vendroux, fille d'un industriel de Calais qui lui donnera trois enfants, il poursuit sa carrière militaire en entrant à l'École supérieure de guerre (1922). Il est nommé vice-président du Conseil supérieur de la guerre dans le cabinet du maréchal Pétain (1925), avant d'être affecté au secrétariat général de la Défense nationale (1932-1937).
juin 1940
Général de brigade au cours de la campagne de France (mai), sous-secrétaire d'État à la défense nationale dans le gouvernement Reynaud (juin), il refuse l'armistice et lance, de Londres, le 18 juin, un appel à la résistance.
Le libérateur de la France
S'imposant, non sans difficultés, comme le chef de la France libre, il préside à Alger en 1943 le Comité français de libération nationale, devenu en juin 1944 Gouvernement provisoire de la République française, qui s'installe en France après la libération de Paris (août 1944).
La « traversée du désert » (1946-1958)
Décidé à rendre à la France son rang mais hostile aux « jeux des partis », il démissionne en janvier 1946, fonde et préside le Rassemblement du peuple français (1947-1953), se retire ensuite de la vie politique et se consacre à la rédaction de ses Mémoires de guerre (1954-1959).
Le président de Gaulle (1959-1969)
Rappelé au pouvoir à la faveur de la crise algérienne (mai 1958), il fait approuver une nouvelle Constitution, qui fonde la Ve République. Président de la République (1959), il met fin, non sans drames, à la guerre d'Algérie et renforce l'autorité présidentielle par l'élection du président de la République au suffrage universel (1962). Il mène une politique de réconciliation avec l'Allemagne (traité franco-allemand, 1963). Réélu en 1965, il développe une politique étrangère d'indépendance nationale. Un an après les événements de mai 1968, son projet de régionalisation et de réforme du Sénat étant repoussé par référendum, il démissionne (28 avril 1969).
Décès
Isolé dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, aux côtés de sa femme, le général de Gaulle succombe d'une rupture d'anévrisme (9 novembre 1970). Selon sa volonté, il n'aura pas d'obsèques nationales, mais la messe solennelle célébrée à Notre-Dame de Paris réunira tous les grands du monde de l'époque.
1. Introduction

Charles de GaulleCharles de Gaulle
Naître dans une famille de la bourgeoisie patriote à la fin du xixe siècle, choisir la carrière des armes pour la « revanche », traverser malgré les blessures et la captivité la Première Guerre mondiale avant d'aller vingt ans durant d'une unité à un état-major pour se retrouver – à l'approche de la cinquantaine et, déjà, de la retraite – simple colonel. Puis, quatre ans plus tard, surgir en héros national, libérateur du territoire et restaurateur de la république, personnage historique de première grandeur, c'est un singulier destin.
Se retirer dans son village pour écrire ses Mémoires de guerre, fonder un régime à 68 ans, le diriger en maître pendant onze années, puis accepter l'échec et le désaveu.
Survivre à cinq générations de grands de ce monde, s'asseoir à la table de Churchill, de Staline, de Roosevelt, puis voir défiler Attlee, Truman, apparaître Adenauer, traiter avec Macmillan, Eisenhower, Khrouchtchev, avec Harold Wilson, J. F. Kennedy, Brejnev et encore avec Edward Heath, L. B Johnson ou Nixon, Kiesinger ou Brandt, c'est une extraordinaire carrière.
Pourtant, ce furent là le destin et la carrière de Charles de Gaulle. Dans la vie de ce personnage hors série, on pourrait distinguer trois actes ou plutôt trois incarnations successives : de l'enfance à la Seconde Guerre mondiale, l'officier ; du 18 juin 1940 à la retraite de 1953, le résistant et l'homme politique ; et, après l'entracte de la « traversée du désert », de 1958 à 1970, l'homme d'État.
2. L'officier (1915-1940)

De ses origines, de son milieu, Charles de Gaulle a su très vite prendre et laisser. Un patriotisme hautain, ardent, exclusif qui emprunte parfois des accents de passion nationaliste, l'espoir et la volonté de la « revanche », une sorte de prédestination manifestée dès l'enfance, une obstination tendue et une gravité naturelle, tel est son héritage. En revanche, l'étroitesse de vues, le conservatisme, le goût du profit et de l'argent, la xénophobie, voire le racisme, qui sont trop souvent des traits caractéristiques non certes de sa famille, mais de sa classe, lui seront étrangers.
2.1. Un officier d'une grande indépendance d'esprit

Charles de Gaulle n'est ni un écolier modèle ni un saint-cyrien particulièrement appliqué, mais déjà pourtant ses camarades le jugent exceptionnellement brillant, bien que raide. Sa rencontre en 1912 avec son premier chef, le colonel Philippe Pétain, les marque profondément et toute leur vie, par-delà la rupture de 1938 et finalement le drame qui les oppose.
La carrière militaire de Charles de Gaulle à travers la Première Guerre mondiale, qui restera toujours pour lui la « grande » guerre, se déroule sans éclat particulier. Trois blessures, trois citations, la captivité, cinq tentatives d'évasion, puis, la paix revenue, un avancement nullement exceptionnel, des affectations assez classiques allant d'un corps de troupes à un état-major avec toutefois un détour en 1919-1921 par la Pologne, deux crochets par l'armée du Rhin en 1924 et de 1927 à 1929, quelques missions au Proche-Orient (à Beyrouth) en 1929-1931. La protection de Pétain s'étend toujours, où qu'il se trouve, sur l'officier.
Surtout, de Gaulle se signale peu à peu à l'attention, de deux façons très inhabituelles. D'abord, il écrit : des rapports, des notes, des études qui, bien vite, deviennent des articles de revues, des livres de doctrine, de réflexion et même de morale où la stratégie et la politique sont étroitement mêlées, en particulier dans le Fil de l'épée (1932). Ensuite, il fréquente les milieux parlementaires, approche le pouvoir, s'y trouve un « patron » en la personne du député Paul Reynaud, et se fait le héraut d'une arme trop négligée – par l'armée française, non par l'adversaire –, celle des blindés.
2.2. Le choix de la résistance

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, en 1939, le « Colonel Motor », comme on l'a surnommé, commande un régiment près de la frontière. Il se voit confier coup sur coup des responsabilités plus importantes et, dès que l'armée allemande commence à déferler sur les Pays-Bas, la Belgique, le Nord, le 10 mai 1940, il est placé à la tête de la 4e division cuirassée, qui se battra courageusement autour de Laon et d'Abbeville ; il est alors promu général de brigade à titre temporaire.
Cependant, la politique, qu'il a tant courtisée, l'appelle. Paul Reynaud, succédant à Édouard Daladier comme président du Conseil en mars 1940, nomme de Gaulle sous-secrétaire d'État à la Défense nationale et à la Guerre (5 juin). Charles de Gaulle porte ce titre douze jours : à l'heure où le gouvernement Reynaud s'évanouit, où le régime se disloque devant Pétain et le général Maxime Weygand, où la défense s'effondre, l'officier de tradition choisit la rébellion, l'exil et la résistance. Le 17 juin 1940, il quitte quasi clandestinement Bordeaux, où le gouvernement s'est replié, pour Londres, pour l'action, pour son destin.
Pour en savoir plus, voir les articles campagne de France, Seconde Guerre mondiale.
3. Le résistant et l’homme politique (1940-1953)

3.1. L'Appel

Charles de Gaulle, le 22 juin 1940
Charles de Gaulle, le 22 juin 1940
Charles de Gaulle, le 22 juin 1940Le général de Gaulle au micro de la BBC à Londres
Le 18 juin, au micro de la BBC, c'est l'appel à poursuivre le combat (→ appel du 18 juin 1940). Après l'armistice du 22 juin signée entre Pétain et l'Allemagne, de Gaulle organise des forces armées qui deviendront les Forces françaises libres (FFL). Lorsque, le 14 juillet suivant, leur chef passe pour la première fois en revue sur le sol anglais ceux qu'on appelle les « Français libres », ils ne sont guère que trois cents. La métropole, écrasée, affolée, occupée, ignore à peu près tout de ce général inconnu qu'un conseil de guerre va condamner à mort par contumace, de son étrange entreprise, qui semble aux uns désespérée, aux autres suspecte. De toute façon, elle ne songe guère à résister.
3.2. Chef de la France libre

Affiche « À tous les Français »Affiche « À tous les Français »
Ce que sera l'extraordinaire aventure de la France libre défie l'imagination et même le bon sens. Tout commence mal : au lieu des ralliements massifs qu'il escomptait, le chef de la « dissidence » ne voit pas arriver ses pairs, mais quelques officiers de réserve, des errants qui rêvent d'en découdre, des hommes de gauche, des pêcheurs de l'île de Sein, etc. Les marins et les soldats français encore présents en Grande-Bretagne après le rembarquement de Dunkerque préfèrent, sauf rares exceptions, être rapatriés ; aucun général, aucun leader politique n'a répondu aux pressants appels de Charles de Gaulle.
L'allié anglais, craignant que la flotte française puisse être utilisée par l'Allemagne, coule froidement des bâtiments à Mers el-Kébir (3 juillet 1940), et, même quand l'Afrique-Équatoriale française a rallié la France libre, le reste de l'« Empire » reste fidèle à Pétain : une expédition navale devant Dakar échoue piteusement ; bientôt, les forces de Vichy et celles de la France libre s'affrontent au Liban et en Syrie.

Giraud, Roosevelt, de Gaulle et ChurchillGiraud, Roosevelt, de Gaulle et Churchill
Il faut à de Gaulle sans cesse défendre l'indépendance, proclamer la représentativité de la France libre devant Winston Churchill, contre Franklin Roosevelt. Lorsque les Alliés débarquent enfin en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, ils s'entendent avec François Darlan, le second de Pétain, installent au pouvoir Henri Giraud et non de Gaulle.
3.3. L'organisateur de la Résistance

Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)
En sept mois, Charles de Gaulle néanmoins manœuvre, gagne du terrain, élimine Giraud, fédère sous son autorité la Résistance intérieure. Il charge Jean Moulin d'organiser en France le Conseil national de la résistance (CNR), créé fin mai 1943, dans lequel sont représentées toutes les tendances des partis politiques, des syndicats et des mouvements de résistance, pour coordonner la lutte contre l'occupant et contre Vichy. Il énonce les principes qui seront le fondement de son pouvoir :
– changement des institutions, mais fidélité à la république ;
– condamnation de Vichy, mais liberté d'expression et d'action rendue aux tendances politiques ;
– évolution de l'Empire colonial français vers des formules plus libérales, mais défense et maintien de l'ensemble français outre-mer…
Pour en savoir plus, voir les articles conférence de Brazaville, la Résistance.
3.4. Le libérateur de la France occupée

Libération de Paris
Libération de Paris
Libération de ParisLibération, affiche
Il reste au général de Gaulle, après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie – opération dont il a été, une fois de plus, tenu soigneusement à l'écart –, à conquérir la légitimité par l'acclamation populaire sur le sol de la patrie libérée. C'est vite et bien fait : deux millions de Parisiens rassemblés sur les Champs-Élysées le 26 août pour l'accueillir ne laissent plus aux Alliés d'autre choix que de reconnaître son Gouvernement provisoire de la République française (GRPF), formé le 3 juin 1944.
Pour en savoir plus, voir les articles Libération de Paris, la Libération.
3.5. Le fondateur d'une « France nouvelle » (1944-1946)

Charles de Gaulle, le 8 mai 1945Charles de Gaulle, le 8 mai 1945
Le général restera dix-sept mois à la tête du pays, présidant à sa rentrée dans la guerre, tenant tête aux Alliés quand ils veulent évacuer Strasbourg reconquise, imposant la présence de la France à l'heure de la capitulation allemande.
Tandis que l'épuration déchaîne mille controverses, la reconstruction s'amorce ; le retour des prisonniers et des déportés va permettre de consulter le corps électoral, pour la première fois par référendum, sur les institutions ; une diplomatie audacieuse se développe avec le traité franco-soviétique de décembre 1944 et la normalisation des relations avec Londres et Washington ; les nationalisations, les lois sociales, le vote des femmes transforment les données du jeu intérieur.
Mais de Gaulle, tranchant, impavide, obstiné, se heurte à la classe politique et soudain rompt et s'éloigne, croyant, à tort, être bientôt rappelé par l'opinion : en désaccord avec l'Assemblée constituante élue en octobre 1945, il remet sa démission sur la question des crédits militaires au président de l'Assemblée nationale, le 20 janvier 1946.
Le discours de Bayeux (16 juin 1946)
Quelques mois après son départ du pouvoir, le général de Gaulle expose à Bayeux, le 16 juin 1946, à l'occasion du second anniversaire de la libération de la ville, un projet constitutionnel où il défend sa conception de l'État : un exécutif fort et une nette séparation des pouvoirs, posant ainsi la base de la Constitution de 1958. En attendant, et pour tenter d'empêcher la ratification de la Constitution de la IVe République, puis pour abattre ce « mauvais régime », le général déclenche son offensive contre les partis, qui seront désormais sa bête noire.
3.6. Du Rassemblement du peuple français…

Affiche du RPFAffiche du RPF
Cette offensive prend d'abord la forme d'avertissements, de menaces, de récusations, puis, à l'adresse du pays, de mises en garde. Comme il n'est pas entendu, de Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français (RPF), destiné à jeter bas, escompte-t-il, le « système ». Cet épisode de sa carrière d'homme politique – qu'il préférera plus tard oublier au point qu'on n'osera prononcer devant lui le sigle du mouvement – connaît dans un premier temps un succès certain à travers la conquête de nombreuses municipalités en 1947, de sièges sénatoriaux l'année suivante. Il échoue en 1951 aux législatives devant le barrage que la loi des apparentements dresse contre lui et qu'il refuse de tourner en utilisant pour ses candidats la procédure qu'il dénonce.
À partir de là, le RPF se survit en attendant de se diviser, ce qui se produit en 1952 à l'occasion de l'investiture d'Antoine Pinay. Un an plus tard, Charles de Gaulle tire la leçon des batailles perdues, abandonne le Rassemblement, se retire à Colombey, d'où il ne sortira que pour tonner de loin en loin contre certaines des initiatives du régime et pour visiter divers territoires d'outre-mer. Mais, s'il s'occupe en écrivant ses Mémoires de guerre, qui connaîtront un vif succès, il reste aux aguets tandis que la IVe République s'enlise peu à peu dans l'impuissance et l'incohérence.
3.7. … à la traversée du désert (1953-1958)

L'officier révolté de 1940, qui s'était volontairement coupé, par son acte d'insubordination soigneusement médité, de l'armée, du pouvoir légal et de sa classe sociale, avait pris à Londres figure de symbole. Le seul nom du général de Gaulle évoquait en effet la poursuite de la guerre, la présence de la France au combat, le patriotisme, le courage, la Résistance. Des hommes étaient morts en l'acclamant, d'autres se préparaient à le servir et rêvaient d'une France toute nouvelle qu'ébauchaient déjà l'indépendance farouchement défendue à l'égard des Alliés, une volonté de « grandeur » d'autant plus ombrageuse qu'elle ne reposait sur aucune réalité matérielle. Puissance de suggestion, habileté politique et orgueil national d'un homme qui s'identifiait à la France, qui incarnait la France et s'exprimait en son nom quand il n'était encore suivi que par une poignée de fidèles : tout concourait malgré les vicissitudes et les échecs à imposer ce personnage hors du commun qui parlait de lui-même à la troisième personne, en se nommant avec révérence « le général de Gaulle ».
Paris libéré, bientôt la guerre terminée, la France est d'abord subjuguée par la haute silhouette, par le langage sonore et impérieux, par l'allure souveraine du libérateur. De son côté, Charles de Gaulle développe un rare sens de la stratégie, non exempt toutefois d'erreurs d'appréciation. Il se passionne pour une diplomatie planétaire et ambitieuse, se perfectionne dans la tactique et dans l'art oratoire.
Cependant, la politique reprend ses droits, l'englue, l'exaspère. Alors, il se révolte, en appelle à la foule contre les notables défaillants, et, finalement, le personnage historique, le géant venu du fond de l'histoire de la France cesse d'unir pour diviser et perd la seconde manche. À ses yeux, aux yeux de beaucoup, la partie est terminée.
4. L'homme d'État (1958-1970)

4.1. La reconquête du pouvoir

Le destin lui réserve pourtant une troisième chance, et il saura la saisir. Au début de mai 1958, la fragilité, l'impuissance, l'inadéquation de la IVe République, avec ses institutions précocement usées, engluée dans la guerre d'Algérie et qui gère le bien commun à raison d'un problème par semestre et d'un gouvernement par problème, éclatent à tous les regards. En moins d'un mois, l'armée et les Français d'Algérie étant entrés en rébellion, les leviers de commande échappent un à un au gouvernement ; le travail de sape des gaullistes soudain grossis de renforts inattendus ouvre la route, les politiciens se rallient ; appelé à la présidence du Conseil par le président de la République René Coty, Charles de Gaulle retrouve le pouvoir.
Investi par l'Assemblée, acclamé par l'opinion, salué comme le plus illustre des Français, entouré des caciques du régime défunt, il a même obtenu carte blanche pour préparer et présenter au pays une nouvelle Constitution et fonder une nouvelle République.
Pour en savoir plus, voir les articles crise du 13 mai 1958, IVe République.
4.2. L’artisan de la Ve République

Le général de Gaulle entame à la fois trois tâches urgentes, mais, s'il explore les voies de la normalisation en Algérie en offrant aux nationalistes algériens la « paix des braves », s'il avertit les alliés occidentaux par un mémorandum secret de sa volonté de voir réformer l'Alliance atlantique et admettre la France sans restriction parmi les « Grands », c'est à l'élaboration et à l'adoption des institutions nouvelles qu'il donne la priorité absolue.
Approuvée par 80 % des électeurs, la Constitution de 1958 produit aussitôt une Assemblée nationale où le régime, sinon les gaullistes eux-mêmes, détient une nette majorité. Élu président de la République le 21 décembre – moins de 6 mois après avoir été rappelé à la tête du gouvernement – Charles de Gaulle nomme Michel Debré Premier ministre et passe à l'action.
Cette action va s'ordonner autour de quatre idées clefs qui, selon les périodes, prendront tour à tour le pas dans les faits et dans l'esprit du général, avec des fortunes diverses. Ce sont :
– organiser, consolider et compléter le nouveau système institutionnel ;
– résoudre la question algérienne et parachever la décolonisation ;
– déployer une politique extérieure de grandeur et d'indépendance nationale ;
– enfin, procéder à un certain nombre de grandes réformes, sociale, administrative, régionale, etc.
Dans tous les aspects de cette entreprise, un souci constant : l'affirmation de l'autorité présidentielle ; un adversaire sans cesse dénoncé : les partis, la classe politique, dont la IVe République était l'expression ; un moyen essentiel : l'appel direct au peuple souverain par-delà les corps intermédiaires.
L'indépendance de l'Algérie et des anciennes colonies
La guerre d'Algérie se prolonge cependant plus longtemps encore sous la Ve République qu'elle n'avait duré déjà sous le régime précédent. À doses homéopathiques, de Gaulle s'efforce de conduire l'opinion française de l'« autodétermination » à l'« Algérie algérienne », puis à la « République algérienne », enfin à l'idée de l'indépendance. En même temps, à travers trois référendums successifs et des pourparlers tantôt rompus, tantôt repris, il progresse de la négociation vers le cessez-le-feu et le repli sur la métropole. Il se heurtera, sur sa route, aux pieds-noirs révoltés de la « semaine des barricades », aux officiers insurgés du « putsch des généraux » (→ putsch d'Alger, 21-26 avril 1961), au terrorisme désespéré de l'Organisation armée secrète (OAS).
Pour en savoir plus, voir l'article guerre d'Algérie.
Il lui faudra quatre années en tout pour atteindre le but (→ accords d'Évian, 18 mars 1962). Chemin faisant, la Communauté franco-africaine, réunissant les anciens territoires d'outre-mer, est née, puis s'est défaite. En juillet 1962, l'Algérie et toutes les anciennes colonies (à l'exception des quatre « vieux » départements des Antilles, de Guyane et de La Réunion et de quelques territoires lointains tels que Djibouti ou la Polynésie) ont accédé à l'indépendance pleine et entière. Mais la France est en paix, pour la première fois depuis 25 ans.
L'élection du président de la République au suffrage universel
La mise en place des institutions nouvelles n'a pas été réalisée sans heurts. Les étapes mouvementées de la politique algérienne ont conduit à recourir à maintes reprises à des dispositions contraignantes, à la création de successives juridictions et procédures d'exception (→ Haut Tribunal militaire), à la suspension partielle des libertés publiques sous les protestations de l'opposition.
Voici que, la guerre terminée, Charles de Gaulle, pour fonder l'avenir – au-delà de sa personne menacée par les attentats activistes (attentat du Petit-Clamart par l'OAS, le 22 août 1962) – entreprend de transformer de nouveau le régime par l'institution de l'élection directe du président de la République au suffrage universel.
Cette considérable réforme fait l'objet d'une dure bataille référendaire à demi gagnée – à demi seulement puisque, pour la première fois, le général n'a pas entraîné la majorité des électeurs, mais seulement celle des votants. L'Assemblée qui avait renversé le premier gouvernement Pompidou mis en place au lendemain de la paix algérienne ayant été dissoute, les élections de novembre 1962 donnent toutefois aux partisans du régime la majorité absolue au Palais-Bourbon.
Le référendum du 28 octobre 1962 : un tournant
Le général de Gaulle pendant la campagne électorale, décembre 1965.Le général de Gaulle pendant la campagne électorale, décembre 1965.
C'est peut-être au référendum du 28 octobre 1962, peut-être même au début de cette année-là, que commence à apparaître la faille qui ira désormais en s'élargissant dans les relations entre le chef de l'État et le peuple français. Certes, s'il est mis en ballottage à l'élection présidentielle de 1965, première application du nouveau mode de scrutin, Charles de Gaulle n'en connaît pas moins le succès au second tour.
Si les élections législatives de mars 1967 sont médiocres, l'opposition n'ayant qu'un député de moins qu'une majorité dans laquelle les gaullistes ne font plus seuls la loi, la revanche viendra. Elle sera complète, triomphale même, en juin 1968, lorsque les électeurs répondront massivement à l'appel du général, qui a repris le contrôle de la situation au terme d'un mois de mai agité, voire dramatique. Il reste que Charles de Gaulle lui-même (selon André Malraux dans les Chênes qu'on abat) fera un jour remonter à 1962 l'origine du malentendu qui aboutira au « non » du référendum d'avril 1969 et à son départ immédiat, après presque onze ans de pouvoir.
Pour en savoir plus, voir l'article France : vie politique depuis 1958.
4.3. « Une certaine idée de la France »

Pendant ces années, Charles de Gaulle marque profondément de son empreinte la vie publique du pays.
Pour l’indépendance et la grandeur de la France
Sa politique étrangère, faite de refus, de défis et d'affirmations répétées de la grandeur et de l'indépendance, est à la fois cohérente et nouvelle, même aux yeux de ceux qui ne l'approuvent pas. Elle consiste, dans ses lignes directrices, à réorienter et rééquilibrer les alliances du pays. De Gaulle entame ainsi avec l'Union soviétique la recherche de la détente, puis de l'entente, enfin de la coopération, tandis que – sans se séparer de ses alliés occidentaux – la France prend ses distances à leur égard. Elle se retire progressivement du commandement militaire intégré de l'OTAN, tout en poussant activement la mise sur pied de la « force de frappe » nucléaire nationale, et maintient fermée devant la Grande-Bretagne la porte de la Communauté économique européenne (CEE).

Le général de Gaulle et Konrad AdenauerLe général de Gaulle et Konrad Adenauer
Cette Communauté traverse à maintes reprises des jours difficiles et elle se transforme, par la volonté du président français : tournant le dos à l'intégration, à l'institution progressive d'un pouvoir supranational, elle devient l'« Europe des États », dans laquelle chacun des six membres conserve sa pleine souveraineté. Le traité de l'Élysée, signé le 22 janvier 1963 entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer a scellé la réconciliation franco-allemande.
Les crises, les menaces, les ruptures même et les combats d'avant-garde ou d'arrière-garde – contre la politique américaine au Viêt Nam (discours de Phnom-Penh du 1er septembre 1966), contre la politique israélienne au Proche-Orient, contre le système monétaire international, pour « le Québec libre » (juillet 1967) etc. – caractérisent cette diplomatie. À travers elle, de Gaulle exprime une volonté de puissance obstinément tendue à travers un jeu subtil, un dosage savant de conciliation et de chantage, mais ce qu'elle a de profondément légitime souffre de ce qu'elle peut avoir de démesuré.
Une autorité de plus en plus contestée
En politique intérieure, sous l'égide du président de Gaulle, la gestion est moins cohérente et moins spectaculaire que sa diplomatie.

Charles de GaulleCharles de Gaulle
Fin 1958, une dévaluation, une révision complète des bases de la vie économique et bientôt les premiers effets du Marché commun européen avaient assuré un bon départ et permis de rétablir une situation compromise. Peu à peu, cependant, l'inflation sournoisement réapparue sape la réussite ; un plan de stabilisation, trop tardivement mis en œuvre, mal calculé et trop longtemps maintenu en application, vient casser l'expansion. Il faut alors, non sans peine, trouver un second souffle, tandis que les tensions sociales se font d'année en année plus vives jusqu'à la grève généralisée, spontanément apparue en mai 1968 à la suite de la révolte étudiante.
« La réforme, oui, la chienlit, non »« La réforme, oui, la chienlit, non »
Cette révolte et cette grève exprimaient sans doute une crise de civilisation. Elles n'en résultaient pas moins, pour une part, de l'absence de vraies réformes tant universitaires que sociales au cours des dix années précédentes. L'enseignement a bien fait l'objet de fréquentes réorganisations, transformations et retouches – trop fréquentes même à certains égards –, mais presque toujours trop tardives et insuffisantes. La doctrine sociale du régime, issue de l'« association capital-travail » du gaullisme, a bien reçu quelques timides débuts d'application, sans grand succès d'ailleurs. Mais la France est là en retard d'une révolution et même de plusieurs : dans l'enseignement, dans les rapports entre employeurs et salariés, dans l'organisation de son économie, de la distribution, etc.
4.4. Homme d'après-demain et d'avant-hier

Visionnaire en politique étrangère, grand stratège sur l'échiquier international, pour beaucoup persuasif et même séduisant dans sa hauteur souveraine et bonhomme à la fois, audacieux et déterminé dans le jeu institutionnel, autoritaire mais non dictatorial dans sa façon de gouverner, dans ses rapports avec le peuple, de Gaulle était peut-être en avance sur son temps dans sa vision de l'avenir.
Mais il était en retard sur une époque qu'à la fin il ne comprenait plus très bien, dès lors qu'il s'agissait de canaliser les forces neuves et désordonnées parfois de la jeunesse, de devancer et d'organiser les transformations nécessaires, de dépasser la gestion pour entreprendre de grandes réformes. Lorsqu'il tenta de s'y attaquer enfin, après le choc de mai-juin 1968 – il était trop tard. Le pays le lui manifesta sans ambages en lui répondant « non » pour la première fois lors du référendum d'avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Charles de Gaulle, commémoration, 1990Charles de Gaulle, commémoration, 1990
Abandonnant sur-le-champ non seulement le pouvoir mais la politique pour reprendre sa place depuis longtemps inscrite dans l'Histoire, le grand homme se contenta pendant les dix-huit mois qui lui restaient à vivre de quelques gestes et de quelques abstentions symboliques, se gardant avec soin de se prononcer de quelque façon que ce soit sur le choix et sur l'action de ses successeurs.

 


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