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HONGKONG

 

 

 

 

 

 

HONGKONG
HISTOIRE
1. La Loi fondamentale ou Basic Law
1.1. Un système institutionnel complexe
2. Dans l'attente du suffrage universel direct
2.1. Le temps des désillusions
2.2. Lentes et timides avancées démocratiques
2.3. La mobilisation de la société civile
CINÉMA
Hongkong ou Hong Kong
en chinois Xianggang
Hongkong
HongkongHongkong
Région administrative spéciale de la Chine, au S.-E. de Canton, comprenant, outre la petite île de Hongkong, Kowloon et de petites îles.
Superficie : 1 077 km2
Population : 7 195 000 hab. (estimation pour 2014)
Capitale : Victoria
Hong KongHong Kong
À une latitude tropicale, presque dépourvu de plaines, Hongkong est constitué de pics granitiques (Victoria dans l'île de Hongkong, 550 m ; Lantau dans l'île du même nom, 936 m ; Tai Mo Shan dans la péninsule, 958 m). Il tombe 2 150 mm de pluies en moyenne par an, mais le sous-sol est dépourvu de nappe phréatique. Faisant partie de la Chine méridionale et ouverte sur la mer homonyme, Hongkong doit une part de sa fortune à son rôle d'intermédiaire entre la Chine communiste et le monde industrialisé. À la Chine, dont elle a reçu des émigrés (ou réfugiés) et d'où elle importe des compléments alimentaires, elle sert de port de transit, à la fois importateur et réexportateur. Hongkong exporte 13 % des produits de haute technologie du monde en volume.
Norman Foster, banque de Shanghai et Hongkong, HongkongNorman Foster, banque de Shanghai et Hongkong, Hongkong
Ce rôle commercial est indissociable de l'essor d'une industrie de main-d'œuvre (à l'habillement, aux jouets se sont ajoutées l'horlogerie, l'électronique) stimulée par le poids accru de la place financière. 80 % de la production sont exportés, taux exceptionnel, expliqué naturellement par le volume et la nature d'une production sans rapport avec le marché local, montrant aussi une sensibilité excessive à la conjoncture extérieure, tant économique que politique. Le paysage urbain, admirable, cache mal les problèmes aigus du territoire : manque d'eau (dont une partie vient par pipeline d'un réservoir créé sur Lantau), manque de terrains à bâtir. Un tunnel routier et un métro relient l'île au continent. Sur l'île de Lantau, aéroport Chek Lap Kok (agence N. Forster, 1994-1998) et parc de loisirs Disneyland. La ville a accueilli les épreuves d’équitation des jeux Olympiques d'été en 2008.
HISTOIRE

L'île de Hongkong fut cédée en 1842 à la Grande-Bretagne qui acquit la presqu'île de Kowloon en 1860 et obtint en 1898 un bail de 99 ans sur les Nouveaux Territoires et sur 235 îles au large de Hongkong. Conformément à l'accord sino-britannique de 1984, le territoire a été rétrocédé à la République populaire de Chine le 1er juillet 1997.
1. La Loi fondamentale ou Basic Law

Le 1er juillet 1997 à 0 heure, Hongkong est rattachée à la République populaire de Chine en tant que « région administrative spéciale » (RAS). L'ancienne colonie britannique doit être régie pendant cinquante ans par la Basic Law (1990), texte qui tient lieu de mini-Constitution et qui confirme les accords sino-britanniques signés à Pékin en 1984.
Au nom du principe « Un pays, deux systèmes » formulé par Deng Xiaoping, il est convenu que le système économique et social libéral dont jouit Hongkong soit maintenu durant le régime transitoire prévu jusqu'en 2047 : port franc, respect de la propriété privée, autonomie de la politique monétaire (monnaie officielle : le dollar de Hongkong), liberté des transferts de capitaux. Riche et ouverte, Hongkong conserve ce qui reste refusé à l'écrasante majorité des Chinois : une presse libre, une justice indépendante et la promesse du suffrage universel, acceptée par Pékin avec la Loi fondamentale de 1990.
1.1. Un système institutionnel complexe

D'après la Loi fondamentale, le chef de l’exécutif est élu pour un mandat de 5 ans par un collège de grands électeurs (1200 depuis 2012), composé de représentants des circonscriptions corporatistes (représentant chacune un groupe économique social ou professionnel) et d’organisations religieuses, du Conseil législatif (ou Legco), mais aussi des représentants de Hongkong aux deux assemblées chinoises (l'ANP et la CCPPC [Conférence consultative politique du peuple chinois]). Pour être candidat, il faut, au préalable, réunir le soutien de 150 membres du collège. Celui-ci est ensuite invité à choisir parmi la liste ainsi établie.
Le Conseil législatif, quant à lui, est composé depuis 2012 de 70 députés élus pour quatre ans. Parmi ces derniers, 35 sont élus directement par les résidents hongkongais via cinq circonscriptions géographiques (l'Île de Hong Kong, Kowloon Est, Kowloon Ouest, Nouveaux Territoires Est, Nouveaux Territoires Ouest). 35 députés sont élus par les circonscriptions corporatistes, où dominent les pro-Pékin. L’adoption d’une loi proposée par un membre du Conseil doit obtenir la majorité simple dans chacun des deux groupes. Par ailleurs, tout amendement à la Loi fondamentale nécessite, entre autres, une majorité des deux tiers des représentants de la RAS.
Depuis le début des années 2000, l'introduction du suffrage universel direct constitue une demande récurrente des milieux pro-démocratiques. À l'origine de nombreuses manifestations, elle se révèle le principal enjeu des débats politiques.
2. Dans l'attente du suffrage universel direct

2.1. Le temps des désillusions

Cependant, les cinq années qui suivent la rétrocession sont marquées par un contrecoup tant politique qu'économique. Le climat politique s'assombrit rapidement et les atteintes aux libertés se multiplient, à l'incitation du gouvernement central ou des autorités locales, dirigées par Tung Chee-hwa, le chef de l'exécutif de la RAS. Celui-ci a fait notamment adopter un nouveau système de gouvernement renforçant indirectement l'emprise de la Chine sur Hongkong en affaiblissant le pouvoir de l'administration locale.
Au plan économique et social, le climat paraît également maussade, Hongkong étant très affectée par la crise financière asiatique de 1997, qui provoque l'effondrement du marché boursier puis l'éclatement de la bulle immobilière sur laquelle est adossée la prospérité du territoire. Hongkong subit en outre la concurrence du continent et singulièrement de Shanghaï : elle ne peut renforcer son rôle d'intermédiaire auprès des investisseurs étrangers du fait de la politique d'ouverture entreprise par Pékin, favorisée par son entrée dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Cette année-là, tandis que le PIB chinois progressait de 7 %, la croissance de Hongkong n'est que de 0,1 % et le chômage frappe 7,4 % de sa population.
Au printemps 2003, la région est en outre gravement atteinte par l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui cause près de 300 décès. Toutefois, reposant sur un système économique solide, Hongkong renoue dès mi-2003 avec une forte croissance qui bénéficie désormais du dynamisme de la Chine.
2.2. Lentes et timides avancées démocratiques

Sur le plan politique, même si les partis favorables à la démocratie, notamment le parti démocrate (DP) de Martin Lee, remportent régulièrement 60 % des voix aux élections législatives de 1998, 2000, 2004 et 2008, ce sont les partis pro-Pékin – notamment l'Alliance démocratique pour l'amélioration de Hongkong (DAB) – qui dominent le Parlement local (le Conseil législatif ou Legco), la moitié seulement de ses sièges étant pourvus au suffrage universel.
Le projet de loi sur « la subversion, la sécession et la trahison » est retiré après voir provoqué en juillet 2003 le plus large rassemblement d'opposition (500 000 personnes) depuis les événements de Tian'anmen en 1989.
En 2005, deux ans avant la fin de son second mandat, affaibli par une impopularité croissante et son incapacité à gérer la crise, Tung Chee-hwa annonce son départ de l'exécutif. C'est le candidat de la Chine, Donald Tsang, qui lui succède. Pour la première fois, même s'il n'a aucune chance d'être élu, un candidat pro-démocratie, Alan Leong, se présente face à Donald Tsang, réélu en mars 2007.
Tandis que le dixième anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine en 2007 est une nouvelle occasion pour l'opposition de manifester en faveur de l'élection du chef de l'exécutif au suffrage universel direct, le Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire fixe les premières élections totalement démocratiques pour le chef de l'exécutif à 2017, et pour le Conseil législatif à 2020. En 2010, ce dernier adopte un ensemble de « réformes démocratiques » : 10 nouveaux sièges sont ajoutés au Conseil législatif ; le nombre des grands électeurs est porté de 800 à 1 200 pour les élections de 2012.
À l'issue du scrutin du 25 mars 2012, la grande majorité de ces derniers, suivant les consignes de Pékin contraint d'abandonner son favori initial, Henry Tang, un tycoon empêtré dans un scandale, se reporte sur Leung Chun-ying, qui recueille plus de 57 % des suffrages. Surnommé « CY Leung » par les Hongkongais, Leung Chun-ying est membre de la CCPPC. Le 9 septembre 2012, s’il conserve son droit de veto sur les réformes constitutionnelles et vient en tête en nombre de voix, le camp pro-démocrate, divisé, recule aux élections législatives provoquant la démission du président du DP.
2.3. La mobilisation de la société civile

À partir de la fin septembre 2014, le territoire est le théâtre d’un mouvement en faveur de la démocratie sans précédent depuis 1997. Par cette campagne non violente de désobéissance civile déclenchée et dominée par les étudiants, les lycéens et des associations de défense des droits humains, les opposants exigent la levée de l’accréditation préalable par Pékin et les grands électeurs des candidats au poste de chef de l'exécutif, dans la perspective du scrutin au suffrage universel prévu en 2017.
Après plus de trois semaines de manifestations, des discussions s’engagent, mais le pouvoir reste sourd aux revendications parmi lesquelles la démission de Leung Chun-ying. Ayant perdu une part de la sympathie dans la population, ce mouvement « des parapluies » (déployés pour se protéger des gaz lacrymogènes) finit par s’éteindre faute d’unité et de direction politique et les dernières tentes dressées par les manifestants sont démontées au milieu du mois de décembre. Si ce mouvement, censuré en Chine continentale et que Pékin parvient à contrer par l’intermédiaire de ses relais dans l’île, est ainsi défait, il révèle l’existence d’une nouvelle opposition et d’importantes fractures au sein des élites locales.
CINÉMA

Hongkong a d'abord été le refuge des cinéastes chinois fuyant la répression, celle des années 1930, après l'invasion japonaise, comme celle des années 1950 et 1960, sous le régime maoïste. Un cinéaste comme King Hu (1931-1997), se fixe à Hongkong en 1949 et commence sa carrière comme acteur et scénariste pour les frères Shaw, qui viennent d'implanter leurs nouveaux studios à Kowloon (Sons of the Good Earth, 1964). Il se spécialise dans le film historique de style cape et épée à la chinoise comme A Touch of Zen (1972). Il réalise ensuite d'autres films marquants en Corée du Sud (Pluie dans la montagne, 1978) et à Taiwan (Mariage, 1981).
Les principaux genres développés à Hongkong sont, dans un premier temps, le mélodrame de style shanghaïen, la comédie et le film à suspense. Ils sont rapidement dépassés par les films d'arts martiaux, qui connaissent un extraordinaire succès, national puis international, et dans lesquels se spécialise toute une génération d'acteurs. Le plus connu d'entre eux reste Bruce Lee (mort en 1973), dont certains films ont fait le tour du monde (la Fureur du Dragon, 1972 ; le Jeu de la mort, 1978).
Il a été remplacé depuis par Chang Cheh, David Chiang, Michael Hui, et Liu Jia Liang, devenu « superstar ». Bruce Lee avait été engagé par Raymond Chow, patron de l'une des Majors du Sud-Est asiatique, la Golden Harvest. Ces compagnies de production-distribution ont des filières à Singapour, en Malaisie, à Taiwan et aux Philippines. Elles développent de manière intensive les films de kung-fu et produisent des comédies, souvent élaborées et brillantes, qui intègrent des ballets ou des opéras, comme chez King Hu ou Samo Hong (le Fils prodigue, 1981).
En marge de cette production – environ 130 films par an –, des réalisatrices ont signé des œuvres beaucoup plus personnelles : ainsi Shu Shuen (l'Arche, 1968) et Ann Hui (le Secret, 1979 ; Boat people/Passeport pour l'enfer, 1982).

 

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COLONISATION

 

colonisation


Cet article fait partie du dossier consacré aux grandes découvertes.
HISTOIRE

Introduction

L'histoire de la Méditerranée ancienne fait apparaître l'existence de fondations dues aux Crétois, aux Phéniciens ou aux Grecs et répondant, plus ou moins, à la définition suivante qu'on peut donner de la colonisation : constitution, à une assez grande distance d'une métropole, d'un établissement permanent, échappant à l'autorité des populations indigènes et demeurant dans la dépendance de la métropole d'origine ; à bien des égards, l'histoire de Rome est celle d'une remarquable expansion coloniale. Il existe aussi une colonisation médiévale, que certains font commencer aux croisades (phénomène particulier en réalité) et qui s'épanouit aux xive et xve s. avec les comptoirs et les possessions vénitiennes et génoises (→ Gênes et Venise).
Ce sont les « grandes découvertes », cependant, qui ouvrent la véritable époque coloniale. Celle-ci échappe au cadre étroit de la Méditerranée pour intéresser les océans. Elle utilise à une grande échelle des systèmes jusque-là d'application limitée et fait peser la domination du colonisateur sur de vastes territoires et parfois des peuples entiers. Le phénomène, ayant pris une dimension gigantesque, détermine d'âpres polémiques, au cours desquelles s'élaborent pour la première fois des doctrines favorables ou défavorables, qualifiées beaucoup plus tard de colonialistes ou d'anticolonialistes. À partir de la fin du xve s., la colonisation devient un fait majeur de l'histoire mondiale.
L'évolution du phénomène colonial

Introduction

Il s'agit d'évoquer l'expansion coloniale en rapport avec les systèmes qui y ont présidé et les doctrines qui l'ont justifiée ou combattue.
Vue dans ses lignes de force les plus générales, l'expansion coloniale se caractérise par deux grandes phases d'une activité agressive séparées par une période de crise se situant à la fin du xviiie et au début du xixe s. La première de ces phases correspond à la colonisation des temps modernes, et la seconde à l'impérialisme de l'époque contemporaine.
La colonisation des temps modernes

Les premiers empires : Portugal et Espagne

Cortés ordonne que l'on détruise et brûle les idolesBaptême des Indiens par les dominicains
Aux origines de cet ébranlement qui, pendant près de cinq siècles, va faire de la petite Europe le levain du monde, il y a diverses causes : économiques, avec le besoin de trouver l'or et l'argent indispensables à l'économie monétaire, et le désir de se procurer les produits de l'Orient (dont les épices), devenus rares et chers depuis l'installation des Turcs en Méditerranée orientale ; démographiques, avec une population à forte croissance, notamment dans la péninsule ibérique ; sociales, avec une bourgeoisie – portugaise d'abord – recherchant les profits commerciaux et une aristocratie disponible lorsque s'achèvent les guerres de la Reconquista ; religieuses, avec le souci d'évangélisation ; intellectuelles, avec la révolution technique du xve s., et plus particulièrement en matière de navigation.

Vasco de Gama
Les Portugais ont mis au point la caravelle, bateau léger, rapide, solide, qui leur permet de reconnaître les côtes de l'Afrique. Après s'être emparés de Ceuta en 1415, ils créent des comptoirs le long des côtes marocaines. Plus au sud, le continent est encore mal connu, mais l'exploration systématique des côtes permet d'atteindre le cap Vert en 1444, puis l'embouchure du Congo, et le cap de Bonne-Espérance en 1487 avant de gagner l'Inde (Vasco de Gama en 1498), puis les îles de la Sonde (Sumatra au début du xvie s.) ; le contournement du cap de Bonne-Espérance et la découverte de la côte sud-orientale de l'Afrique, entre Sofala et Muqdisho, permettent aux Portugais, en dix ans, de jalonner de points d'appui une route méridionale et orientale des épices. Devant l'attrait des richesses asiatiques, les Portugais oublient l'Afrique. De plus, le continent, « terre de l'or » selon la légende, n'en livre pas plus d'une tonne à une tonne et demie par an, au moment même où l'Amérique offre aux Espagnols les métaux précieux de l'« Eldorado ». Les Portugais vont donc se placer en position de force sur le très profitable marché des épices asiatiques, jusqu'alors monopole des commerçants italiens, qui devaient, pour se les procurer, passer par l'intermédiaire des Ottomans. Ils offriront les épices à un prix inférieur, tout en réalisant de gros bénéfices.

Christophe Colomb
Les Espagnols s'élancent vers l'ouest et, en découvrant l'Amérique (Colomb, 1492), jettent les bases de leur empire, qui, en dehors du nouveau continent, ne comprendra guère que les Philippines. L'Atlantique devenant une source de compétition, Jean II de Portugal et Ferdinand V le Catholique décident de se partager le monde et, au traité de Tordesillas (1494), la ligne de partage est établie à 370 lieues au-delà des Açores, laissant ainsi au Portugal la protubérance nord-est de l'Amérique du Sud, origine du futur Brésil. Le pape ayant accordé sa caution, les autres souverains s'inclinent jusqu'au jour où François Ier non seulement rejettera ce partage, mais déclarera que le fait de traverser un territoire ou de le « découvrir de l'œil » ne suffit pas pour en prendre possession, formulant ainsi, dès 1540, la doctrine de l'occupation effective, qui sera le fondement de la colonisation moderne.
Entre-temps se sont constitués deux empires de caractères différents.
Pour les Portugais, le Brésil mis à part, c'est une suite de comptoirs le long des côtes de l'Afrique et dans l'océan Indien : Arguin (dans l'actuel Sénégal) d'abord, São Jorge da Mina (aujourd'hui Elmina, au Ghana) et São Tomé deviendront les plaques tournantes du trafic négrier. Dans le bassin occidental de l'océan Indien, en dehors des points d'appui de la côte orientale d'Afrique, à la merci d'un retour offensif des musulmans, des bases gardent l'entrée du détroit d'Ormuz, clé du golfe Persique ; mais les comptoirs importants sont en Inde, autour de Goa. Le but n'est pas d'occuper des régions, mais de drainer vers Lisbonne, en vue de les revendre, les épices tant convoitées qu'une politique de la « mer fermée » doit rendre inaccessibles à toutes les autres marines. En réalité, construction fragile, qui succombera bientôt sous les coups des Hollandais, des Anglais et des Français.
Les Espagnols, au contraire, après l'épopée des conquistadores, dominent un vaste ensemble territorial continu dirigé de Madrid par le Conseil des Indes avec, en Amérique (on dit « les Indes »), deux vice-rois, l'un en Nouvelle-Espagne (Mexique) et l'autre au Pérou, disposant d'une importante administration. L'économie repose d'abord sur l'exploitation des mines d'or et d'argent (le Potosí), puis sur certaines cultures tropicales (canne à sucre, cacao, indigo) et le grand élevage. La main-d'œuvre indienne ne pouvant suffire malgré la pratique de l'encomienda, qui remet des centaines d'individus à un seul encomiendero (« seigneur de la terre »), on fera appel à la traite des Noirs, source d'appauvrissement pour l'Afrique et de bouleversement démographique pour le Nouveau Monde.
Ce système de l'encomienda est au centre du grand débat mettant en cause le droit de colonisation et au cours duquel s'affrontent d'illustres théologiens, notamment Juan Ginés de Sepúlveda (vers 1490-1573) et Bartolomé de Las Casas (1474-1566) [en particulier lors des discussions de Valladolid en 1550 et 1551], le premier tendant à prouver la justice des guerres contre les Indiens, tandis que le second dénonce les horreurs dont ils sont victimes et demande la suppression de l'encomienda. Il en résultera (ordonnance générale de juillet 1573) une législation plus favorable aux indigènes : il a fallu soixante années de lutte pour faire reconnaître à l'Indien sa qualité d'homme.


Les concurrents : Pays-Bas, Angleterre, France


Dès le début du xvie s., trois autres puissances maritimes vont prétendre au trafic océanique, puis à la possession de territoires outre-mer.
Les Hollandais, d'abord, commencent par la pratique du grand cabotage et deviennent « les rouliers et les facteurs de l'Europe » ; puis ils s'installent à leur tour en Amérique du Nord, aux Antilles, en Guyane, au Brésil, mais aussi en Afrique et en Asie, s'attaquent aux comptoirs portugais, prenant figure, à leur tour, de gros trafiquants en épices, pour se lancer plus tard, au xviiie s. seulement, dans les cultures tropicales, qui vont faire la richesse des Indes néerlandaises.
Avant même la destruction de l'Invincible Armada (1588), les Anglais s'étaient rués sur les trésors du Nouveau Monde, tandis que des milliers d'émigrants allaient s'installer outre-Atlantique, donnant naissance aux colonies d'Amérique du Nord. Ils créent eux aussi des points d'appui et des comptoirs ; par la contrebande, ils privent les Espagnols et les Portugais d'une part des bénéfices.

La période colonialeLa période coloniale
Les Français suivent l'exemple : ils s'installent au Sénégal, dans les Caraïbes, dans le Pacifique, à Madagascar (Fort-Dauphin, aujourd'hui Taolagnaro) et dans des îles productrices de canne à sucre de l'océan Indien (la Réunion, île Maurice). En Amérique du Nord, comme dans les Indes orientales, les Français, qui, depuis Richelieu et Colbert, avaient une politique coloniale, se dressaient devant l'expansion anglaise, mais le traité de Paris de 1763 réglera le conflit au profit de l'Angleterre.
Pour être rivaux, Hollandais, Anglais et Français n'en pratiquent pas moins le même système de colonisation : les grandes compagnies, dont la Hollande a fourni le modèle. Tandis qu'à Lisbonne et à Madrid le commerce a été monopolisé par l'État, on crée à Amsterdam, à Londres et à Paris des compagnies à charte qui obtiennent le monopole du commerce avec un véritable droit de souveraineté pour une région déterminée (sous un contrôle plus ou moins étroit), à charge pour elles d'alimenter le pays en produits exotiques, d'assurer les liaisons maritimes et parfois d'évangéliser et de peupler. Ce sont les Indes orientales qui verront les compagnies les plus importantes, mais on en trouvera aussi desservant les Indes occidentales (Amérique) et l'Afrique.
L'époque des grandes compagnies correspond à l'âge d'or du « mercantilisme », doctrine selon laquelle la richesse et la puissance d'un pays dépendent de la quantité de numéraire dont il dispose. D'où la nécessité de réduire les importations et d'augmenter les exportations avec, en matière coloniale, l'instauration d'un monopole absolu, désigné sous le nom d'exclusif ou, improprement, de pacte colonial. On ne reconnaît pas aux colonies des intérêts qui leur soient propres. Pour Choiseul, « les colonies ne sont que des établissements de commerce : des nègres et des vivres pour les nègres, voilà toute l'économie coloniale ». Selon l'Encyclopédie, « les colonies sont faites par la métropole et pour la métropole ».
Une colonisation continentale : la colonisation russe
En marge des grandes rivalités maritimes se développe une expansion de type exceptionnel, à propos de laquelle on a pu parler de « colonisation par contiguïté ». La prise de Kazan (1552) marque le début de la marche des Slaves vers l'est ; trente ans plus tard, la Sibérie occidentale est terre russe, et, vers 1645, sur les bords du Pacifique, des détachements de Cosaques fondent Okhotsk. Moins d'un siècle plus tard, en 1741, les Russes prennent possession de l'Alaska, qu'ils vendront aux États-Unis en 1867.
Ainsi, dès la fin du xviiie s., l'Européen tend à être omniprésent à la surface de la Terre, et la création des empires coloniaux semble la marque de sa toute-puissance. Survient alors une longue crise qui paraît mettre en péril cette emprise des métropoles du monde occidental.


La première grande crise des empires coloniaux

Ses origines
Les conditions économiques ont changé. Aucune métropole n'a réussi à respecter le « pacte colonial » en fournissant à ses colonies la totalité des produits nécessaires à leur subsistance et en absorbant toute la production coloniale. Il faut donc abandonner le principe de l'exclusif, et cela a lieu d'abord dans les Antilles, où, successivement, la France (1759), l'Angleterre (1762) et l'Espagne (1765) relâchent les liens de leur contrôle : en France, on parlera d'« exclusif mitigé ». De plus, l'Angleterre, transformée par la révolution industrielle, recherche d'autres débouchés que ceux qui sont offerts par ses seules colonies.
Au point de vue social, l'implantation européenne a fait naître des forces nouvelles distinctes de celles des pays dont elles sont issues. Habitués à un régime de quasi-autonomie, les colons anglais d'Amérique tiennent essentiellement au respect de leurs libertés. En Amérique latine, les créoles prétendent disputer aux Espagnols les nombreuses places que ceux-ci se réservent, et A. von Humboldt rapporte que, dès la fin du xviiie s., il est courant d'entendre dire : « Yo no soy español ; soy americano », paroles qui traduisent une prise de conscience nationale.
Le mouvement des idées va dans le même sens. En Angleterre comme en France, le libéralisme s'accompagne d'une critique virulente de la colonisation. À côté du thème du bon sauvage et des horreurs commises par les Européens (abbé Raynal), on invoque les dangers du dépeuplement (Montesquieu, Voltaire), les bienfaits de la liberté commerciale (Adam Smith, Jeremy Bentham), la précarité des conquêtes coloniales (Turgot). Les « anticolonistes » deviennent une force, appuyés par les mouvements humanitaires d'Angleterre, qui combattent la traite et l'esclavage, et par les héritiers de la Révolution française, qui se rappellent la déclaration fameuse de Robespierre : « Périssent les colonies, si vous les conservez à ce prix » (l'esclavage).


Ses caractères et ses limites
Le caractère le plus apparent de la crise est l'amenuisement des empires coloniaux. Certaines pertes, survenues au cours des guerres au détriment de la France, de l'Espagne ou de la Hollande et au profit de l'Angleterre, ne sont pas significatives dans l'optique de la crise envisagée. Mais deux le sont éminemment.
C'est d'abord l'émancipation des treize colonies anglaises d'Amérique (1774-1783), qui marque la naissance des États-Unis. C'est ensuite le soulèvement des colonies espagnoles (1810-1824), qui aboutit à l'éclatement des anciennes possessions de Madrid en huit républiques (quinze par la suite), tandis que, par des voies différentes, le Brésil s'érige en empire indépendant (1822). En 1823, le président des États-Unis James Monroe (1758-1831) condamne tout nouvel essai de colonisation en Amérique. Politiquement, la face du monde occidental a changé.
L'évolution est moins perceptible dans le domaine économique, où le fait essentiel sera la disparition des grandes compagnies en France et en Hollande, tandis qu'en Angleterre la Compagnie des Indes orientales se maintiendra jusqu'en 1858.
Cependant, cette grande crise ne peut guère être comparée à celle qui emportera la colonisation un siècle et demi plus tard. Outre qu'il ne s'agit pas d'une crise générale, il faut remarquer que les grands voyages en Océanie livrent à l'expansion coloniale de nouveaux espaces (Australie, Nouvelle-Zélande, îles du Pacifique) et que l'Afrique commence à s'entrouvrir (René Caillié à Tombouctou en 1828) : le temps du monde fini n'est pas arrivé. De plus, les populations autochtones n'ont guère été concernées par les problèmes d'émancipation : ce sont des colons qui se sont soulevés contre leur métropole sans condamner le fait colonial dont ils sont les produits et sans penser à modifier leur comportement à l'égard des indigènes lorsqu'il en reste.


L'impérialisme de l'époque contemporaine

La période de transition
La crise des empires coloniaux engendre le doute dans l'avenir de l'expansion coloniale ; d'où hostilité et hésitations au cours d'une période de transition qui s'étend jusque vers 1870-1873 et qui précède les manifestations de l'impérialisme militant.
En Angleterre, les mouvements humanitaires, qui ont fait supprimer la traite dès 1807, obtiennent l'abolition de l'esclavage en 1833. Les doctrinaires de l'école de Manchester, avec Richard Cobden, répandent l'idée que les colonies sont une charge et qu'il faut admettre leur émancipation (ils ne songent, il est vrai, qu'aux colonies « blanches » et non aux peuples de couleur), ce qui acheminera les esprits vers la création du premier dominion, au Canada, en 1867. En France, on trouve aussi des défenseurs des positions humanitaires, comme Tocqueville ou Victor Schoelcher (ce dernier obtiendra l'abolition de l'esclavage en 1848), et des adversaires de la colonisation, comme A. Desjobert, qui combattent les « algéristes », mais leur audience est moins étendue.
Malgré ce fort courant hostile à la colonisation, celle-ci s'est poursuivie, et on a pu parler de « colonisation anticolonialiste » (H. Brunschwig). Cela s'explique, dans tous les cas, par l'impossibilité d'abandonner l'action entreprise : « Nous sommes coincés dans le chêne que nous avons fendu » (G. Smith). S'ajoutent : pour l'Angleterre, les nécessités démographiques, les initiatives commerciales, l'action des philanthropes et des missionnaires ; pour la France, outre les préoccupations religieuses et la détermination de quelques marins et militaires, le souci politique de ne pas s'effacer (la grandeur nationale) et la croyance à la supériorité de notre civilisation (le thème de la « mission civilisatrice »).
Le résultat sera que l'Angleterre entreprendra la colonisation de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, fera pénétrer son influence dans les territoires intérieurs de l'Afrique du Sud, implantera ses missionnaires et ses commerçants en Afrique occidentale, défendra énergiquement l'Inde contre la révolte des cipayes (1857). Par les accords de 1815, elle a déjà obtenu le cap de Bonne-Espérance, l'île de Malte – base précieuse, surtout après l'ouverture du canal de Suez (1869) –, l'île Maurice, les Seychelles, points de surveillance sur la route des Indes, et elle s’est installée à Singapour en 1819, à Hongkong en 1842, en Birmanie en 1852, affirmant ainsi sa volonté de contrôler la plus grande partie des marchés asiatiques. Elle se contente d'une occupation des côtes et des comptoirs, négociant avec les chefs de l'intérieur des traités de protectorat, parfois éphémères. De son côté, la France achèvera la conquête de l'Algérie, poussant son action vers le Sahara, s'établira solidement en Afrique noire (Faidherbe au Sénégal), obtiendra des bases dans l'océan Indien, et surtout en Océanie, occupera par la force la Cochinchine (1867). L'heure de l'impérialisme agressif allait sonner.


L'expansion impérialiste
« Un mouvement irrésistible… »
Colonisation, afficheColonisation, affiche
Les thèmes de l'impérialisme militant ont été longuement développés par des écrivains comme Charles Dilke (1843-1911), John Seeley (1834-1895), Paul Leroy-Beaulieu (1843-1916), Jules Harmand (1845-1921), par les publicistes au service des associations préconisant l'expansion (Royal Colonial Institute, Primrose League, Comité de l'Afrique française, Kolonialverein…) et par les hommes d'État qui dirigèrent le mouvement, tels Disraeli, Joseph Chamberlain, Jules Ferry, Eugène Étienne (1844-1921), Crispi, Léopold II, Théodore Roosevelt. Il s'agit de « civiliser les races inférieures » (J. Ferry) en assumant le « fardeau de l'homme blanc » (R. Kipling), mais aussi d'éviter toute politique de « recueillement » qui serait le chemin de la décadence, de se ménager des points d'appui pour la flotte, de trouver des débouchés et des fournisseurs de matières premières, de placer des capitaux ou de favoriser l'émigration. Jules Ferry a clairement énoncé les nouvelles règles du jeu : « Un mouvement irrésistible emporte les grandes nations européennes à la conquête de terres nouvelles. C'est comme un immense steeple-chase sur la route de l'inconnu. De 1815 à 1850, l'Europe était casanière et ne sortait guère de chez elle. C'était l'époque des annexions modestes et à petits coups, des conquêtes bourgeoises et parcimonieuses. Aujourd'hui ce sont des continents que l'on annexe. La politique coloniale est une manifestation internationale des lois éternelles de la concurrence. »


Diversité des modes d’exploitation
Les méthodes les plus diverses seront employées. Les grandes compagnies réapparaissent sous des formes diverses : sociétés d'exploitation du Congo français, compagnies à charte britanniques (comme la Royal Niger Company ou la British South Africa Chartered), sociétés du Cameroun et du Sud-Ouest africain allemands, l'Association internationale du Congo. La pratique de l'Indirect Rule par les Britanniques implique le concours des chefs indigènes, mais toutes les puissances coloniales rivalisent dans la signature de traités de protectorat, en Afrique noire surtout. Souvent, cependant, dans les colonies françaises en particulier, l'administration directe l'emporte avec un contrôle étroit de l'État, qu'il s'agisse de la politique dite « d'assimilation » (de caractère essentiellement administratif) ou « d'association ». Dans certains cas, néanmoins, l'impérialisme ne s'accompagne pas d'une prise de possession, mais d'une domination indirecte (Chine, Iran, Amérique du Sud).


La conférence de Berlin : le partage
Entre 1850 et 1870, l'Afrique centrale et méridionale est parcourue, d'un océan à l'autre, par de nombreuses expéditions. Le fleuve Congo retient particulièrement l'attention. De 1874 à 1877, Stanley en identifie le cours pour le compte du roi des Belges, Léopold II ; il va poursuivre son exploration dans le bassin du fleuve jusqu'en 1890. La France, de son côté, envoie Savorgnan de Brazza, entre 1875 et 1880, reconnaître les cours de l'Ogooué et du bas Congo. En Afrique comme en Asie, la tension internationale devient si forte que Bismarck, tard venu dans la course aux colonies, convoque à Berlin, en 1884-1885, une conférence internationale chargée de définir les principes juridiques de la colonisation nouvelle.
Berlin donne une existence légale à l'État indépendant du Congo, propriété privée du roi des Belges; la conférence établit aussi le principe de la libre circulation des personnes et des biens sur les grands fleuves d'Afrique : cette clause ne sera jamais respectée. Mais, décision la plus lourde de conséquences, aucun pays ne peut désormais revendiquer la possession d'un territoire en se contentant d'en occuper la côte : il va falloir conquérir les pays convoités. Les guerres coloniales et le partage de l'Asie et de l'Afrique vont résulter, pendant les trente années qui suivent, de l'application de cette décision. Les heurts entre pays européens sont violents ; ils les opposent loin de l'Europe, qui connaît, de ce fait, une paix relative. Les principaux adversaires, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, s'affrontent sur tous les terrains; l'Allemagne, l'Italie, le Portugal jouent aussi leur rôle. La conclusion d'accords de partage permet la réconciliation des adversaires: Britanniques et Français se rapprochent en 1904, Russes et Britanniques en 1907 ; la voie est ouverte pour la Triple-Entente, qui va opposer ces trois pays au bloc des empires centraux (Autriche, Allemagne, Hongrie, Italie).


Résistances africaines et asiatiques
L'Asie et l'Afrique ont été pendant ces trente années théoriquement partagées et des frontières séparent les domaines coloniaux : si on peut représenter l'étendue des empires dans les atlas, l'essentiel reste à faire pour contrôler réellement les terres conquises. En fait, les Asiatiques et les Africains résistent à ce partage. Leurs révoltes sont parfois violentes mais de courte durée et désespérées, à cause de l'inégalité d'armement : c'est le cas pour les Ashantis, en 1900 ; pour les Boxers, en Chine, en 1899-1900 ; pour les Maji-Maji contre la dureté de l'occupation allemande au Tanganyika, de 1905 à 1907. Ces révoltes, encore mal étudiées, démentent l'idée que des peuples passifs ont subi la colonisation dans des continents voués à la dépendance. Les résistances sont parfois difficiles à vaincre : celles de Samori en Afrique occidentale (1884-1898) ; de Madagascar (1898-1904) ; des Pavillons-Noirs en Indochine (1873-1913) ; des Senousis, confrérie islamique de Libye en lutte contre l'Italie (1912-1931).
Dans les pays musulmans un élément nouveau apparaît avec la renaissance de l'islam, si visible déjà en Afrique occidentale au xviiie s., comme pôle de résistance à l'Europe: au Soudan – où un mahdi crée un véritable État islamique qui résiste aux assauts de 1881 à 1898 ; en Tunisie ; dans les Indes néerlandaises, où une guerre sainte est conduite de 1881 à 1908 ; bien plus encore en Afrique occidentale et au cœur de l'Asie, où des révoltes se produisent simultanément en 1916. Tous ces événements, auxquels on a prêté peu d'attention, marquent des jalons de cette renaissance. De même, l'hindouisme et le confucianisme constituent en Asie des remparts anti-occidentaux. Parfois les résistances se veulent modernes, empruntant les modèles politiques et militaires aux Européens. C'est le cas de Samori – mais il a échoué – ou de l'Indian National Congress, né dès 1885. Ces mouvements « modernes » jettent les bases des nationalismes qui vont remettre en cause la présence européenne, surtout après 1945.


1914 : le monde colonisé par l’Europe
En 1914, la grande expansion territoriale est pratiquement achevée. Elle a affecté très différemment les continents. L'Amérique du Nord est tout à fait indépendante (les États-Unis), ou largement autonome (le Canada). L'Amérique centrale et du Sud, les Caraïbes ont été profondément marquées par les contrecoups des révolutions et des guerres en Europe. Indépendante dès 1804, Haïti préfigure la situation, faite d'indépendance formelle, de dépendance économique et de profonde inégalité sociale, que connaît aussi tout le sud du continent à partir du Mexique. Séparé du Portugal dès 1822, le Brésil est devenu pour longtemps une véritable colonie économique de la Grande-Bretagne. Sur le continent ne subsistent comme colonies réelles que les Guyanes.
Dans la zone caraïbe, la situation est beaucoup plus complexe : des restes d'empires y appartiennent encore à la France, à la Grande-Bretagne, au Danemark, aux Pays-Bas ; certains ont subsisté jusqu'à nos jours sous des statuts nouveaux. L'influence américaine y est de plus en plus forte. À l'occasion des conflits entre l'Espagne et certaines parties de l'ancien Empire espagnol, les États-Unis ont pris Porto Rico, puis imposé une totale dépendance économique à Cuba (1903), libérée de sa métropole en 1898 par la guerre. Les Américains ont même provoqué la sécession du Panamá, qui se sépare en 1903 de la Colombie, et prend ainsi le contrôle de toute la zone du canal. Dans toute la région de protection de leur façade méridionale, les Américains imposent avec des arguments toujours renouvelés, tirés de la doctrine de Monroe (1823), leur droit permanent d'intervention.
La zone Pacifique, parsemée d'îles, a été partagée sans beaucoup de peine. Les États-Unis, qui voient déjà dans la Chine leur « nouvelle frontière » occidentale, se sont assuré des positions ; après l'achat de l'Alaska à la Russie en 1867, ils annexent l'archipel des Midway la même année, celui d'Hawaii et l'île de Wake en 1898. Dans la guerre de libération qui opposait les Philippins aux Espagnols, les États-Unis imposent leur arbitrage et occupent l'archipel en 1898 ; cette annexion, interrompue de 1941 à 1945, cesse officiellement en 1946.
L’Asie, du moins dans sa partie septentrionale, est moins touchée. La massive Chine ne cède des concessions aux Européens que sur les seules côtes méridionales: en 1557, Macao est aux mains des Portugais, et Hongkong est cédée en 1842, par contrat, au profit des Britanniques. Le Japon, au prix de quelques concessions économiques et d'une modernisation très rapide de ses infrastructures, fait mieux que résister ; il commence une expansion sur le continent : il impose le partage de la Mandchourie aux Russes après les avoir vaincus à la bataille navale de Tsushima en 1905. En revanche, le sud du continent n'échappe pas au partage. La Grande-Bretagne, la France – qui garde quelques comptoirs en Inde, et qui occupe la péninsule indochinoise – en sont les principaux acteurs ; les Néerlandais conservent un empire indonésien où le système d'exploitation des plantations est particulièrement dur. L'océan Indien est lui aussi partagé : points d'appui, les îles à sucre reviennent principalement aux Britanniques et aux Français.
L’Afrique est la principale victime du partage colonial ; n'y ont échappé que le Liberia, sorte de protectorat américain, et le vieil empire d'Éthiopie. Le continent n'est plus, comme un siècle plus tôt, fournisseur d'esclaves. Si la traite est partout en voie d'extinction, l'emploi local de la main-d'œuvre est souvent brutal (la construction du chemin de fer Congo-Océan, demeurée tristement célèbre, a fait de nombreuses victimes). Plus rentable, ce système devait permettre d'obtenir un bon rendement des colonies africaines. Cependant, l'occupation effective du continent est loin d'être achevée en 1914 ; les réactions violentes ne vont cesser, pour un temps, qu'après 1920.
Si l'on s'en tient aux seules taches de couleur sur une mappemonde, l'Europe de 1914 domine le monde. Le soleil ne se couche pas sur l'Empire britannique. L'Empire français est moins vaste, surtout en Afrique ; il est fait de colonies, de terres dans l'océan Indien, dans la mer des Caraïbes, de protectorats comme le Maroc ou la Tunisie, de points d'appui comme Djibouti ou les Comores, et d'une terre dont on va penser longtemps qu'elle est devenue partie du territoire national parce que beaucoup de Français s'y sont installés : l'Algérie. La Belgique doit à un don de son roi (1908) de posséder une part importante et riche de l'Afrique centrale, très difficile à encadrer. L'Allemagne, tard venue dans la course, doit se contenter de terres au Togo, au Cameroun, dans le Sud-Ouest africain, en Afrique orientale, en Nouvelle-Guinée et dans le Pacifique. Après de nombreuses tentatives sans suite, l'Italie n'impose son autorité qu'en Libye, en Érythrée et dans le nord de la Somalie.
L'apogée entre les deux guerres mondiales

Leur victoire de 1918 semble, dans un premier temps, consolider encore les positions de la France et de la Grande-Bretagne, très affaiblies cependant en hommes et en richesses. Au Proche-Orient, d'où les Turcs sont évincés, la France reçoit mandat de la Société des Nations (S.D.N.) sur la Syrie et le Liban, la Grande-Bretagne sur l'Iraq, la Palestine – où très vite va commencer une agitation sioniste qui durera jusqu'à la création de l'État d'Israël (1948) – la Transjordanie ; les côtes méridionales de l'Arabie sont étroitement surveillées, en particulier par la Grande-Bretagne. À l'issue de la guerre, l'Allemagne est dépossédée de ses colonies ; la S.D.N. en remet la gestion, sous mandat, aux pays victorieux. La France reçoit le Togo et le Cameroun oriental ; la Grande-Bretagne, le Cameroun occidental, le Sud-Ouest et le Sud-Est africains allemands ; la Belgique, les territoires du Ruanda-Urundi, qui deviennent une véritable sous-colonie du Congo belge ; les Australiens, les Néo-Zélandais et les Japonais se partagent les terres allemandes du Pacifique.
À vrai dire, entre 1920 et 1930, « le problème colonial […] semble se conclure en apothéose » (J. Tramond) : tous les empires paraissent des constructions solides, bien que d'importance et d'ancienneté très différentes.
Parmi ceux dont l'origine remonte à l'époque moderne, certains ne comprennent que des vestiges et d'autres forment d'immenses ensembles. Le Portugal et l'Espagne sont dans le premier cas. Le Portugal ne possède plus que quelques épaves en Asie (Diu et Goa, la moitié de Timor, Macao) et un domaine africain encore notable avec les îles du Cap-Vert, la Guinée et surtout l'Angola et le Mozambique ; de son ancienne splendeur, l'Espagne conserve le Rio de Oro, les îles de Fernando Poo et d'Annobón, la Guinée, auxquels elle a ajouté le protectorat du nord du Maroc. On mettra à part le Danemark, qui, outre les îles Féroé, dispose, depuis le début du xviiie s., des immensités du Groenland et maintient des liens avec l'Islande.
Trois empires d'origine ancienne en imposent par leur étendue et leur population.
Avec les Indes néerlandaises, qui couvrent 1 900 000 km2 et comptent près de 60 millions d'habitants, les Pays-Bas (qui possèdent aussi la Guyane hollandaise et quelques petites Antilles) sont la troisième puissance coloniale du monde. Le second rang appartient à l'Empire français (12,5 millions de kilomètres carrés et 65 millions d'habitants), dont les cinq sixièmes de la superficie sont en Afrique, mais les deux cinquièmes de la population en Indochine. Quant à l'Empire britannique, partout présent à la surface de la Terre, il vient largement en tête avec 35 millions de kilomètres carrés et plus de 400 millions d'habitants.
Les empires de formation récente sont très disparates. Ainsi de la Belgique avec le Congo et le Ruanda-Urundi (2 500 000 km2 et plus de 15 millions d'habitants). L’Italie, dépassant les limites de son empire médiocre, brave, en 1935, l’interdit de la S.D.N., et s’empare de l'Éthiopie. Le Japon, réveillé par l'impérialisme occidental et devenu à son tour impérialiste, dispose d'un empire insulaire (la moitié de Sakhaline, les Kouriles, Ryu kyu, Formose [Taïwan], une partie de la Micronésie) et continental (Corée, Mandchourie) ; ses ambitions se portent maintenant sur la Chine elle-même. Compte tenu de leur énorme puissance, les États-Unis possèdent un nombre limité de territoires coloniaux mais la plupart des États de l'Amérique latine sont pour eux des semi-colonies.


Ayant accompli une œuvre considérable, que montre en partie l'Exposition coloniale de Vincennes en 1931, les puissances impériales ont bonne conscience et, malgré quelques craquements sous forme d'agitations nationalistes (par exemple en Égypte, en Inde ou en Indochine française), elles ne doutent pas de la pérennité des édifices qu'elles ont élevés. Un excellent spécialiste français des questions d'outre-mer écrit, en 1937, qu'« il ne ressort nullement des faits acquis que la colonisation contemporaine, dans les possessions où domine le peuplement indigène, sente le sol se dérober sous ses pas » (Georges Hardy). Pendant la guerre, W. Churchill refuse d'envisager une éventuelle liquidation de l'Empire britannique, et, en 1944, la conférence de Brazzaville proclamera que « la constitution éventuelle, même lointaine, de self-governments dans les colonies est à écarter ». Ainsi, les contemporains n'avaient pas apprécié à sa juste importance la révolution coloniale, qui, en bouleversant toutes les structures, rendait inévitables des transformations fondamentales.
La révolution coloniale

Introduction
En réalité, la révolution coloniale est double, car, si l'Europe a bouleversé les sociétés colonisées, elle-même a subi le contrecoup de son action colonisatrice ; ici, il ne s'agira que du premier phénomène, d'ailleurs le plus important.


Les facteurs de la transformation
Le facteur initial, c'est évidemment l'Européen en tant qu'homme, agent économique. Du début du xvie à la fin du xviiie s., 4 à 5 millions d'individus sont allés s'établir en Amérique et ont suffi pour y ébranler et parfois y détruire les fondements de la vie indigène. Le mouvement d'émigration s'amplifie par la suite, et on estime que, de 1800 à 1930, environ 40 millions d'Européens ont quitté le vieux continent pour se déverser sur le monde entier, les Britanniques intervenant à eux seuls pour plus de 17 millions de personnes. C'est peu à l'échelle de la population du globe (1 600 millions d'habitants en 1900), mais il s'agit d'un levain puissant susceptible d'engendrer une fermentation révolutionnaire.
Outre son dynamisme, l'Européen dispose d'un levier efficace qui lui est propre : le capitalisme. L'argent sera le moteur de la transformation, même quand les Blancs seront peu nombreux. Une statistique anglaise fait apparaître qu'au 1er janvier 1916, sur un total de 3 836 104 000 livres de capitaux britanniques placés hors de Grande-Bretagne, 1 935 740 000, soit la moitié, l'étaient dans les colonies, dont 570 millions au Canada, 443 en Australasie, 390 dans l'Inde, 455 en Afrique. À cause de la méfiance de ses capitalistes, la part de la France est beaucoup plus modeste : 4 milliards de francs-or en 1914 sur les 41 placés hors de France. À son empire, longtemps déficitaire, le gouvernement allemand accorde d'importantes subventions : 114 millions de Marks pour la seule année 1906 (le Mark vaut alors 1,25 FF et la livre sterling 25 FF). À cela s'ajoutent les investissements d'origine locale, qui feront qu'en Algérie, par exemple, les spoliations subies par les Français seront estimées, en valeur, à la moitié des biens publics laissés par la France.
Mais, pour agir, l'Européen ne dispose pas seulement de la force matérielle, il a aussi la force spirituelle, le Dieu des chrétiens introduit par les missionnaires catholiques ou protestants. En supplantant les anciennes religions, le christianisme va imposer de nouveaux modes de pensée, tout en devenant une source de contestation au nom de la fraternité prêchée par ses prêtres, considérant comme égaux tous les fidèles, hommes blancs et hommes de couleur.


Le bouleversement du monde indigène
La révolution la plus profonde, celle qui, en grande partie, conditionne les autres, se produit dans la démographie. Par suite des guerres de conquête, de l'exploitation économique et de l'introduction de maladies inconnues (influenza, rougeole, tuberculose), le contact avec les Européens est en général, dans un premier temps, absolument destructeur : des populations entières disparaissent en Amérique ou en Océanie, tandis que l'Afrique est ravagée par la traite des Noirs. Mais, partout où la population indigène s'est maintenue, une seconde phase suit, caractérisée par un renversement complet du sens de l'évolution. Avec la fin des guerres intestines, l'assainissement des régions contaminées, l'œuvre des médecins, la progression démographique, d'abord lente, va s'accélérant, les taux de croissance annuelle atteignant de 20 à 30 p. 1 000, ce qui pose avec acuité le problème de l'emploi et celui du niveau de vie.
Dans le domaine économique, la colonisation introduit partout une économie nouvelle, dont les traits majeurs sont la facilité des échanges, l'augmentation de la productivité, la recherche du profit. Parfois, l'économie précoloniale se maintient presque inchangée – sur de vastes territoires d'Afrique noire par exemple –, mais, le plus souvent, elle est transformée, notamment par l'introduction de la monnaie, et on voit des indigènes se livrer aux cultures d'exportation en sacrifiant les cultures vivrières. Surtout, l'Européen est créateur de villes dont l'économie apparaît comme calquée sur celle des campagnes traditionnelles. Toujours, la métropole essaie de s'assurer des avantages, empêchant, par exemple, l'industrialisation des colonies.
La transformation sociale est l'aboutissement de cette évolution. Avec les lois foncières, qui mobilisent la propriété, avec l'œuvre d'enseignement et l'évangélisation, qui introduisent les valeurs mentales d'une autre civilisation, avec l'appel de la ville et parfois le service militaire, qui enlèvent l'individu à son groupe, la société communautaire recule devant une société se constituant peu à peu. Cette société nouvelle est formée d'une bourgeoisie d'« évolués », devant laquelle s'effacent de plus en plus les chefs traditionnels, et d'une masse de salariés ou de sous-prolétaires, qui s'accumulent dans les villes. Ce sont là les deux éléments qui deviendront l'aile marchante des partis nationalistes qui porteront eux-mêmes pour une bonne part la revendication d’indépendance et donc, de décolonisation.

 

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L'CRITURE

 

 

 

 

 

écriture
(latin scriptura)

Cet article fait partie du dossier consacré à la Mésopotamie.
Système de signes graphiques servant à noter un message oral afin de pouvoir le conserver et/ou le transmettre.
HISTOIRE

Toutes les civilisations qui ont donné naissance à une forme d'écriture ont forgé une version mythique de ses origines ; elles en ont attribué l'invention aux rois ou aux dieux. Mais les premières manifestations de chaque écriture témoignent d'une émergence lente et de longs tâtonnements. Dans ces documents, les hommes ont enregistré : des listes d'impôts et des recensements ; des traités et des lois, des correspondances entre souverains ou États ; des biographies de personnages importants ; des textes religieux et divinatoires. Ainsi l'écriture a-t-elle d'abord servi à noter les textes du pouvoir, économique, politique ou religieux. Par ailleurs, les premiers systèmes d'écriture étaient compliqués. Leur apprentissage était long et réservé à une élite sociale voulant naturellement défendre ce statut privilégié et qui ne pouvait guère être favorable à des simplifications tendant à faciliter l'accès à l'écriture, instrument de leur pouvoir.
À partir du IIIe millénaire avant J.-C., toutes les grandes cultures du Proche-Orient ont inventé ou emprunté un système d'écriture. Les systèmes les plus connus, et qui ont bénéficié de la plus grande extension dans le monde antique, demeurent ceux de l'écriture hiéroglyphique égyptienne et de l'écriture cunéiforme, propre à la Mésopotamie. L'écriture égyptienne est utilisée dans la vallée du Nil, jusqu'au Soudan, sur la côte cananéenne et dans le Sinaï. Mais, pendant près d'un millénaire, l'écriture cunéiforme est, avec la langue sémitique (l'assyro-babylonien) qu'elle sert à noter, le premier moyen de communication international de l'histoire. L'Élam (au sud-ouest de l'Iran), les mondes hittite (en Anatolie) et hourrite (en Syrie du Nord), le monde cananéen (en Phénicie et en Palestine) ont utilisé la langue et l'écriture mésopotamienne pour leurs échanges diplomatiques et commerciaux, mais aussi pour rédiger et diffuser leurs propres œuvres littéraires et religieuses. Pour leur correspondance diplomatique, les pharaons du Nouvel Empire avaient eux-mêmes des scribes experts dans la lecture des textes cunéiformes.
À la même époque, d'autres systèmes d'écriture sont apparus, mais leur extension est limitée : en Anatolie, le monde hittite utilise une écriture hiéroglyphique qui ne doit rien à l'Égypte. Dans le monde égéen, les scribes crétois inventent une écriture hiéroglyphique, puis linéaire, de 80 signes environ, reprise par les Mycéniens.
Au Ier millénaire, l'apparition de l'alphabet marque une histoire décisive dans l'histoire de l'écriture. Depuis des siècles, l'Égypte dispose, au sein de son écriture nationale, du moyen de noter les consonnes. Au xive siècle avant J.-C., les scribes d'Ougarit gravent sur des tablettes d'argile des signes cunéiformes simplifiés et peu nombreux, puisqu'ils ne sont que 30, correspondant à la notation de 27 consonnes et de 3 valeurs vocaliques. Mais les uns et les autres ne font pas école. Ce n'est qu'après le xie siècle que le système d'écriture alphabétique se généralise à partir de la côte phénicienne. Une révolution sociale accompagne cette innovation radicale : les scribes, longuement formés dans les écoles du palais et des temples, voient leur rôle et leur importance diminuer.


Le système cunéiforme

Le premier système d'écriture connu apparaît dans la seconde moitié du IVe millénaire avant notre ère, en basse Mésopotamie, pour transcrire le sumérien. Dans l'ancienne Mésopotamie, les premiers signes d'écriture sont apparus pour répondre à des besoins très concrets : dénombrer des biens, distribuer des rations, etc. Comme tous les systèmes d'écriture, celui-ci apparaît donc d'abord sous forme de caractères pictographiques, dessins schématisés représentant un objet ou une action. Le génie de la civilisation sumérienne a été, en quelques siècles, de passer du simple pictogramme à la représentation d'une idée ou d'un son : le signe qui reproduit à l'origine l'apparence de la flèche (ti en sumérien) prend la valeur phonétique ti et la signification abstraite de « la vie », en même temps que sa graphie se stylise et, en s'amplifiant, ne garde plus rien du dessin primitif.


Les pictogrammes de l'écriture cunéiforme

Trouvées sur le site d'Ourouk IV, de petites tablettes d'argile portent, tracés avec la pointe d'un roseau, des pictogrammes à lignes courbes, au nombre d'un millier, chaque caractère représentant, avec une schématisation plus ou moins grande et sans référence à une forme linguistique, un objet ou un être vivant. L'ensemble de ces signes, qui dépasse le millier, évolue ensuite sur deux plans. Sur le plan technique, les pictogrammes connaissent d'abord une rotation de 90° vers la gauche (sans doute parce que la commodité de la manipulation a entraîné une modification dans l'orientation de la tablette tenue en main par le scribe) ; ultérieurement, ces signes ne sont plus tracés à la pointe sur l'argile, mais imprimés, dans la même matière, à l'aide d'un roseau biseauté, ce qui produit une empreinte triangulaire en forme de « clou » ou de « coin », cuneus en latin, d'où le nom de cunéiforme donné à cette écriture.


Le sens des pictogrammes cunéiformes

Sur le plan logique, l'évolution est plus difficile à cerner. On observe cependant, dès l'époque primitive, un certain nombre de procédés notables. Ainsi, beaucoup de ces signes couvrent une somme variable d'acceptions : l'étoile peut tour à tour évoquer, outre un astre, « ce qui est en haut », le « ciel » et même un « être divin ». Par ailleurs, les sumériens ne se sont pas contenté de représenter un objet ou un être par un dessin figuratif : ils ont également noté des notions abstraites au moyen de symboles. C'est ainsi que deux traits sont parallèles ou croisés selon qu'ils désignent un ami ou un ennemi.
Le sens peut aussi procéder de la combinaison de deux éléments graphiques. Par exemple, en combinant le signe de la femme et celui du massif montagneux, on obtient le sens d'« étrangère », « esclave ».
Tous ces signes, appelés pictogrammes par référence à leur tracé, sont donc aussi des idéogrammes, terme qui insiste sur leur rôle sémantique (leur sens) et indique de surcroît leur insertion dans un système. L'écriture cunéiforme dépasse ensuite ce stade purement idéographique. Un signe dessiné peut aussi évoquer le nom d'une chose, et non plus seulement la chose elle-même. On recourt alors au procédé du rébus, fondé sur le principe de l'homophonie (qui ont le même son). Ce procédé permet de noter tous les mots et ainsi des messages plus élaborés.


L'écriture des Akkadiens

Cependant, les Sumériens considèrent les capacités phonétiques des signes, nouvellement découvertes, comme de simples appoints à l'idéographie originelle, et font alterner arbitrairement les deux registres, idéographique et phonographique. Lorsque les Akkadiens empruntent ce système vers − 2300, ils l'adaptent à leur propre langue, qui est sémitique, et font un plus grand usage du phonétisme, car, à la différence du sumérien, dont les vocables peuvent se figurer par des idéogrammes toujours identiques, flanqués d'affixes qui déterminent leur rôle grammatical, l'akkadien renferme déclinaisons et conjugaisons.


L'évolution du suméro-akkadien

L'écriture suméro-akkadienne ne cesse d'évoluer et connaît notamment une expansion importante au IIe millénaire. Le cunéiforme est adopté par des peuples de l'Orient qui l’adaptent à la phonétique de leur langue : Éblaïtes, Susiens, Élamites, etc. Vers − 1500, les Hittites adoptent les cunéiformes babyloniens pour noter leur langue, qui est indo-européenne, associant leurs idéogrammes à ceux venus de Mésopotamie, qu'ils prononcent en hittite. L'ougaritique, connu grâce aux fouilles de Ras Shamra (l'antique Ougarit), dans l'actuelle Syrie, est un alphabet à technique cunéiforme ; il note plusieurs langues et révèle que, à partir de − 1400 environ, l'écriture en cunéiformes est devenue une sorte de forme « véhiculaire », simplifiée, servant aux échanges internationaux. Au Ier millénaire encore, le royaume d'Ourartou (situé à l'est de l'Anatolie) emprunte les caractères cunéiformes (vers − 800) et ne les modifie que légèrement. Enfin, pendant une période assez brève (vie-ive s. avant notre ère), on utilise un alphabet à technique cunéiforme pour noter le vieux perse. Au Ier millénaire, devant les progrès de l'alphabet et de la langue des Araméens (araméen), l'akkadien devient une langue morte ; le cunéiforme ne se maintient que dans un petit nombre de villes saintes de basse Mésopotamie, où il est utilisé par des Chaldéens, prêtres et devins, jusqu'au ier s. après J.-C., avant de sombrer dans l'oubli.


Du hiéroglyphe au démotique

Hiéroglyphes
Tout d'abord hiéroglyphique, l'écriture égyptienne évolue en se simplifiant vers une écriture plus maniable, et d'un usage quotidien. Le hiéroglyphe est une unité graphique utilisée dans certaines écritures de l'Antiquité, comme l'égyptien. Les premiers témoignages « hiéroglyphiques » suivent de quelques siècles les plus anciennes tablettes sumériennes écrites en caractères cunéiformes. Le mot « hiéroglyphe », créé par les anciens Grecs, fait état du caractère « sacré » (hieros) et « gravé » (gluphein) de l'écriture égyptienne monumentale, mais n'est réservé à aucun système d'écriture particulier. On désigne par le même terme les écritures crétoises du minoen moyen (entre 2100 et 1580 avant J.-C.), que l'on rapproche ainsi des signes égyptiens, mais qui demeurent indéchiffrées.


Les hiéroglyphes égyptiens

La langue égyptienne est une langue chamito-sémitique dont la forme écrite n'est pas vocalisée. Vers 3000 avant J.-C., l'Égypte possède l'essentiel du système d'écriture qu'elle va utiliser pendant trois millénaires et dont les signes hiéroglyphiques offrent la manifestation la plus spectaculaire. Quelque 700 signes sont ainsi créés, beaucoup identifiables parce que ce sont des dessins représentant des animaux, un œil, le soleil, un outil, etc.
Cette écriture est d'abord pictographique (un signe, dessiné, représente une chose ou une action). Mais dès l'origine, l'écriture égyptienne eut recours, à côté des signes-mots (idéogrammes), à des signes ayant une valeur phonétique (phonogrammes), où un signe représente un son. Le dessin du canard représente l'animal lui-même, mais canard se disant sa, le même signe peut évoquer le son sa, qui sert aussi à désigner le mot « fils ». Pour éviter au lecteur confusions ou hésitations, le scribe a soin de jalonner son texte de repères : signalisation pour désigner l'emploi du signe comme idéogramme (signe-chose, représentant plus ou moins le sens du mot) ou phonogramme, et compléments phonétiques qui indiquent la valeur syllabique. Il existe également des idéogrammes déterminatifs, qui ne se lisent pas, mais qui indiquent à quelle catégorie appartient le mot. Les signes peuvent être écrits de gauche à droite ou de droite à gauche.
On distingue trois types d'écriture égyptienne : l'écriture cursive ou hiératique, tracée sur papyrus, l'écriture démotique, plus simplifiée que l'écriture hiératique, et l'écriture hiéroglyphique proprement dite, c'est-à-dire celle des monuments, antérieure à 2500 avant J.-C. Ces hiéroglyphes, gravés à l'origine dans la pierre, en relief ou en creux, peuvent être disposés verticalement ou horizontalement, comme ils peuvent se lire de droite à gauche ou de gauche à droite, le sens de la lecture étant indiqué par la direction du regard des êtres humains et des animaux, toujours tourné vers le début du texte.
L'écriture hiéroglyphique apparaît toute constituée dès les débuts de l'histoire (vers 3200 avant J.-C.) ; la dernière inscription en hiéroglyphes, trouvée à Philae, date de 394 après J.-C.
Le système de l'écriture égyptienne
Les idéogrammes peuvent être des représentations directes ou indirectes, grâce à divers procédés logiques :
– la représentation directe de l'objet que l'ont veut noter ;
– la représentation par synecdoque ou métonymie, c'est-à-dire en notant la partie pour le tout, l'effet pour la cause, ou inversement : ainsi, la tête de bœuf représente cet animal ; deux yeux humains, l'action de voir ;
– la représentation par métaphore : on note, par exemple, la « sublimité » par un épervier, car son vol est élevé ; la « contemplation » ou la « vision », par l'œil de l'épervier, parce qu'on attribuait à cet oiseau la faculté de fixer ses regards sur le disque du Soleil ;
– représentation par « énigme » – le terme est de Champollion – ; on emploie, pour exprimer une idée, l'image d'un objet physique n'ayant qu'un rapport lointain avec l'objet même de l'idée à noter : ainsi, une plume d'autruche signifie la « justice », parce que, disait-on, toutes les plumes des ailes de cet oiseau sont parfaitement égales ; un rameau de palmier représente l'« année », parce que cet arbre était supposé avoir autant de rameaux par an que l'année compte de mois, etc.


L'évolution de l'écriture égyptienne


L'évolution des hiéroglyphes vers le phonétisme
À partir des idéogrammes originels, l'écriture égyptienne a évolué vers un phonétisme plus marqué que celui du cunéiforme. Selon le principe du rébus là aussi, on a utilisé, pour noter telle notion abstraite difficile à figurer, l'idéogramme d'un objet dont le nom a une prononciation identique ou très proche. Par exemple, le scarabée, khéper, a servi à noter la notion qui se disait également khéper, le « devenir ».
Poussé plus loin, le recours au phonétisme mène à l'acronymie. Un acronyme est en l'occurrence une sorte de sigle formé de toute consonne initiale de syllabe. Apparaissent ainsi des acronymes trilitères et bilitères (nfr, « cœur » ; gm, « ibis »), ainsi que des acronymes unilitères (r, « bouche »), qui constituent une espèce d'alphabet consonantique de plus de vingt éléments.
Mais le fait de noter exclusivement les consonnes entraîne beaucoup trop d'homonymies. Pour y remédier, on utilise certains hiéroglyphes comme déterminatifs sémantiques destinés à guider l'interprétation sémantique des mots écrits phonétiquement. Par exemple, le signe du « Soleil », associé à la « massue », hd, et au « cobra », dj, qui jouent un rôle phonétique, mène à la lecture hedj, « briller ».C'est dans la catégorie des déterminatifs qu'entre le cartouche, encadrement ovale signalant un nom de souverain. Quelle que soit sa logique, cette écriture est d'un apprentissage et d'une lecture difficiles, et se prête peu à une graphie rapide.


L'écriture hiératique

Sur le plan technique, si la gravure dans la pierre s'accommode de ces formes précises, l'utilisation du roseau ou du pinceau sur du papyrus ou de la peau entraîne une écriture plus souple. Les hiéroglyphes sont simplifiés pour aboutir à deux formes cursives : l'écriture hiératique (usitée par les prêtres) et l'écriture démotique (servant à la rédaction de lettres et de textes courants). Tracée sur papyrus à l'aide d'un roseau à la pointe écrasée, trempée dans l'encre noire ou rouge, l'écriture hiératique est établie par simplification et stylisation des signes hiéroglyphiques. Avec ses ligatures, ses abréviations, elle sert aux besoins de la vie quotidienne : justice, administration, correspondance privée, inventaires mais aussi littérature, textes religieux, scientifiques, etc.


Le démotique


Vers 700 avant J.-C., une nouvelle cursive, plus simplifiée, remplace l'écriture hiératique. Les Grecs lui donnent le nom de « démotique », c'est-à-dire « (écriture) populaire », car elle est d'un usage courant et permet de noter les nouvelles formes de la langue parlée. Utilisée elle aussi sur papyrus ou sur ostraca (tessons de poterie), cette écriture démotique suffit à tous les usages pendant plus de 1000 ans, exception faite des textes gravés sur les monuments, qui demeurent l'affaire de l'hiéroglyphe, et des textes religieux sur papyrus pour lesquels on garde l'emploi de l'écriture hiératique.
Sur le plan fonctionnel, les Égyptiens, tout comme les Sumériens, n'ont pas exploité pleinement leurs acquis et se sont arrêtés sur le chemin qui aurait pu les mener à une écriture alphabétique. Demeuré longtemps indéchiffrable, le système d’écriture égyptien fut décomposé et analysé par Champollion (1822) grâce à la découverte de la pierre de Rosette, qui portait le même texte en hiéroglyphe, en démotique et en grec.


Les écritures anciennes déchiffrées

Alliant érudition, passion et intuition, les chercheurs du xixe s. déchiffrent les écritures des civilisations mésopotamiennes et égyptiennes.
Dans leurs travaux, ils durent résoudre deux problèmes : celui de l'écriture proprement dite, d'une part ; celui de la langue pour laquelle un système d'écriture était employé, d'autre part. Le document indispensable fut donc celui qui utilisait au moins deux systèmes d'écriture (ou davantage) dont l'un était déjà connu : la pierre de Rosette, rédigé en 2 langues et trois systèmes d’écritures (hiéroglyphe, démotique et grec) permit de déchiffrer les hiéroglyphes, grâce à la connaissance du grec ancien. Les savants durent ensuite faire l'hypothèse que telle ou telle langue avait été utilisée pour rédiger un texte donné ; Jean-François Champollion postula ainsi que la langue égyptienne antique a survécu dans la langue copte, elle-même conservée dans la liturgie de l'église chrétienne d'Égypte. De même le déchiffreur de l’écriture cunéiforme, sir Henry Creswicke Rawlinson, une fois les textes en élamite et vieux-perse de Béhistoun mis au point, fit l'hypothèse, avec d'autres chercheurs, que le texte restant était du babylonien, et qu'il s'agissait d'une langue sémitique dont les structures pouvaient être retrouvées à partir de l'arabe et de l'hébreu.


Les déchiffreurs

1754 : l'abbé Barthélemy propose une lecture définitive des textes phéniciens et palmyriens.
1799 (2 août) : mise au jour de la pierre de Rosette, dans le delta du Nil, portant copie d'un décret de Ptolémée V Épiphane (196 avant J.-C.) rédigé en trois écritures, hiéroglyphique, hiératique et grecque.
1822 : Lettre à Monsieur Dacier, de J.-F. Champollion, où ce dernier expose le principe de l'écriture égyptienne.
1824 : parution du Précis du système hiéroglyphique rédigé par Champollion.
À partir de 1835 : l'Anglais H. C. Rawlinson copie, à Béhistoun, en Iran, une inscription célébrant les exploits de Darius Ier (516 avant J.-C.) rédigée selon trois systèmes d'écriture cunéiforme, en vieux-perse, en élamite et en babylonien (akkadien), langues jusqu'alors inconnues.
1845 : le texte en vieux-perse est déchiffré par Rawlinson.
1853 : le texte en élamite est déchiffré par E. Norris.
1857 : un même texte babylonien est confié à quatre savants qui en proposent des traductions identiques.
1858 : Jules Oppert publie son Expédition scientifique en Mésopotamie, qui contribue au déchiffrement du cunéiforme.
1905 : F. Thureau-Dangin établit l'originalité de l'écriture et du système linguistique des Sumériens.
1917 : le Tchèque Hrozny établit que les textes hittites, écrits en caractères cunéiformes, servent à noter une langue indo-européenne, désormais déchiffrée.
1945 : découverte d'une stèle bilingue à Karatépé, en Cilicie ; la version phénicienne du texte permet de déchiffrer un texte louwite (proche du hittite) noté en écriture hiéroglyphique.
1953 : les Anglais M. Ventris et J. Chadwick établissent que les textes rédigés en écriture dite « linéaire B » sont du grec archaïque (mycénien) ; le linéaire B est une écriture syllabique comprenant environ 90 signes.
La « langue graphique » des Chinois

Après les écritures sumérienne et égyptienne, l'écriture chinoise est la troisième écriture importante à avoir découpé les messages en mots. Mais elle n'a pas évolué comme les deux autres, car, à la différence de tous les systèmes d'écriture, qui sont parvenus, à des degrés divers, à exprimer la pensée par la transcription du langage oral, l'écriture chinoise note une langue conçue en vue de l'expression écrite exclusivement, et appelée pour cette raison « langue graphique ».


L'évolution des idéogrammes chinois

Les premiers témoignages de l’écriture chinoise datent du milieu du IIe millénaire avant J.-C. : ce sont des inscriptions divinatoires, gravées sur des carapaces de tortues ou des omoplates de bœufs. Les devins y gravaient les questions de leurs « clients » puis portaient contre ce support un fer chauffé à blanc et interprétaient les craquelures ainsi produites. Ce type d’écriture a évolué à travers le temps et les différents supports : inscriptions sur des vases de bronze rituels aux alentours du ixe s. ; écriture sigillaire, gravée dans la pierre ou l'ivoire, au milieu du Ier millénaire ; caractères « classiques », peints au pinceau, à partir du iie s. avant J.-C. Ces derniers signes ont traversé deux millénaires ; en 1957, une réforme en a simplifié un certain nombre.


Le fonctionnement de l'écriture chinoise

Écriture chinoise
Sur le plan fonctionnel, les pictogrammes originels ont évolué vers un système d'écriture où les éléments sont dérivés les uns des autres. Soit le caractère de l'arbre (mu) : on peut en cocher la partie basse pour noter « racine » (ben), ou la partie haute pour « bout, extrémité » (mo) ; on peut aussi lui adjoindre un deuxième arbre pour noter « forêt » (lin), un troisième pour noter « grande forêt », et ultérieurement « nombreux », « sombre » (sen).
Un dérivé peut servir à son tour de base de dérivation. Ainsi, le pictogramme de la « servante », de l'« esclave », figurant une femme et une main droite (symbole du mari et du maître), est associé au signe du cœur, siège des sentiments, pour signifier la « rage », la « fureur », éprouvée par l'esclave.
Cette langue graphique use également d'indicateurs phonétiques. Ainsi, le caractère de la femme, flanqué de l'indicateur « cheval » (mâ), note « la femme qui se prononce comme le cheval » (au ton près), c'est-à-dire la « mère » (m"a) ; si l'on associe « cheval » avec « bouche », on note la particule interrogative (ma) ; avec deux « bouches », le verbe « injurier ».
Inversement, le caractère chinois peut être lu grâce au déterminatif sémantique. Ces déterminatifs, ou clés (au nombre de 540 au iie s. après J.-C., réduits à 214 au xviie s., et portés à 227, avec des modifications diverses, en 1976), sont des concepts destinés à orienter l'esprit du lecteur vers telle ou telle catégorie sémantique. Le même signe signifiera « rivière » s'il est précédé de la clé « eau », et « interroger » s'il est précédé de la clé « parole ».
Le système chinois repose donc sur le découpage de l'énoncé en mots. Il semble que, de l'autre côté du Pacifique, et au xvie s. de notre ère seulement, à la veille de la conquête espagnole, les glyphes précolombiens (que nous déchiffrons très partiellement à ce jour, malgré des progrès dans la lecture des glyphes mayas) présentent des similitudes avec cette écriture. Mais ils ne se sont pas entièrement dégagés de la simple pictographie.
L'aventure durable de l'alphabet

La naissance de l'alphabet

L'invention de l'alphabet (dont le nom est forgé par les Grecs sur leurs deux premières lettres alpha et bêta) se situe au IIe millénaire avant notre ère en Phénicie. Deux peuples y jouent un rôle important, les Cananéens et, à partir du xiie s. avant J.-C., les Araméens ; ils parlent chacun une langue sémitique propre et utilisent l'akkadien, écrit en cunéiformes, comme langue véhiculaire. Dans les langues sémitiques, chacun des « mots » est formé d'une racine consonantique qui « porte » le sens, tandis que les voyelles et certaines modifications consonantiques précisent le sens et indiquent la fonction grammaticale. Cette structure n'est sans doute pas étrangère à l'évolution de ces langues vers le principe alphabétique, et plus précisément vers l'alphabet consonantique, à partir du système cunéiforme.
L'alphabet ougaritique
Le premier alphabet dont on ait pu donner une interprétation précise est l'alphabet ougaritique, apparu au moins quatorze siècles avant notre ère. Différent du cunéiforme mésopotamien, qui notait des idées (cunéiformes idéographiques), puis des syllabes (cunéiformes syllabiques), il note des sons isolés, en l'occurrence des consonnes, au nombre de vingt-huit. Il a probablement emprunté la technique des cunéiformes aux Akkadiens, en pratiquant l'acrophonie (phénomène par lequel les idéogrammes d'une écriture ancienne deviennent des signes phonétiques correspondant à l'initiale du nom de l'objet qu'ils désignaient. Ainsi, en sumérien, le caractère cunéiforme signifiant étoile, et qui se lisait ana, finit par devenir le signe de la syllabe an) et en simplifiant certains caractères. La véritable innovation est celle des scribes d'Ougarit : gravés dans l'argile, comme les signes mésopotamiens, les caractères d'apparence cunéiforme sont en fait des lettres, déjà rangées dans l'ordre des futurs alphabets. C'est en cette écriture que les trésors de la littérature religieuse d'Ougarit, c'est-à-dire la littérature religieuse du monde cananéen lui-même, nous sont parvenus.
L'alphabet de Byblos
Alors que l'« alphabet » ougaritique demeure réservé à cette cité, l'alphabet sémitique dit « ancien » est l'ancêtre direct de notre alphabet. Sa première manifestation en est, au xie s., le texte gravé sur le sarcophage d'Ahiram, roi de Byblos : 22 signes à valeur uniquement de consonnes. Cet alphabet apparaît donc à Byblos (aujourd'hui Djebaïl, au Liban), lieu d'échanges entre l'Égypte et le monde cananéen. Ce système est utilisé successivement par les Araméens, les Hébreux et les Phéniciens. Commerçants et navigateurs, ces derniers le diffusent au cours de leurs voyages, notamment vers l'Occident, vers Chypre et l'Égée, où les Grecs s'en inspirent pour la création de leur propre alphabet. Car ce sont les Grecs qui, au xie s. avant J.-C., emploient, pour la première fois au monde, un système qui note aussi bien les voyelles que les consonnes, constituant ainsi le premier véritable alphabet.
Pour les deux alphabets d'Ougarit et de Byblos, entre lesquels il ne devrait pas y avoir de continuité globale, il est frappant que l'ordre des lettres soit le même et corresponde à peu près à celui des alphabets ultérieurs. Cet ordre, dont l'origine reste mystérieuse, serait très ancien.
La forme et le nom des lettres
Mais quel critère a déterminé le choix de tel graphisme pour noter tel son ? D'où viennent les noms des lettres ? L'hypothèse retenue répond à ces deux questions à la fois : une lettre devait fonctionner à l'origine comme un pictogramme (A figurait une tête de bœuf) ; on a utilisé ce pictogramme pour noter le son initial du nom qui désignait telle chose ou tel être dans la langue (A utilisé pour noter « a », issu par acrophonie d'aleph, nom du bœuf en sémitique) ; enfin, on a donné à la lettre alphabétique nouvelle le nom de la chose que figurait le pictogramme originel (aleph est le nom de la lettre A). C'est sur cette hypothèse que s'est fondé l'égyptologue Alan Henderson Gardiner dans ses travaux sur les inscriptions dites « protosinaïtiques » découvertes dans le Sinaï. Elles sont antérieures au xve s. avant J.-C., présentent quelque signes pictographiques et notent une langue apparentée au cananéen. Les conclusions de Gardiner ne portent que sur quelques « lettres » de ce protoalphabet, mais elles semblent convaincantes et devraient permettre de repousser de cinq à sept siècles la naissance du système alphabétique.
La chaîne des premiers alphabets

Des convergences dans la forme, le nom et la valeur phonétique des lettres établissent, entre les alphabets, une parenté incontestable. Pour l'araméen et le grec, celle-ci est collatérale : ils ont pour ancêtre commun le phénicien. De l'alphabet araméen dérivent l'hébraïque (iiie ou iie s. avant J.-C.) et probablement l'arabe (avant le vie s. après J.-C.), avec ses diverses adaptations, qui notent le persan ou l'ourdou, par exemple ; à moins qu'il ne faille distinguer une filière arabique qui aurait une parenté collatérale avec le phénicien. Du grec découle la grande majorité des alphabets actuels : étrusque (ve s. avant J.-C.), italiques puis latin (à partir du ve s. avant J.-C.), copte (iie-iiie s. après J.-C.), gotique (ive s.), arménien (ve s.), glagolitique et cyrillique (ixe s.). La propagation du christianisme joua un rôle majeur dans cette filiation : c'est pour les besoins de leur apostolat que des évangélisateurs, s'inspirant des alphabets grec ou latin dans lesquels ils lisaient les Écritures, constituèrent des alphabets adaptés aux langues des païens.

Écriture devanagariÉcriture devanagari
Quant aux alphabets asiatiques, au nombre d'au moins deux cents, on pense qu'ils remontent tous à l'écriture brahmi. La devanagari, par exemple, a servi à noter le sanskrit et note aujourd'hui le hindi. D’aucuns supposent que l'écriture brahmi aurait été elle-même créée d'après un modèle araméen. Selon cette hypothèse, tous les alphabets du monde proviendraient donc de la même source proche-orientale.


L'alphabet aujourd’hui

Avec la grande extension de l'alphabet, la fonction de l'écrit a évolué. À la conservation de la parole, ou, sur une autre échelle, de la mémoire des hommes, s'est ajoutée l'éducation, l'œuvre de culture, souvent synonyme d'« alphabétisation ». Il existe bel et bien une civilisation de l'alphabet, accomplissement de celle de l'écriture, où un autodafé de documents écrits est considéré comme un acte de barbarie. Depuis le siècle dernier, une étape importante s'est amorcée avec la diffusion de l'alphabet latin hors de l'Europe occidentale, surtout pour noter des parlers encore non écrits, en Afrique ou dans l'ex-Union soviétique. En Turquie, par exemple, la réforme de 1928 (utilisation de l’alphabet latin, légèrement enrichi de diacritiques et d’une lettre supplémentaire) a permis de rapprocher le pays de la civilisation occidentale.


LINGUISTIQUE

L'écriture est un code de communication secondaire par rapport au langage articulé. Mais, contrairement à celui-ci, qui se déroule dans le temps, l'écriture possède un support spatial qui lui permet d'être conservée. La forme de l'écriture dépend d'ailleurs de la nature de ce support : elle peut être gravée sur la pierre, les tablettes d'argile ou de cire, peinte ou tracée sur le papyrus, le parchemin ou le papier, imprimée ou enfin affichée.
Selon la nature de ce qui est fixé sur le support, on distingue trois grands types d'écriture, dont l'apparition se succède en gros sur le plan historique, et qui peuvent être considérés comme des progrès successifs dans la mesure où le code utilisé est de plus en plus performant : les écritures synthétiques (dites aussi mythographiques), où le signe est la traduction d'une phrase ou d'un énoncé complet ; les écritures analytiques, où le signe dénote un morphème ; les écritures phonétiques (ou phonématiques), où le signe dénote un phonème ou une suite de phonèmes (syllabe).
Les écritures synthétiques

On peut classer dans les écritures synthétiques toutes sortes de manifestations d'une volonté de communication spatiale. Certains, d'ailleurs, préfèrent parler en ce cas de « pré-écriture », dans la mesure où ces procédés sont une transcription de la pensée et non du langage articulé. Quoi qu'il en soit, le spécialiste de la préhistoire André Leroi-Gourhan note des exemples de telles manifestations dès le moustérien évolué (50 000 ans avant notre ère) sous la forme d'incisions régulièrement espacées sur des os ou des pierres. À ce type de communication appartiennent les représentations symboliques grâce à des objets, dont un exemple classique, rapporté par Hérodote, est le message des Scythes à Darios ; il consistait en cinq flèches d'une part, une souris, une grenouille et un oiseau d'autre part, formes suggérées à l'ennemi pour échapper aux flèches. Ce genre de communication se retrouve un peu partout dans le monde dans les sociétés dites primitives. On peut ainsi signaler les systèmes de notation par nœuds sur des cordelettes (quipus des archives royales des Incas), mais la forme la plus courante d'écriture synthétique est la pictographie, c'est-à-dire l'utilisation de dessins figuratifs (pictogrammes), dont chacun équivaut à une phrase (« je pars en canot », « j'ai tué un animal », « je rentre chez moi », etc.) : c'est le système utilisé par les Inuits d'Alaska, les Iroquois et les Algonquins (wampums) ou encore par les Dakotas. Les limites de ces modes d'expression apparaissent évidentes : ils ne couvrent que des secteurs limités de l'expérience, ils ne constituent pas, comme le langage, une combinatoire.


Les écritures analytiques

Dans les écritures analytiques (dites aussi, paradoxalement, « idéographiques »), le signe ne représente pas une idée mais un élément linguistique (mot ou morphème), ce n'est plus une simple suggestion, c'est une notation. En réalité, le manque d'économie de ce système (il y aurait un signe pour chaque signifié) fait qu'il n'existe pas à l'état pur : toutes les écritures dites idéographiques comportent, à côté des signes-choses (idéogrammes), une quantité importante de signes à valeur phonétique, qu'il s'agisse des cunéiformes suméro-akkadiens, des hiéroglyphes égyptiens ou de l'écriture chinoise. Par exemple, en chinois, on peut distinguer, en gros, cinq types d'idéogrammes : les caractères représentant des objets, et qui sont, à l'origine, d'anciens pictogrammes (le soleil, la lune, un cheval, un arbre, etc.) ; les caractères évoquant des notions abstraites (monter, descendre, haut, bas) ; les caractères qui sont des agrégats logiques, formés par le procédé du rébus, en associant deux signes déjà signifiants (une femme sous un toit pourra dénoter la paix) ; les caractères utilisés pour noter des homophones : tel caractère désignant à l'origine un objet donné sera utilisé pour noter un mot de même prononciation mais de sens complètement différent ; les caractères qui sont des composés phonétiques, constitués, à gauche, d'un élément qui indique la catégorie sémantique (clef) et, à droite, d'un élément indiquant la prononciation (ce dernier type de caractère constitue jusqu'à 90 % des entrées d'un dictionnaire chinois). Cependant, l'écriture chinoise, malgré ses recours au phonétisme, n'est pas liée à la prononciation : elle peut être lue par les locuteurs des différents dialectes chinois, entre lesquels il n'y a pas d'intercompréhension orale ; elle sert, d'autre part, à noter des langues complètement différentes comme le lolo, l’ancien coréen (qui a depuis créé son propre alphabet, le hangul) ou le japonais, où les idéogrammes chinois coexistent avec une notation syllabique.


Les écritures phonétiques

Les écritures dites « phonétiques » témoignent d'une prise de conscience plus poussée de la nature de la langue parlée : les signes y ont perdu tout contenu sémantique (même si, à l'origine, les lettres sont d'anciens idéogrammes), ils ne sont plus que la représentation d'un son ou d'un groupe de sons. Trois cas peuvent se présenter, selon que le système note les syllabes, les consonnes seules ou les voyelles et les consonnes. Les syllabaires ne constituent pas toujours historiquement un stade antérieur à celui des alphabets. S'il est vrai que les plus anciens syllabaires connus (en particulier le cypriote) précèdent l'invention de l'alphabet (consonantique) par les Phéniciens, d'autres sont, au contraire, des adaptations d'alphabets : c'est le cas de la brahmi, ancêtre de toutes les écritures indiennes actuelles, qui procède de l'alphabet araméen, ou du syllabaire éthiopien, qui a subi des influences sémitiques et grecques.
Quant à la naissance de l'alphabet grec, elle a été marquée, semble-t-il, aussi bien par le modèle phénicien que par celui des syllabaires cypriote et crétois (linéaires A et B). Les systèmes syllabiques se caractérisent par leur côté relativement peu économique, puisqu'il faut, en principe, autant de signes qu'il y a de possibilités de combinaison voyelle-consonne. D'autre part, ils présentent l'inconvénient de ne pouvoir noter simplement que les syllabes ouvertes (C+V) ; en cas de syllabe fermée (C+V+C) ou de groupement consonantique (C+C+V), l'un des signes contiendra un élément vocalique absent de la prononciation.


Alphabet araméenAlphabet arabe


Les alphabets consonantiques, dont le phénicien est historiquement le premier exemple, ne conviennent bien qu'à des langues ayant la structure particulière des langues sémitiques : la racine des mots y possède une structure consonantique qui est porteuse de leur sens, la vocalisation pouvant être devinée par l'ordre très rigoureux des mots dans la phrase, qui indique leur catégorie grammaticale et, par là même, leur fonction. L'alphabet araméen a servi de modèle à toute une série d'alphabets (arabe, hébreu, syriaque, etc.), ainsi qu'à des syllabaires (brahmi) ; l'alphabet arabe a servi et sert à noter des langues non sémitiques, non sans quelques difficultés (il a ainsi été abandonné pour le turc).

Alphabet grec

L'alphabet grec est historiquement le premier exemple d'une écriture notant à la fois et séparément les consonnes et les voyelles. Il a servi de modèle à toutes les écritures du même type qui existent actuellement : alphabets latin, cyrillique, arménien, géorgien, etc.


PÉDAGOGIE

L'apprentissage de l'écriture fait appel à une maîtrise de la fonction symbolique ainsi qu'à une maîtrise motrice de l'espace et du temps. Il s'effectue soit par l'étude progressive et linéaire des lettres, servant à former les mots (méthode analytique), soit par la compréhension directe des mots dans le contexte de la phrase, dont on décomposera seulement après les lettres (méthode globale d’Ovide Decroly). Mais ce sont de plus en plus des méthodes mixtes qui sont utilisées, intégrant parfois expression corporelle et exercices de motricité.

 

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CHOSTAKOVITCH

 

Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch


Compositeur soviétique (Saint-Pétersbourg 1906-Moscou 1975).
Révélant toute la puissance de sa musique dans la symphonie et le quatuor, Dmitri Chostakovitch régénéra la tradition classique russe tout en offrant l'exemple même du génie créateur pris en otage par l'idéologie.
Les affres du musicien « officiel »

Dmitri Chostakovitch appartient à une famille originaire de Sibérie, où son grand-père paternel, révolutionnaire polonais, avait été déporté. Son père, collaborateur du chimiste Mendeleïev, est aussi chanteur ; sa mère, pianiste professionnelle, veille à l'éducation musicale de ses trois enfants. Dmitri entre à 13 ans au conservatoire de sa ville natale devenue Petrograd. En 1922, il y obtiendra la note maximale en épreuve de composition de la part du directeur de l'établissement, Aleksandr Glazounov. Ses Danses fantastiques pour piano (1922), puis sa Symphonie n° 1 (1925) attestent la précocité de son talent.
Au pays des soviets, les jeunes compositeurs se partagent entre un courant « prolétaire » et un courant qui se veut proche de l'avant-garde occidentale. Chostakovitch, qui aime par-dessus tout Bach et Beethoven, admire aussi Berg, Schoenberg et Stravinsky ou Hindemith. Œuvres de circonstance, sa Symphonie n° 2, dite « Octobre » (1927), et sa Symphonie n° 3, dite « le 1er Mai » (1930), vont faire de lui l'un des musiciens officiels du régime. C'est aussi l'époque où il se met à la musique de scène (notamment pour Maïakovski) et à la musique de film. Son rêve est de donner vie à une nouvelle forme de spectacle : le « ciné-opéra ». En fait, il en reste à l'opéra et fait représenter Lady Macbeth de Mzensk, qui va déclencher les foudres staliniennes.
Accusé de « modernisme », Chostakovitch est également frappé de disgrâce à cause de sa Symphonie n° 4 (1935-1936), alors que l'on encense sa Symphonie n° 5 (1937) et surtout sa Symphonie n° 7, dite « Leningrad » (1941) – dont lui-même dira : « J'ai voulu traduire la signification profonde des événements dont j'ai été le témoin ». De nouveau condamné au moment de sa Symphonie n° 9 (1945), qui s'écarte des normes du « réalisme socialiste », il devra à plusieurs reprises faire son autocritique. Sa Symphonie n° 13 (1962) lui permettra de régler ses comptes avec le totalitarisme par le biais de poèmes de Evgueni Aleksandrovitch Evtouchenko et, en même temps, de dénoncer la condition faite aux Juifs d'URSS. La déstalinisation aidant, on lui décernera, en 1966, le titre devenu ambigu de « héros du travail socialiste ».
Les composantes de l'œuvre

L'essentiel de l'œuvre comprend : les 15 symphonies (le projet de Chostakovitch ayant été d'en écrire 24) et les 6 concertos (2 pour violon, 2 pour violoncelle, 2 pour piano [dont un avec trompette]) ; les 15 quatuors à cordes et les 5 sonates – parmi de nombreuses pièces de musique de chambre ; les 3 opéras (le Nez, d'après Gogol, 1928 ; Lady Macbeth de Mzensk ou Katerina Izmaïlova, d'après Leskov, créé en 1934 et révisé en 1962 ; les Joueurs, d'après Gogol, 1941 [inachevé]), les 3 ballets (l'Âge d'or, 1929-1930 ; le Boulon, 1930-1931 ; le Clair-Ruisseau, 1934-1935), l'oratorio le Chant des forêts (1949) et plusieurs cycles mélodiques (1960-1975). Chostakovitch a également travaillé sur l'orchestration des opéras de Moussorgski Boris Godounov(1940) et la Khovanchtchina (1959).
Cette œuvre est, fondamentalement, celle d'un musicien résolu à n'écouter que les voix de la Russie éternelle, élaborant un langage très personnel qui reste fidèle, dans l'ensemble, au système tonal. Surtout dramatique et solennel, son art peut aussi se faire satirique (nombreux scherzos, ballet l'Âge d'or). Dans sa Symphonie n° 14 (1969), Chostakovitch nous fait partager son questionnement philosophique sur la vie, la solitude, la mort, par le truchement de grands poètes (García Lorca, Apollinaire, Rilke…). Dans sa Symphonie n° 15 (1971), il exprime la sérénité à laquelle est parvenu un homme cependant miné par une maladie cardiaque. C'est peu de jours avant sa mort qu'il achève sa Sonate pour alto et piano.
Les mauvais sujets du stalinisme

Époque noire pour l’art que celle où il devient affaire de ligne politique ! Ce fut le cas en URSS, où Jdanov, l’âme damnée de Staline, était à la fois ministre de la Police et de la Culture. Après avoir mis au pas peintres et écrivains, il s’attaqua aux musiciens en 1948. Dmitri Chostakovitch et Sergueï Prokofiev, l’un et l’autre artistes novateurs, partagèrent alors le même sort : accusés d’avoir donné dans le formalisme, ils furent mis à l’index. En cette époque de purges qui menaient directement au goulag, Chostakovitch échappa de peu à la déportation en 1936. Traité d’« ennemi du peuple » au lendemain d’une représentation, en présence de Staline, de son opéra Lady Macbeth de Mzensk, il dut son salut au fait que l’officier chargé d’instruire son dossier avait été exécuté avant de procéder à son deuxième interrogatoire…

 

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